Agrigaz Vire : valorisation intelligente de chaleur fatale pour produire du gaz vert
🖨️Article paru dans le Bioénergie International n°101 de février 2026

Le site Agrigaz à Vire, photo Agrigaz
L’unité de méthanisation Agrigaz Énergies d’ici, situé à Vire Normandie dans le département du Calvados, injecte dans le réseau GRDF depuis octobre 2020. Elle est gérée par une société qui rassemble 35 exploitations agricoles situées dans un rayon de 15 km autour de l’unité, mais aussi par deux entreprises qui fournissent des déchets verts aux méthaniseurs, et par l’entreprise La Normandise qui fabrique des aliments pour chiens et chats. Ce projet se singularise précisément par la présence de cet industriel qui fournit une partie de sa chaleur fatale aux processus d’hygiénisation et de méthanisation d’Agrigaz. Ce partenariat, aussi rare qu’intelligent, initié durant une dizaine d’années, fournit à l’unité de méthanisation tout comme à l’industriel partenaire, des atouts économiques de long terme. Et pour la collectivité, l’unité apporte une solution de valorisation locale des biodéchets, tout en permettant de produire environ 20 % des besoins en gaz de la ville de Vire Normandie.
Un projet d’intelligence énergétique initié sur une décennie

Antoine Herman, responsable de la Sas Agrigaz, photo Frédéric Douard
L’histoire de ce projet débute en 2009 avec comme objectif premier de trouver de la valeur ajoutée avec les déchets présents dans les exploitations. À cette époque, avec 12 agriculteurs, les études se dirigent naturellement vers la cogénération. Antoine Herman, aujourd’hui responsable de la Sas Agrigaz, est alors animateur à la Chambre d’agriculture du Calvados, et anime le projet. Des visites d’installations existantes sont organisées, notamment en Allemagne. Ce travail, réalisé au sein de l’Association de Promotion de la Méthanisation Collective sur le Virois, s’oriente ensuite vers l’injection de biométhane une fois les premiers tarifs d’achat divulgués en 2011. Le volet thermique du nouveau projet en biométhane rapproche alors les membres de l’association de Christian Duquesne, fondateur de l’entreprise La Normandise Pet Food, implantée à Vire, et qui dispose de chaleur excédentaire, et accessoirement de sous-produits à faire méthaniser.
À côté de cela, la présence du réseau de gaz sur Vire et le débouché que la ville pourrait apporter au projet, notamment l’été avec la présence d’une laiterie et d’une usine d’andouilles, précise le périmètre d’implantation du projet. La persévérance du groupe aboutit à la création de la SAS Agri Gaz en 2014 avec 25 agriculteurs autour d’un projet cohérent et élargi pour des questions de rentabilité. Les études sont menées pendant deux ans et permettent de finaliser les démarches financières. La recherche du site et des apporteurs, permet d’agglomérer jusqu’à 40 agriculteurs pour stabiliser le groupe à 35 exploitations, plus trois entreprises et un particulier, Antoine Herman. La construction est lancée en septembre 2018. Les investissements se montent à 11,5 millions d’€ pour le site Agrigaz et à 1,7 M€ pour le réseau de chaleur.

Les actionnaires de la Sas Agrigaz, photo Agrigaz
La chaleur fatale, apport économique décisif
La disponibilité d’une chaleur à un coût maîtrisé dans la durée a été un élément déterminant de la faisabilité économique du projet, notamment par le fait de rendre possible l’hygiénisation de grandes quantités de produits.

Le bâtiment de réception des biodéchets & effluents et son bioflitre, photo Frédéric Douard
La Normandise Pet Food réalise des préparations à base de viande, mais aussi de sang et de produits laitiers, les emballe et les stérilise avant étiquetage. L’opération de stérilisation est réalisée dans 22 cocottes minutes industrielles chauffées au gaz naturel. Les produits emballés y sont portés à 127°C durant 45 minutes en moyenne, puis sont refroidis à 35°C à l’eau avant d’être étiquetés et emballés. C’est à l’occasion de ce refroidissement que de la chaleur « basse température » est produite.
En 2012, La Normandise fait réaliser un audit énergétique afin d’obtenir la certification ISO 50 001. Cette démarche lui permet d’identifier les potentiels gains de performance dont la valorisation de la chaleur fatale fait partie. C’est de là qu’est partie l’idée de faire profiter d’autres activités de cette chaleur et d’en tirer plus-value.

Les trois digesteurs et la cuve de prémélange inox d’Agrigaz Vire, photo Frédéric Douard
Un réseau de chaleur enterré et calorifugé est alors construit sur 1750 mètres vers l’unité de méthanisation. L’eau récoltée dans un ballon de 30 m³ part à environ 55°C de La Normandise. La boucle tourne en continu en circuit fermé et l’eau refroidie par Agrigaz revient à la Normandise entre 12 et 25°C pour refroidir les produits stérilisés. Et en passant, le circuit aller chauffe deux ateliers et un entrepôt de stockage de La Normandise situés à proximité de l’usine de méthanisation. Agrigaz récupère ainsi 2760 MWh de chaleur chaque année, ainsi que parallèlement des déchets fermentescibles de l’usine.
Des retombées multiples
Agrigaz apporte aux agriculteurs investis dans le projet une nouvelle source de revenus, des capacités mutualisées de stockage de leurs effluents, et des économies sur les engrais de synthèse ici remplacés globalement pour moitié par les apports en digestat. Elle apporte également à La Normandise Pet Food une source de revenus par la vente de sa chaleur fatale.

L’unité de méthanisation permet également aux entreprises, aux industries agro-alimentaires et aux collectivités de la région de se débarrasser à bon compte de leurs biodéchets, tel que le prévoit désormais la loi AGEC. Parallèlement, l’activité a créé de 6,5 emplois directs à temps plein et consolidé d’autres emplois indirects.
Enfin, avec ce circuit vertueux, la population s’est montrée favorable au projet, le site profitant également de son positionnement juste à côté d’une toute nouvelle déchetterie où les habitants de Vire viennent déposer leurs déchets verts.
Les flux de matières
La recette de méthanisation est composée à 50 % d’effluents d’élevages (lisiers et fumiers), à 25 % de CIVE et déchets végétaux, et à 25 % de déchets d’industries agro-alimentaires, pour un total annuel de 60 000 tonnes.

La recette d’Agrigaz Vire
Les CIVE sont ensilées à plat sur 3300 m², les intrants liquides sont stockés dans six cuves, tandis que les intrants d’origines animales sont réceptionnés dans un hangar fermé de 1000 m² et dont l’air est traité par une tour de lavage acide et un biofiltre.
Deux trémies à fond mouvant d’une capacité globale de 140 m³, ainsi qu’une trémie à vis verticales de 30 m³ pour les produits agroalimentaires, réceptionnent les produits d’origine animale à l’intérieur du bâtiment avec passage dans un broyeur Untha. Les matières végétales sont chargées dans une quatrième trémie, de 98 m³, accessible depuis l’extérieur. Une cinquième trémie externe vient d’être ajoutée en 2025 pour assurer l’extension de capacité.

Le traitement d’air du bâtiment par lavage acide et biofiltre, photo Agrigaz
60 000 tonnes de digestat brut sortent du processus chaque année et sont stockés sur place dans deux cuves béton de 2000 et 6 000 m³, ainsi que dans une quarantaine de poches souples déportées et trois fosses couvertes, pour un total de 30 000 m³. Le plan d’épandage est réalisé sur 5200 ha, à 100 % chez les associés, sur la base d’un échange proportionnel aux apports.
L’hygiénisation
Comme la réglementation française impose l’hygiénisation des effluents d’élevage lorsqu’ils proviennent de plus d’une dizaine d’élevages, Agrigaz doit hygiéniser non seulement tous ses intrants agroalimentaires mais aussi tout le lisier et le fumier, ce qui représente 155 tonnes par jour, dont 30t/j de digestat recirculé. Ces produits rejoignent alors, en amont de l’hygiénisation, une cuve de mélange en acier inoxydable de 300

Les pompes à chaleur chez Agrigaz, photo Frédéric Douard
m³, située en bordure du bâtiment.
L’hygiénisation nécessite une eau à 85°C en départ de circuit. Alors, pour fabriquer cette eau chaude, Agrigaz a mis en place une batterie de 24 pompes à chaleur qui remontent la température de l’eau reçue du réseau de La Normandise aux alentours de 85°C, en échangeant avec une boucle interne à Agrigaz au travers d’une batterie d’échangeurs. Le coefficient de performance de l’opération est de 3,5 kWh de chaleur gagnée pour 1 kWh d’électricité consommée.

Les échangeurs de chaleur et hygiéniseurs chez Agrigaz, photo Agrigaz
Les produits d’origines animales passent donc une heure à 70°C dans l’une des trois cuves d‘hygiénisation de 15 m³. Et par cet apport de chaleur, il n’est pratiquement pas nécessaire de chauffer les digesteurs.
La méthanisation
Les produits hygiénisés, ainsi que les apports en végétaux réalisés dans les deux trémies externes, sont alors dirigés vers les trois digesteurs de 4000 m³, également en inox. Notons que comme les cuves sont métalliques, il n’y a pas d’injection d’oxygène dans les ciels gazeux et le traitement du H₂S est assuré par l’ajout de boues ferriques.

Le troisième incorporateur Pumpe chez Agrigaz, photo Frédéric Douard
Pour son fonctionnement, Agrigaz emploie 4,2 salariés et 2 autres salariés d’entreprises de travaux agricoles sont mis à disposition à temps plein en tant que chargés de tous les transports.
L’épuration du biométhane
La production de biométhane a progressé de 2020 à 2023 pour arriver à 270 Nm³/h. Et au vu des objectifs et des marges de progression encore réalisables, une extension de production à 320 Nm³/h a été actée en 2025, ce qui a justifié l’installation de la cinquième trémie de chargement et le redimensionnement de la cuve de charbon actif. Dans cette configuration, Agrigaz vise la production annuelle de 30 GWh de biométhane par an, soit l’équivalent de la consommation de 2500 foyers ou 25 % des besoins de la ville de Vire Normandie. Le gaz est vendu à Engie.

Le module de purification du biométhane, photo Frédéric Douard
Agrigaz a confié à Clarke Energy l’installation du module de purification membranaire qui transforme le biogaz en biométhane avant injection dans le réseau, et l’ajout de membranes en 2025 pour augmenter le débit à 320 Nm³/h.

Les membranes de filtration du biogaz chez Agrigaz, photo Frédéric Douard
La valorisation du bioCO₂
En 2022, Agrigaz a souhaité valoriser le CO₂ de la purification de son biométhane mais ne souhaitait pas investir sur ce poste. C’est la société Verdemobil BioCO₂ qui a porté l’investissement et qui se rémunère sur la commercialisation de ce gaz en voie liquide.

Cuve de bioCO₂ chez Agrigaz, photo Frédéric Douard
L’installation a été mise en service durant l’été 2025 avec un objectif de 3000 à 3500 tonnes de CO₂ par an.
Contacts :

Broyeur pour les produits carnés, photo Frédéric Douard
- Agrigaz Vire : 02 31 59 69 64 – admin@agrigaz.fr – www.agrigaz.fr
- Méthanisation : 02 28 06 05 90 – contact@agripower-france.com - www.agripower-france.com – www.weltec-biopower.com/fr
- Trémies d’incorporation : +49 2526 9329-0 – info@pumpegmbh.de – www.pumpegmbh.de
- Broyeur des intrants animaux : www.untha.com/fr
- Traitement d’air Galli Aldo en France : 06 02 17 35 94 - m.fabre-cartier@fabtec-solutions.fr - www.fabtec-solutions.fr – www.gallialdo.it/fr/
- Echangeurs récupération de chaleur sur hygiénisation : lackeby.se
- Cuves intrants liquides : www.plasticoncomposites.com
- Filtres à charbon actifs : www.desotec.com/fr/
- Epuration bioCO₂ : www.verdemobil-biogaz.fr/bioco2-liquide/
- Cuves bioCO₂ : www.aritas.com.tr
- Épuration biométhane : 04 42 90 75 75 - france@clarke-energy.com – www.clarke-energy.com/fr/
Frédéric Douard, en reportage à Vire
Voir également ces vidéos sur le projet :
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