Huile de palme dans les carburants, le pétrolier Total au-dessus de la loi ?

L’utilisation d’huile de palme dans les carburants va à l’encontre des intérêts de l’agriculture française, photo Frédéric Douard

Dans un entretien accordé au Figaro, le PDG de Total, Patrick Pouyanné, s’est exprimé à propos de la décision de l’Assemblée Nationale du 19 décembre 2018 qui a ancré la suppression de l’avantage fiscal à l’huile de palme dans les biocarburants en France à partir de 2020. Une décision qui remet en cause le modèle économique de reconversion de la raffinerie de La Mède près de Martigues dans les Bouches-du-Rhône. Patrick Pouyanné donne un an aux députés pour modifier leur décision et menace de fermer le site s’ils ne s’exécutent pas.

Pour Sylvain Angerand, porte-parole des Amis de la Terre France : « Quand Total n’arrive pas à bloquer une décision qui contrarie ses intérêts, l’entreprise demande aux députés de voter à nouveau. Alors que de nombreux citoyens remettent en cause le fonctionnement démocratique de nos institutions et dénoncent le poids des lobby dans les décision publiques, Total joue la provocation en se plaçant une nouvelle fois au-dessus des lois ».

Pour les Amis de la Terre France, ça n’est pas la loi qu’il faut revoir mais le projet de reconversion de la raffinerie de La Mède. Ils demandent à François De Rugy, Ministre de la transition énergétique et solidaire, d’organiser au plus vite une réunion avec l’ensemble des parties prenantes (associations, syndicats, collectivités locales, Total) pour enfin lancer un projet de reconversion alternatif à l’importation massive d’huile de palme.

Rappelons que l’utilisation de l’huile de palme, non seulement favorise la déforestation en Asie du sud-est et potentiellement aussi à terme en Afrique centrale, mais va également à l’encontre des intérêts de l’agriculture française, toujours à la recherche de diversification, et surtout à la recherche de solutions pour auto-produire les aliments protéiques dont les animaux ont besoin. Or, produire du biodiesel à partir de graines locales, colza ou tournesol, permet de co-produire des tourteaux pour l’alimentation animale, des tourteaux qui sont aujourd’hui encore massivement importés d’Amérique du sud, une région du monde où le soja est l’une des plus grandes source de déforestation.

Terminons par rappeler aussi que ce qui est produit localement engendre forcément moins de gaspillage d’énergie, favorise l’emploi sur place et surtout permet de vérifier de visu la durabilité ou pas des pratiques culturales, une exigence qu’il est bien illusoire d’imaginer pouvoir vérifier à grande distance. Et puis, sur un principe plus global, il va falloir arrêter un jour de piller les matières premières des pays pauvres, une pratique héritée du colonialisme, et d’assumer nous-mêmes la base de notre subsistance avec ce que nous donne la nature autour de nous !

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Frédéric Douard