Corse Bois Energie, opérateur public-privé depuis 1988

Infos clés fiche de cas – Producteur de bois déchiqueté public-privé (SAEM) – Activité : production de 15 000 tonnes de plaquettes forestières/an et exploitation de 15 chaufferies collectives – Équipements : deux déchiqueteuses Morbark et Doppstadt, 1 camion à remorque et un à semi-remorque, un débusqueur et une abatteuse sur pelle mécanique – 8 salariés – Activité bois-énergie depuis 1988 – Article publié dans le magazine Bioénergie International n°13 de février 2011.

Chantier de déchiquetage d'eucalyptus dans la plaine d'Aléria avec la déchiqueteuse historique Morbark, photo Frédéric Douard

Débusquage d'eucalyptus par Corse Bois Energie, photo Frédéric Douard

Les entreprises qui se créent depuis 2004 dans le secteur du bois-énergie, ou de la biomasse comme on dit maintenant, ne connaissent pas leur bonheur. Il fut une époque, à la fin du 20iéme siècle dernier où il en fut tout autrement. L’usage du bois avait fortement régressé avec l’arrivée des énergies automatisées telles que le fioul à partir des années 1950, et il fallut attendre le second choc pétrolier de 1978-1986, le premier ayant été trop bref et inattendu (1973-74), pour voir poindre un retour perceptible du bois dans le secteur énergétique. Ce retour profitait alors des avancées technologiques qui ont pris corps dès le premier choc pétrolier dans des pays précurseurs comme la Suède, technologies qui ont ensuite doucement colonisé l’Europe, notamment en terme d’automatisation. Rappelons également qu’il y a 15 ou 20 ans, il ne fallait pas craindre la raillerie pour oser parler de bois-énergie, une pratique alors soigneusement rangé dans la conscience collective depuis des décennies parmi les reliques de l’histoire industrielle.

Joseph Pistolozzi, dit Jo, le chef d'exploitation depuis 1988, photo Frédéric Douard

Les pionniers du chauffage au bois moderne

C’est précisément à ce moment-là, que la collectivité de Corse décida de se lancer dans l’aventure, une démarche anachronique pour beaucoup, mais une démarche qui a quand même fait son chemin dans le cadre de l’insularité, au vu des avantages visibles des énergies locales et des risques de flambée des prix des énergies fossiles. A cette époque en effet, la maîtrise des coûts, l’autonomie énergétiques et la dynamisation des économies locales étaient les principaux arguments d’une telle démarche. Il faudra attendre encore de nombreuses années avant que la lutte contre le changement climatique et la prise de conscience effective de la réduction des ressources fossiles ne viennent renforcer cette démarche.

C’est donc en 1988 qu’est crée la société d’économie mixte Corse Bois Energie, à l’époque par la Région Corse, actionnaire à 51%, le minimum prévu dans le statut des SEM pour l’actionnariat public, et par le pétrolier ELF à 49%. Pour lancer la filière et justifier les premiers investissements, il fallait un gros consommateur. C’est dans cet esprit qu’est créé en 1992 le chauffage urbain de Corte, alimenté par la SEM Corse Bois Énergie. Et pour lancer ce projet audacieux, la SEM doit elle-même financer cette première chaufferie, la ville finançant quant à elle le réseau. Entre 1992 et 1998, huit autres chaufferies bois de moyenne puissance verront le jour, principalement des établissements publics, lycée, collèges, HLM et base aérienne.

La chaufferie du réseau de chaleur de Corte, 5 MW, créée en 1992, consomme 6500 tonnes de bois par an, photo Frédéric Douard

Le creux de la vague

Ceux que les dates ne laissent pas indifférents auront remarqué que l’entreprise fut lancée deux ans après le contre choc pétrolier de 1986, c’est-à-dire juste après une période de 7 années d’énergie chère, mais à un moment où elle était redevenue durablement bon marché. Dans un tel contexte, il est bien évident que les bénéfices escomptés de cette mutation énergétique s’étaient partiellement envolés. La SEM est alors entrée dans une longue période de résistance économique tant la rentabilité de son marché ne lui permettait pas de générer des plus-values. C’est durant cette époque difficile qui dura au total 18 longues années, que le partenaire pétrolier jeta l’éponge en 1998.

L’équipe technique et politique de la SEM a tenu bon, persuadée que des jours meilleurs viendraient forcément pour une idée aussi intelligente. La collectivité de Corse décida de  poursuivre et trouva un nouveau partenaire privé, l’exploitant de chauffage Cofathec Services, filiale de Gaz de France. Ce n’est qu’en 2006, après une renégociation des contrats de vente à la hausse, que l’équilibre financier fut enfin trouvé.

Thierry Bianchi, Directeur Général délégué de CBE, photo Frédéric Douard

Viendront ensuite les années 2000 avec 2002 qui marque le changement de statut de la Région qui devient la CTC, Collectivité Territoriale de Corse, et qui acquiert au passage des compétences élargies en matière énergétique. 2004 voit quant à elle la hausse des prix de l’énergie et l’entreprise peut à nouveau envisager un développement, la sortie du tunnel est en vue. La CTC met en place un plan de développement des énergies renouvelables sur l’île, des démarches commerciales sont engagées, des investissements envisagés, mais il faudra encore attendre 2009 et la confirmation d’une relance effective des projets pour commencer à remonter la confiance d’un marché devenu fort sceptique sur la question au bout de ces 20 ans d’efforts peu fructueux. Et ce nouveau départ se matérialise par la mise en service de la chaufferie bois du nouveau Collège de Biguglia. Des investissements accompagnent cette relance, soutenus cette fois par le partenaire industriel, devenu COFELY entre temps à l’occasion de la fusion GDF-SUEZ.

Redéployer un outil industriel ambitieux

En 2009, la priorité est d’assurer la continuité du service et il est grand temps de remplacer certains équipements comme la déchiqueteuse qui fonctionne depuis 11 ans, un record de longévité pour ce type de machine ! Une machine à gros débit, une Doppstadt à tambour DH-910, prend alors le relais de la vieille Morbark à disque, tout au moins pour le déchiquetage sur plateforme. Trois attelages routiers viennent aussi rénover le parc d’équipements : deux semi-remorques à fond mouvant, un porte-conteneurs pour l’échange des conteneurs-silos. Une nouvelle pelle mécanique à grappin pour la manutention des bois équipe également la plateforme principale de Aghione dans la plaine d’Aléria.

La nouvelle coupeuse Doppstadt sur la plateforme de Aghione, photo Frédéric Douard

D’autres investissements sont prévus pour 2011, comme la modernisation de la plateforme de stockage, la construction d’un nouveau hangar pour le stockage des plaquettes pour les petites chaufferies et l’acquisition d’un crible. Mais le plus gros morceau viendra certainement en 2012, avec la rénovation de la chaufferie du réseau de Corte, avec doublement de la puissance (10 MW au lieu de 5 aujourd’hui). Cet investissement nécessaire au vu de l’âge des équipements est aujourd’hui rendu envisageable par de nouveaux raccordements en perspective sur la ville. L’installation d’une production d’électricité intégrée en cogénération est également envisagée, si les tarifs d’achat le permettent encore, ce qui ferait du réseau de Corte un site de trigénération puisque le réseau de chaleur alimente déjà en été plusieurs groupes à absorption en sous-stations pour la production de froid.

Approvisionnement : une organisation bien rodée

CEB dispose en 2011 d’un marché de 13 500 tonnes dont 6 500 pour Corte, et chauffe ainsi l’équivalent de 30 000 personnes, l’équivalent de 10% de la population. Pour collecter, transformer, stocker et livrer ce tonnage, ainsi que pour faire fonctionner la chaufferie de Corte, l’entreprise emploie huit salariés : 6 à la production et au transport, deux en chaufferie. La ressource utilisée provient aussi bien des 70% de forêts privées de l’île que des forêts publiques : éclaircies, bois incendiés, déchets de scieries, bois déclassés alimentent la plateforme. Mais l’originalité de la structure Corse est d’utiliser également, et depuis le départ, des plantations d’eucalyptus de la plaine de l’Est, des plantations jadis mise en place dans la perspective d’alimenter une usine de pâte qui ne verra pas le jour.

Conteneur-silo de la SEM, photo Frédéric Douard

Pour l’instant la majorité des produits sont concentrés sur la plateforme de Aghione, dans la plaine d’Aléria. Les produits qui arrivent déchiquetés sont mis en tas, tandis que les autres seront déchiquetés selon les besoins. Ce stockage en bois rond permet à l’entreprise de faire sécher et de conserver de grandes quantités de bois à l’air libre sans en dégrader la qualité. Il permet également d’absorber des arrivages accidentels de bois comme les bois incendiés, les invendus ou tous autres bois rendus disponibles de manière imprévue. À l’avenir, pour couvrir l’ensemble du territoire, l’entreprise envisage de mailler les zones de marché de plateformes secondaires, afin d’améliorer la réactivité lors des commandes, mais surtout d’optimiser les coûts de transport.

La ressource en bois permettrait de décupler la consommation actuelle

En Corse, le patrimoine forestier est en constante progression et exige un entretien sans cesse croissant. L’exploitation des forêts pour la production de bois-énergie est une solution permettant également la préservation des espaces boisés et la lutte contre les incendies. Un rapport de décembre 2007 de la Collectivité Territoriale de Corse, rendu dans le cadre du Plan de développement des énergies renouvelables sur la période 2007-2013, met en évidence que « les potentiels sont très largement supérieurs aux besoins actuels, ce qui signifie que la forêt est très largement sous-exploitée. La consommation actuelle de plaquette représente entre 6 et 10% du volume mobilisable théorique. Dans ce contexte, la filière bois-énergie peut se développer de manière significative, en contribuant également à un meilleur développement de la forêt en Corse », de quoi tracer pour Corse Bois Énergie, une jolie courbe de croissance pour de nombreuses années.

Les nouveaux véhicules de livraison de la SEM, photo Frédéric Douard

La Corse est un territoire extrêmement riche en énergies renouvelables et pourrait subvenir largement à ses besoins thermiques et électriques dans un laps de temps relativement court, étant donné la taille très raisonnable des besoins insulaires, et les réductions de besoins qui seront engendrées par les actions de maîtrise de l’énergie. Il est fort rare de trouver des territoires où autant de sources d’énergies renouvelables sont en même temps disponibles : le vent, la biomasse, l’hydraulique, le soleil et les énergies marines. Gageons que des projets comme le gazoduc algérien Galzi, ne repousse pas l’exploitation de ces potentiels vertueux pour l’économie Corse et pour l’environnement, aux calendes grecques.

Frédéric DOUARD, Bioénergie International, en reportage en Corse.

>> Lire égalementLa plateforme et le hangar à plaquettes forestières de Corse Bois-Energie

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    1. 7 février 2014

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