Le réseau de chaleur de Corbie, une référence bois-énergie réussie de plus pour Viria

Article paru dans le Bioénergie International n°86 de l’été 2023

Le réseau de chaleur de Corbie, une référence bois-énergie réussie de plus pour Viria

La chaufferie biomasse de Corbie dans son environnement, photo Frédéric Douard

Corbie, une petite ville de 6300 habitants, située en vallée de la Somme en amont d’Amiens, a commencé à étudier, dans le cadre de sa politique environnementale, économique, sociale et climatique, le projet d’un réseau de chaleur à énergie renouvelable sur son territoire dès 2008. En 2014, la ville a cédé sa compétence énergie à la Fédération Départementale d’Énergie de la Somme (FDE 80) qui a pris le relai. Et en 2018, la FDE 80 signait un marché de conception, réalisation et exploitation avec Viria, une société régionale de services en efficacité énergétique. Ce marché se caractérise par deux engagements de résultat ambitieux : le premier sur la performance des installations qui doit être de 91 % minimum et le second sur le taux de couverture au bois qui doit être de 92 % minimum, l’appoint étant réalisé au gaz.

Treize ans pour sortir un projet de 2 MW !

On évoque souvent les difficultés que rencontrent les porteurs de projets d’énergie renouvelable pour faire émerger leurs solutions. Ces obstacles ne sont pas uniquement propres à l’éolien, à la méthanisation ou au solaire. Le bois-énergie, et notamment pour les projets collectifs ou publics, est logé à la même enseigne et son émergence se heurte encore presque toujours aux craintes des citoyens, mais aussi à l’opposition de certains acteurs en place qui voient leurs pratiques contrariées, le tout s’habillant parfois d’une association locale d’opposition. Un long travail d’information et de pédagogie reste ainsi encore souvent indispensable et le restera tant que ces solutions ne seront pas banalisées. La plus grande difficulté est souvent de parvenir à démontrer que les solutions actuelles, modernes et performantes, n’ont plus rien à voir avec l’image désuète et archaïque du feu de cheminée que tous les Français ont en tête, une solution de chauffage que deux siècles d’usage des combustibles fossiles leur ont appris à ranger mentalement parmi les antiquités, voire en pleine préhistoire. Le développement du chauffage au bois moderne, performant et écologique passe donc par une mutation de la conscience individuelle et collective, tout comme la perception des maisons en bois et de la peur du loup, victimes de réflexes ancestraux comme le syndrome des Trois Petits Cochons qui a traumatisé des générations entières de jeunes enfants, et donc ensuite d’adultes.

L’arrière de la chaufferie biomasse de Corbie, photo Frédéric Douard

Pour conduire juridiquement et financièrement cette opération, depuis 2014, la ville de Corbie s’appuie sur la FDE 80, qui intervient aujourd’hui sous la marque Territoire d’énergie Somme, et qui a mis en place un service public de la chaleur. La Fédération, qui regroupe 762 communes du département de la Somme, intervient sur la distribution mais aussi sur l’utilisation de l’énergie avec des actions s’inscrivant dans la transition énergétique. Sur le sujet des réseaux de chaleur par exemple, la FDE 80 informe et conseille sur la filière bois-énergie et réalise des études d’opportunité gratuites, intégrant le dimensionnement, l’approvisionnement et les possibilités de montage juridique des projets. Ensuite, pour les communes ayant transféré leur compétence énergie, la FDE 80 peut réaliser l’investissement et financer intégralement le projet, construire les réseaux et les faire exploiter. Pour l’opération de Corbie, la FDE 80 a confié la réalisation et l’exploitation du réseau de chaleur aux entreprises Lhotellier pour le génie civil et Viria pour la partie technique de production et de distribution. La Fédération s’est également adjoint les compétences techniques du bureau CEDEN au titre d’assistant à maître d’ouvrage.

Aujourd’hui la chaufferie bois alimente en chauffage de nombreux bâtiments sur la commune avec une chaleur produite à partir de bois déchiqueté provenant de 50 km aux alentours. Le réseau s’étend ainsi sur 2,5 km et dessert 24 points de livraison : le centre hospitalier, les collèges Eugène Lefebvre et Sainte-Colette, les bâtiments de la Communauté de Communes (siège de la ComCom Val-de-Somme, gymnase, piscine et médiathèque), le lycée Sainte-Colette, et les bâtiments de la ville de Corbie (espace Saint-Étienne, perception, école de musique, école primaire la Caroline, école Rose de Picardie et une structure d’accueil de jeunes enfants). La puissance totale souscrite par les abonnés est de 5 MW avec une densité énergétique du réseau de 3 MWh/an/ml. La livraison de chaleur est ainsi de 7,5 GWh/an et correspond à l’alimentation d’environ 1000 équivalents logements. Le prix de la chaleur était de 81,25 €/MWh en 2022. Au-delà du projet de base, le réseau a bien sûr vocation à évoluer par des extensions.

Le système d’extraction du combustible à Corbie, photo Frédéric Douard

Ce projet de 4,2 M€ dans sa partie initiale, en partie financé par le Fonds Chaleur, permet aux consommateurs et à la municipalité de faire des économies, le bois étant une énergie moins coûteuse que les énergies fossiles, déjà en temps normal, et a fortiori encore plus en temps de crises.

D’un point de vue environnemental, le projet consomme actuellement 3300 tonnes de bois par an, ce qui permet de réduire les émissions de la commune de plus de 1700 tonnes équivalent CO2 par an, et ce sans incidence sur la qualité de l’air, car la chaufferie bénéficie d’une technologie de combustion performante et d’un double dispositif de capture des poussières.

Une chaufferie made in France

Ce sont deux chaudières du constructeur auvergnat Compte.R, de 1420 et 850 kW, qui ont été mises en service le 3 janvier 2020, avec leur complément et secours gaz de 2 800 kW. Le dimensionnement des chaudières bois est un critère fondamental de réussite technique, économique et environnemental de tout projet de réseau de chaleur au bois. Lors de la mise en concurrence, l’une des forces de la solution retenue a été la structure même de la chaufferie qui comprend deux chaudières bois, et non pas une seule comme c’est malheureusement souvent le cas sur les petits réseaux de chaleur. L’hiver, les deux chaudières fonctionnent ensemble, en intersaison l’une des deux selon les besoins, et l’été, seulement la petite pour la production d’eau chaude sanitaire. Pour étaler les besoins journaliers, un réservoir d’énergie thermique de 30 000 litres a également été installé, chargé durant les heures creuses, il est déchargé au moment des pics de consommation. Ce dimensionnement pertinent permet à Viria de couvrir jusqu’à 93 % des besoins par la biomasse. La chaufferie est outre modulable, ce qui permettra d’étendre le réseau si besoin.

Les chaudières bois de la chaufferie biomasse de Corbie, photo Frédéric Douard

Pour le respect des limites d’émissions atmosphériques, le constructeur Compte.R a également fourni un double dispositif de dépoussiérage des fumées de sa fabrication, un filtre multicyclones suivi d’un filtre à manche, qui garantit les émissions de poussières en dessous de 15 mg/Nm³ à 6 % d’O2, bien en deçà de la réglementation en vigueur.

Deux silos enterrés, de 100 m³ utiles chacun, permettent de stocker deux camions semi-remorques de bois déchiqueté, et de garantir un fonctionnement à pleine puissance sans rechargement durant un week-end de trois jours en plein hiver.

Les silos de la chaufferie biomasse de Corbie, photo Frédéric Douard

Les cendres foyères, environ 60 tonnes par an, sont revalorisées par le fournisseur de bois, la société Biocombustibles SA, au travers un plan d’épandage sur terre agricoles, ces cendres étant riches en fertilisants naturels. Les cendres volantes, destinée quant à elles à l’enfouissement contrôlé, ne représentant que 6 tonnes par an, soit moins de 10 % des cendres, un indice de combustion maîtrisée et de combustible de qualité.

Les systèmes d’alimentation en bois des chaudières de Corbie, photo Frédéric Douard

Notons enfin que la chaufferie s’est vu installer une centrale solaire de 15 kW dont la production est autoconsommée par la machinerie du site.

Une chaufferie opérée par la société Viria

Viria est une entreprise du Groupe Lamy, un groupe fondé sur le port de Caen en 1830 et spécialisé dans les services énergétiques, les matières premières et le transport-logistique. Et comme son groupe, Viria est aussi une entreprise familiale normande. Active dans le domaine de l’exploitation de chauffage, elle conçoit et optimise aujourd’hui les systèmes énergétiques du bâtiment (chauffage, rafraîchissement, télégestion, ventilation) mais aussi de la mobilité (électrique collective, maintenance stations H2, solaire). Avec ses 200 salariés, elle réalise 50 000 interventions par an et un chiffre d’affaires de 30 M€ par an. Elle est active au travers plus de 2000 contrats en maintenance et l’exploitation, plomberie, chauffage ou électricité.

Maintenance d’une chaudière biomasse, photo Viria

Viria a développé son premier réseau de chaleur au bois en 2006 à Vire-14. Aujourd’hui, avec son équipe dédiée au bois-énergie, l’entreprise exploite toujours le réseau de chaleur de Vire, mais aussi ceux de Corbie, de Neufchâtel-en-Braye-76, des Grandes-Ventes-76 et dont nous avons déjà parlé dans ce magazine, d’Aunay-sur-Odon-14 et d’Argences-14.

La chaufferie bois de Neufchâtel-en-Braye, une autre chaufferie exploitée par Viria, photo Viria

La société conduit et maintient également une vingtaine de chaufferies bois hors-réseaux pour Inolya, bailleur social dans le Calvados, pour le Syndicat Départemental d’Énergies de la Manche et en résidentiel collectif privé.

L’installation de cogénération biogaz d’Esquay-sur-Seules dans le Calvados, exploitée par Viria, photo Viria

Enfin, toujours dans le domaine de la biomasse, l’entreprise exploite depuis quatorze ans une installation de cogénération biogaz sur le site de stockage de déchets non dangereux de Esquay-sur-Seules-14.

Le filtre à manches Compte-R qui collecte les particules fines à la sortie des chaudières bois, photo Frédéric Douard

Contacts :

  • Fédération Départementale d’Energie de la Somme : 03 22 95 82 62 – www.te80.fr
  • Viria : 02 31 70 71 71 – contact@viria.fr – www.viria.fr
  • AMO : 02 35 12 44 77 – plumail@ceden.fr
  • Compte.R : 04 73 95 01 91 – 
commercial@compte-r.com – www.compte-r.com
  • Le fournisseur de bois : 02 31 39 59 31 – www.biocombustibles.fr

Frédéric Douard, en reportage à Corbie

Voir également le témoignage de la Fédération Départementale d’Energie de la Somme à l’occasion de la construction de le chaufferie biomasse de Corbie : Corbie choisit le bois comme énergie renouvelable pour son réseau de chaleur


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