Dalkia Wastenergy lance une offre de chaufferies et centrales à CSR

Article paru dans le Bioénergie International n°70 de décembre 2020

Four rotatif Rock, photo Dalkia Wastenergy

Les Combustibles Solides de Récupération (CSR), issus du traitement et du tri ultime des ordures ménagères résiduelles (OMR), ou provenant d’un processus industriel de recyclage, sont composés majoritairement de bois, papier, carton et plastique. Or, si en France et dans beaucoup d’autres pays, leur production s’est bien développée ces dernières années, on observe un manque cruel de sites pour les valoriser. C’est pour répondre à ce besoin, que Dalkia Wastenergy, opérateur historique de la combustion et de la valorisation des déchets ménagers, société née à Paris en 1922, lance une nouvelle offre technologique à même de valoriser les CSR dans des chaufferies ou des centrales de cogénération.

Bioénergie International a demandé à son directeur général, Pierre de Montlivault, de nous éclairer sur cette offre.

Alors que les CSR sont excédentaires sur certains marchés, dont la France, déjà depuis quelques années, qu’est-ce-qui a décidé Dalkia Wastenergy à lancer cette offre maintenant ?

Pierre de Montlivault, photo Dalkia Wastenergy

« Il y a effectivement une forte attente des collectivités, mais aussi des entreprises et des industriels du recyclage pour la valorisation des CSR. Ce qui a décidé Dalkia Wastenergy à lancer cette offre maintenant, c’est une triple conjoncture nationale et européenne.

En France, une enveloppe supplémentaire de 80 M€ par an, provenant du plan de relance post-covid, va venir renforcer le fonds déjà existante des appels à projets de l’ADEME sur les CSR, basée quant à elle sur le budget de la transition énergétique. C’est ainsi que dès 2021, l’ADEME lancera deux AAP, au lieu d’un seul les années précédentes.

Concernant toujours le plan de relance post-covid, mais cette fois celui au niveau européen, de nombreuses mesures viendront également abonder celles de la transition énergétique dans les États membres, et en particulier en Europe orientale en vue d’une sortie accélérée du charbon.

La deuxième conjoncture favorable en France, est la progression désormais actée de la taxe générale sur les activités polluantes, la TGAP, une progression validée par paliers de 10 à 65 €/tonne envoyée en enfouissement d’ici à fin 2025, et ce en parallèle d’un objectif de baisse du taux de mise en décharge des déchets à 2 %.

Et puis, nous souhaitons aussi réagir à un phénomène à plus long terme, mais qui s’amplifie partout en Europe avec la forte progression des taux de tri des déchets ménagers à la source, c’est la baisse de pertinence des Unités de Valorisation Energétique. Utilisant des OMR brutes, ces tonnages baissent inéluctablement et à terme ces installations fermeront. Elles seront alors progressivement remplacées par des unités de plus petites tailles, utilisant cette fois des OMR épuisées, les CSR. Ces combustibles affichant un pouvoir calorifique (PCI) plus élevé que celui des OMR, ils nécessitent d’autres technologies de combustion. »

En quoi consiste votre offre de chaufferies ou centrales à CSR ?

« Nous ciblons des gisements de 10 à 60 000 tonnes de CSR par an. Nous sommes persuadés, que pour l’équilibre économique de ces projets, il est indispensable de s’adapter aux débouchés énergétiques locaux et de ne pas trop transporter les matières combustibles. En passant, cela réduira également les émissions de CO2 et l’usure du réseau routier européen liées au transport.

Principe de fonctionnement du four ROCK, image DW

Du point de vue technologique, nous proposons notre solution propriétaire, le four ROCK, (pour Rotating Oscillating Combustion Kiln). Il est utilisable pour des PCI allant de 8 à 20 MJ/kg (2,22 à 5,55 MWh/kg) et pour une granulométrie du combustible pouvant aller jusqu’à 350 mm. La grande force de cette technologie, c’est de combiner les avantages des systèmes à grille et des fours rotatifs classiques. Comme les fours à grille, le ROCK permet de souffler de l’air sous le lit de déchets pour permettre une combustion optimale. Et à l’image des fours rotatifs classiques, ses parois internes sont intégralement recouvertes de béton réfractaire, pour une résistance maximale aux hautes températures et des coûts de maintenance réduits.

L’entrée de gamme du four ROCK est à 5 MW, mais la taille raisonnable se situe à 15-25 MWth. Sur le marché français la taxe CO2 (EU ETS) incite nos clients à développer des installations jusqu’à 20 MWth.

Schéma de principe du four ROCK, image DW

Alors que nous utilisions jusqu’ici ces foyers majoritairement pour brûler des OMR, en adaptant la conception à l’évolution du pouvoir calorifique des déchets à valoriser. Nous en avons profité pour étendre la licence à l’Europe.

Pour mémoire, les générations précédentes de ce four affichent 33 références, construites en France et à l’étranger (USA, Royaume-Uni, Belgique, Antilles…). Sept sont exploitées par Dalkia Wastenergy, dont la plus ancienne encore en fonctionnement est celle de Paillé en Charente-Maritime. Cette installation tourne depuis 1981 ! »

Votre offre concerne-t-elle toutes les sortes de CSR et quelles sont les contraintes économiques ?

« Nous pouvons traiter tous types de CSR, les ménagers des collectivités mais aussi ceux des industriels comme les refus de pulpeurs des papeteries.

Combustibles Solides de Récupération, photo DW

Concernant le cadre économique, il faut que ce traitement que nous proposons soit plus compétitif que la mise en décharge. Et bien entendu, le coût de traitement est directement lié au niveau de valorisation de la chaleur, avec ou sans cogénération. »

Atelier de fabrication d’un four Rock, photo DWE

En décembre 2019, vous avez signé avec la Banque des Territoires une convention pour le développement de la production d’énergie à partir de CSR. Qu’apporte ce partenariat ?

« La Banque des Territoires accompagnera le financement des projets territoriaux ou privés en France, et ceci sur un périmètre large d’interventions : depuis le financement des études jusqu’au prêt à l’investissement, mais aussi pourquoi pas la prise de participation. Les outils sont donc là ! »

Avez-vous déjà des projets en cours ?

« Nous travaillons sur un important groupe de projets de ce type en France et au niveau européen. Les offres remises s’adressent à des opérateurs privés comme des collectivités. »

Merci !

Petit historique du four oscillant ou cylindro-conique
Historiquement, cette technologie visant à faire tourner le four sur lui-même en le positionnant incliné, a été développée afin de brasser les déchets tout en les faisant avancer. Ceci permettait une bonne gazéification des matières carbonées dans la partie cylindrique et leur oxydation dans la partie conique grâce à des tuyères d’injection d’air, sans que ces processus ne sont entravés par la masse d’incombustibles contenue dans les déchets.C’est Louis Rousseau, aujourd’hui âgé de 86 ans, et toujours très actif et inventif, qui développa ce procédé en 1969. Il souhaitait ainsi répondre au besoin des communes d’incinérer proprement leurs ordures ménagères. À l’époque, les premiers fours ccylindro-coniques à avancement rotatif, furent montés sur des camions pour pouvoir aller réaliser leur service de commune en commune, car il n’existait alors pas de véhicules suffisamment grands pour transporter les déchets !

L’un des premiers fours cylindro-coniques mobiles de 1,5 t-h en 1970, photo Louis Rousseau

Louis Rousseau fit construire ses premiers fours par Creuzot-Loire, d’abord mobiles puis à poste fixe. Il en vendit ensuite la licence à Laurent Bouillet Industrie en 1975 alors que Creusot-Loire se focalisait sur le programme nucléaire du gouvernement Giscard. LBI continua à développer l’activité jusqu’à lui créer une entité propre en 1986 au travers de la société Cyclergie. Puis, suite à la prise de contrôle de LBI par SPIE en 1999, Cyclergie fut cédée en 2000 à TIRU, qui deviendra Dalkia Wastenergy en 2018.

Frédéric Douard

1 réponse
  1. Carpena Joëlle dit :

    Et pourquoi pas de petites unités dédiées aux farines animales? Elles fourniraient de l’énergie et des cendres minérales à haute valeur rajoutée.
    Plus d’explications dans mon livre « Un diable au CEA, solutions pour nos déchets dangereux, déchets nucléaires, amiantes et farines animales «  publié en octobre 2020 aux Nouvelles Éditions Caillade, Caillade.com