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Agri Union Bioénergies, première unité de méthanisation sur terres polluées

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Article paru dans le Bioénergie International n°99 d’octobre 2025

Agri Union Bioénergies, première unité de méthanisation sur terres polluées

Les installations d’Agri Union Bioénergies, photo AUB

Romain Vion, président d’Agri Union Bioénergies, photo Frédéric Douard

L’unité de méthanisation d’Agri Union Bioénergies est installée sur la commune de Dourges dans le Pas-de-Calais. Elle est le fruit d’un combat de dix années mené par un collectif d’agriculteurs victimes de la pollution de leurs terres par une activité aujourd’hui disparue : l’usine Peñarroya de Noyelles-Godault, ensuite devenue Metaleurop. Clin d’œil de l’histoire : dans les années 1960, cet établissement fut la plus important fonderie de plomb d’Europe (que l’on mettait dans l’essence) et le Groupe auquel elle appartenait était alors dirigé par un certain Georges Pompidou. Durant plus d’un siècle, l’industriel a rejeté du plomb, du cadmium et du zinc dans son environnement, et au début des années 2000, après sa liquidation, le site de 300 ha, considéré comme le plus pollué de France a été abandonné par ses propriétaires. L’activité de la fonderie a engendré une très forte pollution aux métaux lourds sur une superficie de 650 ha de terres agricoles réparties dans une quarantaine d’exploitations.

Le premier projet de méthanisation sur 100 % de terres polluées

Pour les agriculteurs de la zone, c’est seulement après un durcissement des normes européennes en 2010 que les ennuis administratifs ont commencé, en particulier pour les productions laitière et viande qui étaient le plus surveillées. Concernant les productions végétales, la dépollution des sols s’avérant impossible, l’activité des agriculteurs a été encadrée par arrêté préfectoral à partir de 2014 et toutes les cultures ont dû être analysées avant leur commercialisation. Et selon les résultats, encore aujourd’hui, les produits sont orientés vers l’alimentation humaine, animale ou la destruction. Les premières années, les productions déclassées en alimentation animale ont été indemnisées, mais le dispositif n’a duré que 4 ans.

Ensemble de cuves chez Agri Union Bioénergies, photo Frédéric Douard

Agitateur à bras long chez Agri Union Bioénergies, photo Frédéric Douard

Alors, afin que les exploitations puissent survivre à ces pertes sèches et brutales, à cause d’un problème dont elles ne sont pas responsables, et après le découragement, en 2015, une trentaine d’agriculteurs crée l’association « Agriculture et Enjeux du territoire ». Son but est de trouver des solutions pour sauver les 35 emplois agricoles concernés. Et rapidement, avec l’aide de la Chambre d’agriculture, des projets de productions végétales non alimentaires sont imaginés et en particulier des productions à vocation énergétique, comme il en existe déjà avec la betterave à éthanol. Les hypothèses de production de fibres ont quant à elles été écartées, comme le chanvre, car trop extractrices de polluants et, car elles demandent des outils industriels qui n’existaient pas dans la région. On pense alors à produire du seigle ou du maïs pour alimenter un méthaniseur, alors que c’est le début du boom de la méthanisation en France. On imagine également planter des cultures énergétiques comme le miscanthus qui ne demandent pas une mécanisation très différente de celle dont disposent les agriculteurs. Un projet de cogénération à base de miscanthus est même étudié par un opérateur national mais n’aboutit pas.

Les locaux techniques d’Agri Union Bioénergies et ses tours de lavage à l’eau, photo Frédéric Douard

Face à ces contraintes, certains agriculteurs quittent la zone, ce qui permet de redistribuer des terres saines à ceux qui restent via la SAFER. Et ceux qui restent vont alors tenter la carte d’une reconversion partielle ou totale de leurs productions et pour la bâtir ensemble, en 2019, ils vont créer la SAS Agri Union Bioénergies. Ils sont soutenus, outre par la Chambre d’agriculture, mais aussi par les collectivités comme la Région des Hauts-de-France qui a initié en 2013, deux ans avant le début de leur combat, la Mission REV3, pour une troisième révolution industrielle qui se veut durable.

La SAS Agri Union Bioénergies se constitue ainsi avec huit agriculteurs de cinq exploitations : Romain Vion, président, François-Xavier et Régis Saintenoy, Christophe Gellez, Sébastien Geudin, Gauthier et Hervé Lingrand, Gauthier Dejaeger.

L’installation de biométhanisation

L’analyseur portatif de biogaz chez Agri Union Bioénergies, photo Frédéric Douard

L’installation qui a côté 9 millions € comprend :

  • Un terrain de 5 hectares en bordure de voie rapide,
  • 7500 m² de silos à plat pour le stockage des végétaux,
  • un bâtiment principal avec incorporateur des solides de 90 m³, locaux techniques, réception et stockage du fumier,
  • une fosse à lisier de 200 m³ et une fosse à jus de 30 m³,
  • deux cuves d’intrants liquides de 65 m³,
  • un digesteur et un post-digesteur de 2000 m³ chacun,
  • une cuve de stockage de digestat de 10 000 m³ et une cuve déportée,
  • un bâtiment de stockage du digestat solide.

La construction débute en 2020 avec en parallèle les semis des premières cultures. Les premiers mètres cubes de gaz vert seront injectés dans le réseau de distribution géré par GRDF en avril 2022. Notons qu’une difficulté de taille a été rencontrée à la construction : c’est que le terrain s’est avéré marécageux et il a fallu poser l’ensemble des ouvrages sur des pieux de 13 mètres de haut pour les asseoir sur la craie, ce qui a représenté un surcoût important.

Les préfosses chez Agri Union Bioénergies, photo Frédéric Douard

Signalons que des panneaux photovoltaïques ont été installés sur le bâtiment principal et sur le stockage de digestat solide et qu’ils produisent l’équivalent de 15 % de l’électricité nécessaire au fonctionnement du site sur l’année.

Le fonctionnement

Agri Union Bioénergies produit 240 Nm³/h de biométhane, de quoi alimenter 1300 foyers à l’année. Le biogaz est épuré par un système de lavage à l’eau très rustique et fabriqué dans la région par l’entreprise PR Bio.

La trémie d’incorporation des solides bénéficie d’un très grand bac de purge à cailloux avec reprise directe au godet par un tracteur, photo Frédéric Douard

Agitateur à hélice chez Agri Union Bioénergies, photo Frédéric Douard

La ration annuelle est d’environ 25 500 tonnes. Elle est constituée de 16 000 tonnes d’ensilage sur 250 ha de maïs, 90 ha de seigle fourrager en CIVE et 90 ha de maïs ou sorgho en CIVE. À titre dérogatoire, les cultures principales sont ici autorisées. Toutes les plantes fortement exportatrices en métaux lourds ont été exclues afin de ne pas polluer le digestat. La ration reçoit aussi 8000 tonnes de fumiers et lisiers bovins et porcins, et elle est complétée par 1500 tonnes de pulpes de betterave à éthanol plus des déchets de pommes de terre de l’industrie locale.

En termes de fonctionnement, toutes les matières sont achetées rendues aux agriculteurs et Romain confirme qu’après 10 ans de pertes financières et d’incertitudes, la méthanisation a permis de rétablir les marges que généraient les cultures alimentaires d’avant crise.

Les digesteurs chez Agri Union Bioénergies, photo Frédéric Douard

Les matières sont chauffées à 42 °C et leur temps de séjour en digestion est de 55 jours. Le travail sur le site est réalisé à tour de rôle par les associés qui ont chacun un contrat de travail partiel pour les tâches techniques et certains des mandats sociaux.

Le pont bascule chez Agri Union Bioénergies, photo Frédéric Douard

22 000 tonnes de digestat brut sont épandues sur une surface de 1850 hectares mis à disposition par 40 agriculteurs sur 22 communes. Son usage représente une économie de 100 000 € chaque année en engrais pour l’ensemble des agriculteurs. Romain affirme sur ce point avoir réduit de moitié ses achats d’engrais. La qualité du digestat est analysée six fois par an et son taux de cadmium est stable : il n’excède pas 1,5 ppm/kg, ce qui est largement sous le seuil autorisé de 10 ppm, et ce qui est bien moins, signale Romain, que les teneurs observées dans certains engrais chimiques ! Le digestat est rendu aux apporteurs d’intrants au prorata de l’azote apporté par les intrants.

Le miscanthus combustible, activité complémentaire

Les agriculteurs de la zone Metaleurop ont également mis en place une filière miscanthus dont le stockage est réalisé, sous forme de broyat, dans deux bâtiments de 400 m² sur 9 m de hauteur sur le site de la méthanisation, jusqu’à leur commercialisation.

L’une des halles de stockage de miscanthus chez Agri Union Bioénergies, photo Frédéric Douard

Les premières plantations ont été réalisées en 2007 et la surface actuelle est de 35 ha. Cette plante a été installée sur les parcelles les plus polluées, car ses parties aériennes, celles qui sont récoltées, n’exportent pas les métaux lourds présents dans le sol. Elle peut donc être commercialisée sans risque en tant que combustible, éco-matériaux ou paillage.

Miscanthus combustible stocké chez Agri Union Bioénergies, photo Frédéric Douard

La production actuelle est de 300 tonnes et trouve preneurs en paillage de poulaillers et dans trois chaufferies automatiques dans les communes d’Ostricourt et Leforest, et dans une abbaye de Liévin.

Les colonnes de lavage à l’eau du biogaz, photo Frédéric Douard

Contacts :

Frédéric Douard, en reportage à Dourges

Livraison d’intrants liquides chez Agri Union Bioénergies, photo Frédéric Douard


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