Le développement des bioénergies en France va devoir très vite s’intensifier

La centrale biomasse de l’Esplanade devant le Rhin, photo és

France Biomasse Energie a tenu le 27 septembre 2017 son sixième colloque à Paris. Plus de 200 personnes ont participé à cet évènement lors duquel les différentes filières, qui composent les bioénergies, ont échangé sur les belles opportunités qui s’offrent à elles, les progrès réalisés, les innovations en cours et les freins qui restent à lever, pour atteindre les objectifs de développement des énergies renouvelables fixés à l’horizon 2030 : 38 % dans le mix chauffage et refroidissement, 15 % de la consommation finale dans les transports, 40 % de l’électricité et 10 % de la consommation de gaz.

Malgré une amélioration du rythme de développement constatée ces dernières années, chacun a rappelé la nécessité d’accélérer. En effet, en 2016, la chaleur renouvelable s’est élevée à 20,4%, dont 78% à partir de biomasse solide et déchets, l’incorporation des biocarburants à 7,2% et le gaz renouvelable à 0,05% de notre consommation de gaz.

« Nous avons progressé, mais pas suffisamment pour être sur la bonne trajectoire pour atteindre les objectifs 2020 et 2030. Il nous faut des mesures nouvelles pour y parvenir et les professionnels ont besoin de visibilité, de prévisibilité et de stabilité » a alerté Jean-Louis BAL.

Dans ce contexte où tous les acteurs, grands groupes comme ETI, PME et startups, poursuivent leurs investissements et leurs engagements dans ces filières, les annonces du gouvernement concernant le maintien du CITE pour le chauffage au bois en 2018, le soutien jusqu’à 3 000 euros pour les ménages modestes substituant une chaudière bois à une chaudière au fioul, la prise en charge à hauteur de 40% des coûts de raccordement des installations de production de biométhane aux réseaux et, plus encore l’augmentation accélérée du prix du carbone dès 2018 sont très bienvenues.

Cyril LE PICARD a rappelé que « le prix conjoncturellement bas des énergies fossiles depuis quelques années impacte la compétitivité des bioénergies et pourrait remettre en cause la pertinence de nos énergies renouvelables aux yeux de nos concitoyens. L’augmentation de la Contribution Climat Energie constituera un outil essentiel, même s’il n’est pas le seul, pour permettre à nos filières de se déployer plus vite afin que les bioénergies jouent pleinement leur rôle dans la transition écologique et énergétique dans tous les secteurs de la société. »

Dans le même sens, les professionnels des bioénergies sont toujours en attente, notamment :

  • du doublement du Fonds Chaleur qu’ils demandent depuis plusieurs années et sur lequel le Président de la république, Emmanuel MACRON, s’est engagé lors de la campagne présidentielle, et la simplification de sa mise en œuvre,
  • de la révision et de la notification à la Commission Européenne du tarif d’injection du biométhane,
  • de la position qu’adoptera la France sur le projet de révision de la Directive sur les énergies renouvelables (RED II) du 30 novembre 2016 de la Commission européenne. En effet, si les propositions de révision étaient adoptées en l’état, les filières françaises des biocarburants, qui ont massivement investi sous l’impulsion des agriculteurs, seraient gravement menacées,
  • de l’exonération de la biomasse de la part carbone sur les taxes intérieures à la consommation.

Jean-Louis BAL et Cyril LE PICARD ont rappelé que le coût du soutien à ces filières est faible pour la collectivité et qu’elles sont déjà bénéfiques économiquement si l’on prend en compte les importations d’énergies fossiles évitées, le nombre d’emplois qu’elles représentent et les tonnes de CO2 évitées.

3 réponses
  1. Energie+ dit :

    Bonjour,

    Je ne tords ni n’oppose rien du tout ! bien au contraire mon objectif (je suis scientifique donc indépendant de toute énergie) est de trouver les solutions les plus optimales en terme de bilan donc sur tous les paramètres (ou la majorité) possibles !

    Je n’ai fait que citer parmi d’autres des études du Fraunhofer Instit. en Allemagne et Chalmers en Suède (ce ne sont donc pas mes chiffres ni moi qui les tordrais !) et si vous vous référez à leurs travaux vous verrez qu’ils tiennent bien compte de l’absence de soleil la nuit et du rendement moindre l’hiver etc et se basent sur des données concrètes « moyennes » et l’énergie « produite » comparativement par m2 utilisé.

    Pour mémoire, selon les différentes techniques solaires pour les réseaux de chaleur, on atteint des températures de 80 à 400°C et les danois par exemple on développé du solaire thermique qui s’apparente au solaire CSP utilisé plus souvent dans les pays du Sud mais à un coût plus que compétitif et le taux de couverture annuel est élevé (autour de 70% et on peut aller au delà avec stockage de chaleur estival).

    Ce que je voulais souligner c’est que différente études (et outils comme REMod-D) ont montré que pour atteindre des taux de baisse de CO2 suffisantes et importantes, il va falloir améliorer notamment les bilans des réseaux de chaleur et que les technologies de chauffage et de refroidissement solaires sans carbone jouent donc un rôle plus important qu’actuellement.

    Je me permets de souligner que le Japon a développé massivement des centrales biomasse (plus de 800 par effet d’aubaine des subventions) et qu’il est obligé désormais d’importer du bois notamment du Vietnam, du Canada et que sa demande va être supérieure à l’offre alors que les centrales biomasse se développent aussi dans les pays voisins dont la Corée etc

    https://www.japantimes.co.jp/news/2017/09/27/national/fuel-shortage-looms-japan-fires-biomass-energy/#.WdAUQxc69hE

    A l’inverse les centrales solaires thermiques alimentant les réseaux de chauffage urbain représentent seulement environ 1% de la capacité installée des systèmes solaires thermiques, vous admettrez que c’est trop peu même si des prix compétitifs inférieurs à 40 € / MWh peuvent être atteints. On attend que la chaleur solaire puisse à moyen terme représenter 4 à 15% du potentiel technique total de l’énergie solaire thermique, ce qui est un objectif modeste malgré le potentiel du solaire thermique et des différentes combinaisons possibles (pompes à chaleur, stockage estival, géothermie, biomasse, biogaz etc)

    De nombreux réseaux de chaleur sont depuis plusieurs années déjà alimentés via le solaire, les prix sont très compétitifs notamment au Danemark en raison des coûts de terrain et de réseau. Voici leur carte et données :

    http://solarheatdata.eu/

    Différents programmes d’intégration et d’optimisation du solaire sont poursuivis, notamment au plan international les programmes TASK (sous l’égide de l’IEA) comme TASK 45 (Large Scale Solar Heating and Cooling Systems), TASK 52 (Solar Heat and Energy Economics in Urban Environments), TASK 55 (Large solar thermal plants feeding into district heating networks) etc

    http://task55.iea-shc.org/

    http://task45.iea-shc.org/participants

    ou en Europe SDH dans le cadre d’Horizon 2020

    http://solar-district-heating.eu/

    Dans plusieurs pays on chauffe intégralement au solaire récupéré l’été stocké dans des forages de seulement 37 m de profondeur et utilisé l’hiver, avec un taux de couverture de plus de 97% dans le pire des cas et 100% la plupart de temps, et ce depuis plus de 11 ans comme par exemple à Drake Landing au Canada et l’université de Stanford a régulièrement effectué et publié les bilans techniques et économiques qui sont excellents (et c’est en plus sous le climat du Canada, pas de celui de la France !)

    https://www.youtube.com/watch?v=puTKaE15W14

    Dans la chaleur solaire industrielle il y a en France des nouveaux intervenants comme NewHeat et c’est une très bonne chose aussi

    https://newheat.fr/

    Bref mon propos n’était pas d’opposer mais de souligner que l’on utilise pas assez notamment le solaire thermique. C’est un fait connu (vous pouvez d’ailleurs le constater dans l’article sur la chaleur renouvelable que vous avez récemment publié où sa part de 1,4% est dérisoire) et alors que les technologies disponibles sont la plupart du temps compétitives, permettent un bien meilleur bilan et sont efficaces malgré les contraintes nocturnes et hivernales du solaire.

    On peut même se servir des réseaux de chaleur pour le stockage solaire estival (donc sans aucun stockage ajouté) comme le font les allemands à Ludwigsburg-Sonnenberg ou les suédois à Vallda Heberg (Kungsbacka), entre autres, avec un taux de couverture d’environ 40% du chauffage et de l’ECS dans ces systèmes simples pour des coûts là aussi compétitifs.

    Si vous voulez que les forêts ne brûlent pas (et moi aussi!), il faut réduire drastiquement et rapidement les émissions de Ges et il y a des technologies plus efficaces que la seule combustion de biomasse comme le solaire et l’utilisation du bois dans la construction, les biomatériaux etc plutôt que la combustion chaque fois systématique !

    Bonne journée

  2. Décidément, vous avez l’art de tordre la réalité, d’embellir excessivement les performances du solaire et de les opposer obsessionnellement à la biomasse alors que chaque énergie renouvelable a ses points forts et ses points faibles et que pour cela elles sont complémentaires.

    Je m’explique.

    Les rendements fabuleux que vous annoncez pour le solaire sont des rendements théoriques, instantanés, de matériels neufs et ne concernent que les plus performants. Et la grande maladie des électriciens (puisqu’on ne parle presque exclusivement que de photovoltaïque) est de toujours parler en puissance installée nominale. Or, le solaire ne fonctionne sur l’année dans le meilleur des cas que 30% du temps (causes nuit et nuages) et même dans ce tiers temps avec une courbe qui n’atteint la puissance nominale que quelques heures, voire quelques minutes par jour durant les mois d’été. Il y a donc un écart considérable entre puissance installée et quantité d’énergie produite.

    Pour la biomasse, outre le fait qu’elle soit stockable, elle peut tout à l’inverse du solaire fonctionner 8000 heures par an à pleine charge si besoin, avec un excellent ratio kWh/kWinstallé à comparer au solaire.

    Donc pour comparer honnêtement les rendements entre les deux filières, et voir ce que chaque kW installé produit vraiment sur l’année, il faudrait diviser les rendements instantanés par le nombre d’heures de fonctionnement ramenés à la puissance nominale. Et là, vous verriez que le solaire n’est pas du tout plus efficace que la biomasse. Dans la pratique, il faut simplement combiner ces deux énergies pour en tirer le meilleur chacune dans ses conditions de fonctionnement les plus adaptées.

    Et ce dont vous ne parlez pas c’est du coût de l’énergie. La biomasse est de très loin la moins chère de toutes les énergies renouvelables (et en passant une énergie très sociale), et ceci du fait du ratio évoqué précédemment et du fait que la photosynthèse est gratuite, car les arbres poussent tous seuls que vous le vouliez ou pas, et presque partout, y compris dans les endroits peu ensoleillés.

    Et pour finir vous négligez un point important qui s’illustre en ce moment à grande échelle aux Etats-Unis et en Europe du Sud : quand on n’exploite pas la biomasse, elle brûle toute seule en feux de forêts dévastateurs et hyper polluants, un phénomène qui va s’amplifier avec le réchauffement climatique, et contre lequel l’usage de la biomasse est le seul recours.

    Vous voyez, tout ne se résume pas à un rendement instantané, il faut aller sur le terrain pour voir comment ça fonctionne en vrai !

    Le point où je vous rejoins totalement par contre, c’est sur la chaleur dite fatale le souvent perdue lors de la production électrique thermique. Si la production d’électricité thermique est indispensable pour couvrir les besoins que les renouvelables intermittentes ne savent pas encore faire faute de savoir stocker, les systèmes non cogénératifs sont à bannir en général quelque soit la source d’énergie thermique. Et sur ce sujet, la biomasse solide est cependant peu concernée car ultra majoritairement utilisée en production thermique pure, donc avec de bons rendements globaux. La biomasse produit moins de 2% de l’électricité renouvelable produite en France et pratiquement toujours en mode cogénératif.

  3. Energie+ dit :

    A souligner toutefois que :

    Le solaire thermique affiche le rendement énergétique le plus élevé par mètre carré : par rapport au photovoltaïque, les capteurs solaires produisent en moyenne trois fois plus de KWh.

    Comparé à la biomasse ou au bioéthanol, le rendement est en moyenne 43 fois plus élevé que celui de la biomasse ou du bioéthanol…

    http://www.solarthermalworld.org/content/solar-thermal-shows-highest-energy-yield-square-metre

    Et qu’aujourd’hui, « il y a plus de chaleur perdue pendant la production d’électricité en Europe qu’il n’en faut pour chauffer tous les bâtiments du continent »… !

    Il existe donc un énorme potentiel d’amélioration dans le secteur du chauffage, ce qui signifie qu’en collectant les énormes quantités de chaleur résiduelle des industries et de la production d’électricité et en les distribuant avec des réseaux de chauffage urbain intelligents, il serait possible d’économiser la totalité du gaz naturel actuellement utilisé pour le chauffage des bâtiments en Europe. Cela se traduirait non seulement par des économies monétaires, mais aussi par une réduction considérable des émissions de CO2.

    L’objectif de la Heat Roadmap Europe (HRE) est de créer les preuves scientifiques nécessaires pour soutenir la décarbonisation du chauffage et du refroidissement en Europe et de reconcevoir ce secteur, en combinant la connaissance des conditions locales de chaleur résiduelle, les économies potentielles et l’analyse du système énergétique.

    Carte interactive de Heat Roadmap Europe

    http://www.heatroadmap.eu/Peta4.php

    http://www.heatroadmap.eu/