Pour le climat, améliorer la production forestière serait plus efficace que de la combattre

Editorial du Bioénergie International n°72 de mai 2021

Futaie irrégulière dans le Jura, photo Frédéric Douard

A notre époque, où les informations erronées deviennent une pratique courante d’influence, des actions de dénigrement de l’utilisation du bois sont relayées dans les médias grand public depuis des mois en Europe. Elles focalisent la plupart du temps sur des mauvaises pratiques, comme il en existe dans tous les domaines, puis les généralisent à toute la filière, voire même les associent à des activités qui n’ont rien à voir. Il est ainsi aujourd’hui devenu insupportable de laisser croire aux français et aux européens que le carnage est la norme en matière d’exploitation forestière, que la déforestation existe en Europe ou encore que le bois-énergie est plus polluant que le charbon.

Avec le changement climatique, l’une des missions centrales du forestier est de veiller à valoriser le carbone renouvelable accumulé par les arbres avant qu’il ne soit renvoyé à l’atmosphère par la mort des arbres ou par les incendies. Le forestier-sylviculteur garantit ainsi que l’économie humaine ait à disposition des matériaux renouvelables, naturels et alternatifs aux matériaux énergivores et polluants que sont le béton, le plastique et les métaux.

La coupe des arbres est l’aboutissement d’un processus de gestion productif, utile contre le changement climatique, car elle permet de substituer du carbone fossile des activités humaines par du renouvelable. Ainsi, laisser pourrir ou brûler une forêt, se traduit par l’anéantissement de décennies de captage de CO2 par les arbres et par un gaspillage important d’énergie (jusqu’à plus de 1000 MWh ou 100 000 litres de fioul par ha). A côté de cela, arrêtons de croire qu’une déforestation puisse exister en France comme en Europe : la forêt y est en expansion et a plus que doublé depuis deux siècles.

Bien sûr tout n’est pas parfait, comme dans toute activité, le parfait n’existant nulle part. En tout cas, il est tout à fait injuste, et même malhonnête, de généraliser les imperfections du système à toute la pratique forestière. Et plutôt que de vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain, de jeter l’usage du bois parce qu’il n’est pas aussi parfait que souhaitable à un temps T, il est bien plus responsable et courageux de travailler à en améliorer les pratiques.

Parmi ces pratiques, celle pour laquelle les attentes sont les plus importants, sur la biodiversité et la résilience aux risques climatiques (incendies, maladies, tempêtes), est le modèle lui-même de sylviculture avec le choix des essences. En effet, la principale critique que l’on puisse faire aujourd’hui à la forêt européenne et française, c’est d’user majoritairement d’un modèle basé sur la futaie régulière, corrélé au choix d’un nombre très restreint d’essences dites commerciales, principalement pour le sciage et la papeterie. Cette sylviculture, qui conduit les forêts à classes d’âge uniformes, débouche obligatoirement sur des coupes à blanc quand toute la classe d’âge est arrivée à terme. L’uniformité est également facteur de risques aggravants pour tous types de dommages. Ce modèle ne doit plus aujourd’hui être la règle unique. Comme l’agriculture chimique est en train de côtoyer l’agriculture biologique ou la permaculture, les pratiques sylvicoles doivent aussi se diversifier.

Il existe notamment la sylviculture irrégulière, dénommé aussi proche de la nature. Elle est basée sur la régénération naturelle et associe en permanence, sur une même parcelle, toutes les classes d’âges et toutes les essences qui viennent naturellement. Elle est également décrite en terme moqueur de futaie jardinée en opposition à la futaie régulière et noble. Alors certes, ce modèle de gestion, arbre par arbre ou par bouquets, demande plus de suivi, réduit la taille des chantiers, et donc coûte plus cher. Mais à son avantage, il créé aussi plus d’emplois, demande moins de travaux mécaniques et aucun travail du sol, et génère des recettes parfaitement étalées dans le temps, ce qui rompt avec le crédo du « planter pour ses petits-enfants » et qui est financièrement bien plus facile à gérer. Cette pratique se révèle aussi moins risquée, car elle construit une forêt immensément plus riche en biodiversité et donc plus résiliante. Et tous comptes faits, sur le long terme, ce modèle bien conduit peut-être tout aussi rentable financièrement.

L’association Prosilva France et le réseau Prosilva en Europe font la démonstration de cette sylviculture à couvert continu depuis des décennies. En Suisse, en Slovénie ou dans le département du Jura, cette sylviculture s’illustre à grande échelle depuis le XIX e siècle. De ces forêts diversifiées sortent toutes sortes de qualités de bois pour le sciage, l’industrie et le bois-énergie. Ce dernier débouché, longtemps méprisé par l’élite de la sylviculture, n’exige pourtant aucune sorte de qualité de bois et s’accommode de toutes les essences. C’est le débouché complémentaire idéal aux autres usages du bois pour valoriser 100% des qualités. Et si son revenu reste encore modeste aujourd’hui, la transition énergétique lui dessine un avenir prometteur en tant que première source d’énergie renouvelable.

Donc en matière de forêt, comme dans toute discussion, soyons honnêtes et constructifs, travaillons à améliorer les pratiques plutôt qu’à les opposer, ne rangeons pas les choses dans une case blanche ou noire, c’est tellement simpliste, caricatural et forcément inapproprié. Quel matériau écologique resterait disponible à grande échelle si l’usage du bois était compromis et à qui profiterait ce wood bashing ? Que ceux qui combattent aujourd’hui l’usage du bois se posent bien ces questions !

Frédéric Douard

1 réponse
  1. CERF VERT dit :

    Article intéressant.
    Être force de proposition, porteur de solutions d’une sylviculture raisonnée, maintenant un couvert forestier, et préservant la biodiversité. C’est ce que nous essayons humblement avec le Groupement forestier CERF VERT

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