L’ADEME dévoile que l’électricité nucléaire française est économiquement condamnée

Capacités nucléaires françaises en GW dans la trajectoire de référence, source ADEME 2018

L’ADEME a publié en décembre 2018 un document qui fera date. « En 2015, l’agence avait produit une étude sur la faisabilité technico-économique d’un mix électrique 100 % renouvelable en 2050. Cette étude à caractère technique ne prétendait en rien définir une trajectoire souhaitable du mix électrique, mais avait permis de bousculer certaines idées reçues sur la faisabilité ou le coût d’un mix électrique fortement renouvelable. Aujourd’hui, capitalisant sur les nombreux travaux prospectifs réalisés sur la transition énergétique, par de multiples acteurs, l’ADEME présente une étude portant sur différentes trajectoires d’évolution du mix électrique. Le parti pris dans cet exercice était de rester strictement sur une logique d’optimisation économique : il s’agissait d’évaluer les trajectoires qui coûteront le moins cher pour la collectivité.

En effet, l’aspect économique, s’il n’est qu’un des nombreux enjeux de la transition énergétique, qui doit prendre en compte également les aspects industriels, sociaux, environnementaux, joue un rôle particulier, car les choix politiques ne peuvent faire l’impasse sur l’évaluation de leur efficience d’un point de vue coût/bénéfice. Il est donc incontournable d’évaluer le coût des futurs énergétiques que nous envisageons. C’est ce qu’a cherché à appréhender cette étude, en se limitant au système électrique.

Les résultats permettent par exemple de comparer des choix politiques en évaluant le surcoût de l’un par rapport à l’autre. Les résultats montrent également tout le potentiel du système électrique français, déjà l’un des plus décarboné d’Europe : les trajectoires les plus économiques poursuivent la décarbonation du mix énergétique en s’appuyant sur un développement fort des énergies renouvelables et une prolongation mesurée du parc nucléaire pour modérer le coût de cette transition.

Pour la première fois, une étude sur le mix électrique français porte jusqu’à l’horizon 2060. Si les résultats obtenus restent cohérents pour la période 2020-2035 avec ceux publiés en 2017-2018 par RTE, la prise en compte de cet horizon de très long terme apporte un éclairage nouveau : en effet, pour optimiser les choix à faire dans les quinze prochaines années, il est utile de se projeter jusqu’en 2060, afin de prendre en compte la durée de vie des investissements dans les moyens de production ! Il ne s’agit pas de prétendre décider une fois pour toutes les choix d’investissements pour les quarante prochaines années, mais bien de s’assurer qu’un choix fait aujourd’hui ne va pas faire peser des coûts indus à nos enfants et petits enfants quelques dizaines d’années plus tard.

Arnaud LEROY, président du Conseil d’administration de l’ADEME, photo ADEME

Cette étude ne dit bien sûr rien des autres considérations d’ordre social, industriel ou environnemental qui pourraient infléchir les choix politiques. Cependant, la plupart des trajectoires que dessine cette optimisation économique proposent une transition qui devrait avoir un impact très positif sur les territoires et représenter une opportunité de valoriser des ressources locales, avec autant de retombées en emplois, économiques et fiscales pour les collectivités. Grâce à la visibilité apportée par ce type de travaux, il devient possible d’accompagner la transition sociale sur le terrain dans la durée, aussi bien sur les emplois que sur la gestion des compétences professionnelles », telle est l’introduction de la synthèse de cette étude signée par Arnaud LEROY, président du Conseil d’administration de l’ADEME.

Parmi les enseignements majeurs de cette étude, pour des niveaux de demande compris entre 430 TWh et 600 TWh, l’optimisation économique de l’évolution du système électrique français conduit à une part d’EnR de 85 % en moyenne en 2050, et de plus de 95 % en 2060, dans l’ensemble des cas, hormis ceux avec déploiement volontariste d’EPR.

Concernant la filière électrique nucléaire, l’étude met en évidence que d’un point de vue économique, le développement d’une filière nucléaire de nouvelle génération ne serait pas compétitif pour le système électrique français. La construction d’un EPR en 2030 nécessiterait 4 à 6 Mds€ de soutien public. À plus long terme, le surcoût de développement d’une filière industrielle EPR (24 GW en 2060) serait au minimum de 39 Mds€ pour la nation.

Sur la question du prolongement d’une partie du parc nucléaire historique, l’objectif de 50 % de nucléaire entre 2030 et 2035, permettrait une transition efficiente d’un point de vue économique et climatique. Pour les scénarios étudiés, une fermeture de 30 % des réacteurs à l’âge de 40 ans, puis à nouveau de 30 % des réacteurs restants à 50 ans est possible avec un coût nul pour la France sur la période 2030-2044. La fermeture systématique des centrales nucléaires à 50 ans génère des coûts supplémentaires lorsque la capacité nucléaire totale passe en deçà de 30 GW.

Ainsi, dans tous les trajectoires d’évolution économiquement crédibles étudiées, la filière nucléaire française aura disparu en 2055, tout juste 100 ans après son démarrage : quel soulagement que d’envisager enfin, grâce aux renouvelables, la disparition à moyen terme de cette épée de Damoclès technologique qui menace le pays et ses voisins depuis 60 ans. Enfin une vision raisonnable, rationnelle, chiffrée sans masque, non partisane et non guerrière de l’énergie !

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Frédéric Douard