Sur l’Aubrac, une chaudière bois valorise les sous-produits des Ets Gaillard-Rondino

Article paru dans le Bioénergie International n°79 de juin 2022

La chaufferie des Ets Gaillard-Rondino à Aumont-Aubrac, photo Frédéric Douard

Equipement routier, photo Rondino

Gaillard-Rondino est une entreprise de transformation du bois implantée depuis 1893 sur le haut plateau de l’Aubrac, à 1100 mètres d’altitude, dans le bourg d’Aumont-Aubrac en Lozère. Historiquement, les Ets Gaillard produisaient des piquets pour l’agriculture et des poteaux de pin traités au sulfate de cuivre pour EDF et France Telecom, et des bois ronds pour étayer les mines de charbon d’Alès. Depuis les années 1980 et la fin de l’activité minière, forte de son savoir dans la conservation du bois, l’entreprise produit principalement des bois ronds et sciés pour des aménagements extérieurs, aires de jeux, espaces sportifs, pontons, clôtures et glissières de sécurité. Aujourd’hui, l’entreprise, qui a intégré deux autres sites de production en France, sous l’appellation Gaillard-Rondino, figure, dans son secteur de marché, parmi les principaux fournisseurs français pour les professionnels et les collectivités. Dans son processus de fabrication, l’entreprise sèche principalement deux essences de bois originaires du massif central et faciles à imprégner : le pin noir et le pin sylvestre. En 2016, pour valoriser ses sous-produits de production, et avec l’accompagnement de la mission chaleur renouvelable de la Lozère, elle a mis en service une chaudière à bois pour subvenir à ses besoins thermiques.

Une pratique économe en combustible

Dans sa pratique historique, l’entreprise s’assure un roulement de matière première correspondant à une année entière de production. Outre le fait de sécuriser et de flexibiliser son approvisionnement, cette organisation offre un avantage technique de poids : elle permet de sécher naturellement une très grande partie du bois à transformer et à traiter !

La zone de séchage naturel des bois chez Gaillard-Rondino à Aumont-Aubrac, photo Frédéric Douard

En effet, en raison de sa position géographique très particulière, en altitude et donc avec un air relativement sec, sur un plateau bien venté mais également très bien ensoleillé, l’usine dispose de conditions naturelles qui permettent, en un an, de sécher complètement 80 % du volume de bois à travailler, c’est-à-dire de le ramener de 55 à 25 % d’humidité sur brut, 25 % étant l’humidité qui va permettre l’imprégnation par autoclave, c’est-à-dire sous pression.

Pour les 20 % de bois qui n’ont pas réussi à descendre à 25 %, notamment en hiver, mais qui sont quand même parvenus vers les 30-35% d’eau, alors il faut les sécher artificiellement. Cette opération se fait par apport de chaleur et se réalise dans un tunnel ou dans une cellule, deux équipements d’une capacité totale de 100 m³. Le cycle est généralement de 3,5 jours pour parvenir aux 25 %.

Wagon de bois pour le séchoir-tunnel chez Gailard-Rondino et en fond la chaufferie, photo Frédéric Douard

Donc globalement, pour les 10 000 m³ de produit finis qui sortent chaque année du site, la consommation d’énergie est faible et ne représente que 1 600 MWh par an.

Une chaufferie pour deux besoins

Jusqu’en 2016, les besoins de séchage du site d’Aumont-Aubrac étaient assurés par la chaufferie bois d’une scierie voisine via un réseau de chaleur. Pour accueillir la nouvelle chaudière, la création d’une chaufferie a donc été nécessaire.

La chaudière bois des Ets Gaillard-Rondino à Aumont-Aubrac, photo Frédéric Douard

Les besoins de séchage étant peu importants, le choix s’est porté sur une chaudière de 720 kW, de marque Compte.R, un constructeur qui connaît très bien l’industrie du bois. Et en l’occurrence, le besoin des deux séchoirs correspond à un peu plus de 2 200 heures de fonctionnement du générateur en équivalent pleine puissance.

Pour profiter de la chaudière et des disponibilités laissées par le séchage, l’entreprise a également revu le mode de chauffage de ses 2 525 m² d’ateliers, pour améliorer le confort de ses opérateurs dans cette région particulièrement froide l’hiver. Le besoin de chauffage est de 520 MWh par an.

Les copeaux de planage et sciures utilisés comme combustible dans la chaufferie des Ets Gaillard-Rondino à Aumont-Aubrac, photo Frédéric Douard

La somme de ces besoins engendre une consommation de combustible de 600 tonnes par an. Celui-ci est principalement composé par les copeaux de planage des rondins qui sont taillés comme des crayons. Ce volume de combustible correspond à environ 20 % du volume de bois brut transformé, les écorces étant quant à elles valorisées en paillage.

Le filtre à particules et le ballon tampon de la chaudière bois des Ets Gaillard-Rondino à Aumont-Aubrac, photo Frédéric Douard

L’investissement « production de chaleur » s’est monté à 424 k€, y compris un ballon d’accumulation et le réseau de chaleur pour alimenter les ateliers. Il a été soutenu par le Fonds Chaleur renouvelable, moyennant la mise en place d’un filtre à particules.

D’autres pratiques respectueuses

Parlant de produits de conservation du bois, il est important de préciser que celui-ci a été réalisé dès les années 1930 avec du chrome-cuivre-arsenic, le fameux CCA, un produit dont l’usage est interdit en Europe depuis 2004. Conformément à la réglementation, la conservation est désormais réalisée au cuivre organique par imprégnation à froid. Et à Aumont-Aubrac, pour réduire l’empreinte de l’activité, l’autoclave est alimentée en eau de pluie récupérée sur le site.

Notons enfin que les bâtiments de l’entreprise sont couverts de 9 000 m² de capteurs photovoltaïques !

Les bâtiments de l’entreprise sont couverts de capteurs photovoltaïques, photo Frédéric Douard

Contacts :

  • Gaillard-Rondino Aumont-Aubrac : Olivier Prieur – 04 66 42 80 34
  • Mission Chaleur Renouvelable de la Lozère :
    • Christelle BOUT : 06 42 28 01 09 – c.bout@sdee48.fr
    • Nicolas LELONG : 06 42 28 31 53 – n.lelong@sdee48.fr
  • La chaudière : www.compte-r.com

Frédéric Douard, en reportage à Aumont-Aubrac

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