Embrun et Serre-Ponçon, les collectivités moteur d’une économie locale du bois-énergie

Article paru dans le Bioénergie International n°69 de novembre 2020

La ville d’Embrun sur son roc surplombant la Durance, photo Frédéric Douard

La ville d’Embrun, la Communauté de Communes de Serre-Ponçon et le département des Hautes-Alpes sont des collectivités réputées pour leur climat ensoleillé et leur air pur, mais ce sont aussi les précurseurs du chauffage collectif au bois de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. En 2020, le département des Hautes-Alpes, 140 000 habitants, comptait plus de 120 chaufferies à bois en fonctionnement, soit plus du tiers des installations de la région. Cette dynamique, un peu isolée en PACA à ses débuts il faut le reconnaître, a été lancée il y a presque 20 ans à Embrun même, en 2001, alors que Chantal Eyméoud venait d’être élue maire de la ville. Chantal Eyméoud a ensuite été réélue à ce poste en 2008 et 2014, elle est devenue présidente de la Communauté de Communes en 2008, y a été réélue en 2014, et a été élue Conseillère Régionale de PACA en 2010 et réélue en 2015. Il est incontestable que sa volonté, sa longévité politique et l’éventail de ses responsabilités figurent parmi les clés de la réussite de la politique bois-énergie dans cette partie des Alpes du Sud.

Vue sur la vallée de la Durance depuis la ville d’Embrun, photo Frédéric Douard

Une politique de longue haleine

À son arrivée à la mairie d’Embrun, Chantal Eyméoud, qui avait apporté dans ses bagages électoraux des promesses de développement économique, constate que de nombreuses chaufferies publiques arrivent en fin de vie et commence à défendre le point de vue suivant : la ville, qui n’a pas d’accès au gaz de ville, est dépendante du fioul domestique et du fioul lourd, des énergies polluantes, souvent chères et qui n’apportent aucune plus-value économique locale, et bien au contraire en constituent un poste de dépenses importants pour la collectivité et les Embrunais. De plus ces combustibles sales et fossiles sont peu bénéfiques à l’image environnementale et climatique que la collectivité aime à donner d’elle-même. Et à côté de cela, il existait, et existe toujours, une ressource forestière locale, abondante et sous-exploitée qui pourrait devenir la source d’un développement économique local et vertueux.

C’est avec ce discours, que ses réélections successives plébiscitent, que la filière bois est devenue un axe de développement économique à Embrun, que ce soit pour la fourniture de bois matériau que de bois-énergie. Ainsi, depuis presque vingt ans, le cap est resté le même, l’idée s’est frayée un chemin et la ténacité a fini par payer.

La chaufferie du premier réseau de chaleur d’Embrun, Delaroche, datant de 2008, photo Frédéric Douard

Le premier projet de chaufferie bois a été réalisé en 2007-2008 avec un réseau de chaleur dans l’ancien quartier militaire Delaroche.

La chaudière à bois et le ballon tampon de la chaufferie Delaroche à Embrun, photo Frédéric Douard

La ville d’Embrun qui souhaitait garder la maîtrise de ce développement a parallèlement sécurisé une filière d’approvisionnement dans le cadre de sa communauté de communes. La création d’une plateforme intercommunale pour alimenter les chaufferies publiques a été essentielle à la maîtrise du coût d’approvisionnement et de la qualité du bois déchiqueté, des conditions indispensables à la pérennité de cette politique. C’est également dans ce cadre intercommunal qu’elle a mis en place la zone d’activité de Pralong entièrement dédiée à la filière bois, qui se traduit aujourd’hui par l’implantation de quatorze activités, dont deux plateformes bois-énergie, une pour le bois déchiqueté et une pour le bois rond à déchiqueter.

Ces initiatives de l’Embrunais ont été rejointes et soutenues dès 2013 par le Conseil Général des Hautes-Alpes notamment dans le cadre de son Plan Climat Énergie adopté le 24 juin 2014 à l’unanimité, et qui aujourd’hui encadre sa politique en faveur des énergies renouvelables.

La chaufferie Gare à Embrun, chauffe une grande partie de la ville, photo Frédéric Douard

Un deuxième réseau de chaleur verra le jour dans le quartier de la Gare en 2010 et sera l’occasion pour la municipalité de créer une Régie Bois-Energie pour accompagner cette activité qui commençait à s’industrialiser et qui ne pouvait plus être portée par un simple budget annexe de la ville. Plus récemment, en 2019, un troisième réseau de chaleur au bois a été mis en service dans la ville basse.

Les chaufferies bois de Serre-Ponçon

La première chaufferie automatique à bois déchiqueté à avoir été installée sur le territoire de la Communauté de Communes de Serre-Ponçon en dehors des professions de la transformation du bois et des particuliers, le fut en 2006 dans une maison d’hôtes sur la commune de Réallon (60 kW). S’ensuivront les premières chaufferies collectives sur la ville-même d’Embrun, avec en 2007 la chaufferie du centre médicalisé long séjour Lou Vilage avec une chaudière de 160 kW, puis le réseau de chaleur du quartier Delaroche avec ses 450 kW en 2007, puis en 2010-2012 le réseau de chaleur Gare et sa chaufferie bois de 2 700 kW, la chaufferie bois du Lycée Alpes Durance en 2013 avec ses 500 kW, la maison d’accueil spécialisée des Écrins en 2014 et ses 150 kW et en 2019 le réseau de chaleur de la ville basse avec la chaufferie des Remparts et sa chaudière bois de 1 500 kW.

La chaufferie bois de la ville basse d’Embrun, photo Air Libre

Autour d’Embrun, d’autres municipalités de la communauté de communes et des établissements privés ont emboîté le pas de cette politique, à Baratier avec trois chaufferies, à Châteauroux-les-Alpes avec un réseau de chaleur, aux Orres avec deux chaufferies et à Savines-le-Lac.

La régie Bois Énergie d’Embrun

C’est à l’occasion de la création de son deuxième réseau de chaleur que la Ville a décidé de créer en EPIC, Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial, une personne morale qui donnerait toute la souplesse de gestion, toute l’autonomie et la transparence financière et toute la légitimité réglementaire à l’entreprise. La régie affiche aujourd’hui un chiffre d’affaires supérieur au million d’euros.

La commune, qui souhaitait par ailleurs garder la maîtrise du prix de l’énergie et la garantie d’une utilisation maximale du bois, avec tous ses effets vertueux, ne souhaitait pas déléguer ce service public, outil stratégique de sa politique économique et environnementale. La régie Bois Énergie d’Embrun a donc été créée le 1er janvier 2010. Son Conseil d’Administration est désigné par le Conseil Municipal, il comporte des élus, des partenaires, des clients du réseau de chaleur, en tant que personnes physiques ou morales.

Le centre ville d’Embrun, à quelques mètres de la chaufferie des remparts, photo Frédéric Douard

En pratique, la Régie travaille avec du personnel communal lorsque c’est possible et fait appel à des prestataires extérieurs pour la maintenance et l’astreinte, et notamment à une entreprise locale de chauffage. Le travail de la régie représente actuellement 1,5 ETP, avec un mi-temps pour sa directrice, Véronique Buisson-Bournat, en charge également de la gestion de la plateforme bois-énergie pour le compte de la Communauté de Communes, et 0,5 ETP de technicien pour le suivi et la conduite des trois chaufferies et réseaux et 0,5 ETP pour le travail comptable et administratif.

La Régie Bois Energie d’Embrun en quelques chiffres
Réseaux Longueur Puissance bois Vente de chaleur /an Consommation bois / an
Delaroche 0,9 km 450 kW 1000 MWh 400 tonnes
Gare 2,2 km 2 700 kW 4900 MWh 1800 tonnes
Ville Basse 1,4 km 1 500 kW 2600 MWh 1000 tonnes
Cumul 4,5 km 4 650 kW 8 500 MWh 3200 tonnes

Un approvisionnement bois maîtrisé par la collectivité

La plateforme bois-énergie de la zone d’activités bois de Pralong est composée de deux terrains situés sur la commune d’Embrun, mais de la compétence de la communauté de communes. Le premier terrain est une aire de réception et de stockage de bois ronds de 2 800 m², avec une capacité de stockage d’environ 4 000 m³ de bois. La seconde est goudronnée sur 3 500 m² et dispose de deux bâtiments totalisant 1 700 m², pour une capacité de stockage de 2 200 tonnes de plaquettes sèches.

La plateforme de bois rond de la communauté de communes d’Embrun-Serre-Ponçon, photo Frédéric Douard

Les bois sont réceptionnés ronds et sont déchiquetés sur place par un prestataire, en l’occurrence les Ets Bayle. Le bois stocké sous hangar perd ainsi de l’humidité pour arriver entre 30 et 35 %, les chaudières installées chez les utilisateurs étant presque toutes des chaudières à foyer fixe et qui ne peuvent par conséquent accepter des humidités plus importantes.

La plateforme à bois déchiqueté de la communauté de communes d’Embrun-Serre-Ponçon, photo Frédéric Douard

La communauté de communes fournit donc du bois déchiqueté aux trois chaufferies de la Régie Bois-énergie d’Embrun, mais aussi à la commune de Châteauroux-les-Alpes, au centre médicalisé Lou Village et à l’hôtel-restaurant des peupliers à Baratier, soit 3 500 tonnes par an.

Livraison et déchiquetage de bois sur la plateforme de Pralong, photo Régie bois énergie d’Embrun

Pour cette fourniture, dans un souci de qualité de produit et de service aux clients, la communauté de communes et les Ets Bayle adhèrent tous deux à la Charte régionale Qualité Bois Déchiqueté. Il s’agit d’un engagement volontaire à agir selon un cahier des charges précis, mis en œuvre dès 2012 par l’association régionale des communes forestières dans le cadre de la mission régionale bois-énergie.

Contacts :

Lire dans le même dossier :

Frédéric Douard, en reportage à Embrun

Voir également la présentation de Véronique Buisson-Bournat, directrice de la Régie Bois Energie d’Embrun, donnée le 29 septembre 2016 lors des sixièmes rencontres nationales « énergie et territoires ruraux, vers des territoires à énergie positive » : 

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