Le granulé de bois feuillu français tient ses promesses

Editorial du Bioénergie International n°37 de mai-juin 2015
L'usine Biosyl et son stock de rondins feuillus, photo Frédéric DouardAvec un hiver 2012-2013 bien long qui avait nécessité le recours aux importations, et deux hivers exceptionnellement chauds, 2013-2014 et 2014-2015, qui ont vu l’effondrement des besoins à hauteur de 30% par rapport à des hivers classiques, la filière granulés française a été fortement éprouvée. Fort heureusement, la croissance très forte de la demande intérieure, de 0,7 à 1,2 M tonnes sur la même période, a permis d’atténuer les dégâts.

On peut néanmoins aujourd’hui constater, que la majorité des entreprises termine le dernier exercice avec des stocks record, représentant jusqu’à 40% de leur production annuelle pour certaines, et que cela ne va pas arranger les trésoreries jusqu’à la prochaine saison. Les dizaines de milliers de tonnes de granulés en stock sur tout le territoire vont en effet concourir à maintenir des prix de vente très bas, une aubaine pour les négociants et les consommateurs, mais un cauchemar pour les producteurs.

L'usine Biosyl est très majoritairement alimentée en rondins feuillus, photo Frédréic Douard

L’usine Biosyl est majjoritairement alimentée en rondins feuillus, photo Frédéric Douard

Au sein même de la filière, tout le monde n’est bien entendu pas loti à la même enseigne, et si les scieurs-granulateurs auront plus de marge pour accuser le coup, ceux qui ont acheté leur matière première au prix fort vont souffrir davantage. Et parmi ceux-là, ceux qui travaillent le bois rond encore davantage, étant donné le surcoût de préparation que l’opération requiert.

Néanmoins, pour ceux qui travaillent le bois rond, et notamment feuillu, il est clair que ce choix, même s’il s’avère fort pénalisant en pareille conjoncture exceptionnelle, reste une stratégie d’avenir très durable en matière économique tant il ouvre les perspectives d’une ressource abondante et peu convoitée.

L’entreprise emblématique de cette stratégie de long terme en France est Biosyl dans la Nièvre, qui malgré un démarrage effectué l’année la plus chaude du siècle, parvient à tenir ses promesses.

En mai 2012, le chantier commence sur un terrain vierge, il faut construire une usine fonctionnelle, former les hommes, concevoir un approvisionnement inédit, et montrer au marché que le granulé mixte feuillu-résineux est d’aussi bonne qualité voire meilleur que le résineux !  À cette époque tous les risques sont devant Biosyl et en ce mois de mai 2015, les principaux risques sont derrière l’entreprise :

  • Sur le plan financier, l’entreprise affiche un résultat avant frais financiers, impôts, dépréciations et amortissements d’environ 1 million d’euros sur l’exercice 2014 alors qu’elle n’a produit que 50 000 tonnes, soit un peu moins de 50% de sa capacité,
  • Sur le plan technique l’usine affiche des performances qui vont au-delà des attentes avec un débit de presses qui dépasse les 5 tonnes /h,
  • Sur le plan de l’approvisionnement, la mobilisation réalisée par la coopérative forestière Unisylva, avec plusieurs dizaines de bucherons, de débardeurs et de porteurs, a permis de fournir à l’usine toute la matière première nécessaire dans un contexte d’exploitation difficile,
  • Sur le plan de la qualité, ce granulé à proportion très majoritairement feuillue a rapidement obtenu les certifications ENplus A1 et DINplus. Résolument tournée vers l’innovation sur cette question de la qualité, Biosyl optimise et achève de mettre au point en 2014 et 2015 une recette stable, homogène et hautement qualitative dans le cadre d’un programme de R&D. L’entreprise a même déposé un brevet en novembre 2014 sur ce point : le granulé à base de rondins permet en effet de bénéficier d’une matière première toujours très fraiche qui limite considérablement le risque de formation de mâchefer. Par ailleurs, sa faible teneur en résine diminue l’encrassement des appareils de chauffage.

Stock de granulés en sac et silo de vrac SABE chez Biosyl, photo Frédéric Douard

Stock de granulés en sac et silo de vrac SABE chez Biosyl, photo Frédéric Douard

Fin 2014, alors que l’usine poursuit sa montée en puissance et parvient à produire  entre 350 et 400 tonnes par jour, sa capacité nominale, l’entreprise subit comme beaucoup d’autres une baisse brutale de ses ventes et est contrainte de stocker. Cette constitution de stocks importants chez ses principaux clients partenaires, combinée à une demande atone, a contribué à une baisse importante du chiffre d’affaires attendu.

Pour faire face à cette difficulté conjoncturelle, Biosyl décide alors de recapitaliser à hauteur de 1,5 millions €, afin d’aborder la prochaine saison en toute sérénité, et le 17 avril 2015 l’opération est réalisée et le passage du gué réussi.

Frédéric Douard