Cameroun : les biocarburants inquiètent

Photo Frédéric Douard

La production de cette source d’énergie, dans plusieurs pays, ruine les superficies cultivables des agriculteurs.

Dans le Sud du Cameroun, notamment à Fifinda, dans l’arrondissement de la Lokoundje, une société espagnole dénommée Fernandez Tac fait des expérimentations de culture du jatropha, une plante réputée pour ses avantages dans la production d’agro-carburants.
En 2008, la phase d’expérimentation a permis aux responsables de cette firme de se rendre compte que les terres étaient favorables à la culture de cette plante. Aussi avaient-ils sollicité l’acquisition de 120.000 hectares de terres dans cette région. Leur projet, plus tard, devait s’étendre dans le département du Mayo Rey où des étendues de terres étaient également requises par les investisseurs espagnols.
La culture du jatropha s’est aussi transportée dans le Nord-Ouest. A Kumbo, deux sociétés d’origine indienne et allemande ont acquis des milliers d’hectares de terres pour les mêmes fins. Il y a deux ans, le projet était déjà avancé avec la réalisation des premières pépinières. Ces trois investisseurs montrent à quel point la course aux énergies propres prend le pas sur la sécurité alimentaire.
En effet, si le jatropha sert les industries et l’environnement européens et asiatiques, il prive dans le même temps les populations africaines d’immenses étendues de terres arables.

«L’agriculture africaine a été déstructurée pendant des décennies, avec la complicité des bâilleurs de fonds. Or l’accroissement de la population demande qu’on trouve des solutions pour la nourrir, et il n’y a que les producteurs africains qui peuvent le faire», souligne André Tioro, secrétaire général de l’association Roppa au Burkina Faso. Pour lui, les biocarburants constituent une menace à la sécurité des terres et à l’alimentation du continent.
En effet, à la suite des émeutes de la faim de février 2008, la banque mondiale avait commis un rapport dans lequel elle mettait en cause la production des biocarburants en Afrique dans la venue de la crise alimentaire. Ceux-ci, du fait de la surexploitation et des vastes étendues de terres dont les sociétés s’accaparaient, de la déforestation et de la destruction des cultures, avaient contribué selon la banque mondiale, à l’arrivée à 75% de la sévère crise alimentaire qui avait secoué plusieurs pays du continent.

D’autres experts pensent que l’Afrique doit capter la technologie de fabrication des biocarburants afin que les populations puissent en tirer profit à long terme. «Si les biocarburants se mettent en place sans que les Africains aient accès à la technologie, c’est une menace d’autant plus grande que les terres seront utilisées pour la culture de plantes qui vont non seulement dessaisir les populations de leurs terres, mais aussi ne vont pas contribuer à leur alimentation», indique Patrice Mezui de la Ceeac.
Pourtant, selon des experts, le développement de l’Europe s’est fait sur la base d’une production agricole qui l’a émancipée de l’insécurité alimentaire. L’invasion eurasiatique, d’après eux, constitue donc une nouvelle façon de maintenir le continent dans la famine endémique qui le secoue.
Ce qui va décupler ses besoins alimentaires et permettre à l’Europe et à l’Asie d’écouler le surplus de leur agriculture, déjà subventionnée. Pour la production d’agro-carburants, le Kenya a cédé officiellement 60.000 hectares de terres, le Soudan 471.000, le Mali 700.000. Partout, agriculteurs et éleveurs sont mis en errance forcée avec leurs houes et leurs troupeaux.

Source : www.quotidienmutations.info le 7 octobre 2010

1 réponse
  1. NDZANA BILOA ERIC BERTIN dit :

    Bonjour à tout l’équipe technique du magazine Bioénergie International , c’est avec un grand plaisir que je souhaite me joindre à vous ,à travers c’est interface qui m’a été offert afin d’exprimer mon point de vue . En effet sur la problématique de la production des Biocarburants au Cameroun , il est irréfutable que cela soit véritablement une issue de secours pour les pays en voie développement. Néanmoins, notons que seules l’agriculture et la sylviculture ne possèdent pas toutes les rouages de la production des biocarburants , l’aquaculture et particulièrement l’algoculture a également à un rôle vital dans la poursuite à la bioénergie dans ce sens que ; elle permet de gagner en espace (pas besoins de 50 .000 hectares ) pour produire des tonnes d’algues possédant les même capacités que les produits agricoles ( pas de compétition alimentaire ) . Je crois que cet axe mérité également d’etre traiteer avec attention . Merci NDZANA BILOA ERIC BERTIN , Ingénieur Halieute .