Vers une conversion du fioul au bois pour la production électrique guyanaise

Forêt guyanaise, photo CRE

Forêt guyanaise, photo CRE

La Guyane est la plus grande région de France : elle représente plus de 15 % de la surface de la France métropolitaine. La population y est majoritairement concentrée sur le littoral. Le territoire est couvert à plus de 95 % par une forêt équatoriale dense. Mais à côté de cette profusion de ressource forestière, le système électrique guyanais n’y a paradoxalement quasiment pas recours et ne produit que 1% de son électricité par la biomasse !

Mais, depuis la loi n°2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, chaque territoire doit élaborer une programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) adaptée à ses besoins. Après une première mission à Mayotte et à la Réunion réalisée en octobre 2014 la CRE (Commission de Régulation de l’Energie) s’est rendue en Guyane en mars 2016 pour y réaliser un état des lieux du système électrique et sur la PPE Guyanaise. Le rapport de cette mission vient d’être adopté par le Collège de la CRE le 31 janvier 2017.

Un système électrique irrationnel générant un coût exorbitant de l’électricité

Sur le littoral, la production repose essentiellement sur deux moyens : la centrale à fioul de Dégrad des Cannes et le barrage hydraulique de Petit-Saut. Les deux principaux sites de production sont positionnés autour de Cayenne et de Kourou, ville où est implanté le centre spatial.

<img class="size-large wp-image-49479" src="https://www.bioenergie-promotion.fr/wp-content/uploads/2017/02/le-mix-energetique-2015-du-littoral-guyanais-540×186.png" alt="Le mix énergétique 2015 du littoral guyanais – Cliquer sur l’image pour l’agrandir. » width= »540″ height= »186″ /> Le mix énergétique 2015 du littoral guyanais – Cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Les communes non raccordées au réseau électrique du littoral, communément dénommées les communes de l’intérieur, sont quant à elles essentiellement alimentées par des petites centrales diesel. Le coût du fioul rendu sur place est très élevé, avec pour celles qui ne sont pas accessibles par la route un transport par pirogue qui
reste difficile en saison sèche, lorsque les fleuves sont proches de leur niveau d’étiage et deviennent peu propices à la navigation.

Cette situation fait que La Guyane, 250 000 habitants et 0,3% de la population française, consomme 10 % des charges de service public de toute la France au titre du financement de la péréquation tarifaire de l’électricité, pour compenser ces coûts exorbitants, ce qui correspondait à 181 M€ en 2015 !!!!!!!

Centrale biomasse de Kourou

Centrale biomasse de Kourou

Pour alimenter le réseau, les installations sous obligation d’achat sont appelées en priorité indépendamment de leur coût de production. C’est le cas de la centrale au fil de l’eau du Saut Mama Valentin, dont le coût de production est de l’ordre de 115 €/MWhé, ainsi que des installations photovoltaïques, qui présentent des coûts de production relativement élevés, de 450 €/MWh en moyenne. S’y ajoute une centrale biomasse fonctionnant en base avec un coût de production d’environ 230 €/MWh. Le fonctionnement des autres moyens de production et leur ordre d’appel sont orientés vers l’optimisation de l’utilisation de la ressource hydraulique du barrage de Petit-Saut, équipé de quatre turbines pour une puissance installée totale de 114 MW, qui reste le moyen de production le plus compétitif avec un coût de production de 110 €/MWh.

Les installations thermiques, qui présentent des coûts de production variant entre 425 et 600 €/MWhé en fonction de leur technologie et de leur ancienneté, complètent le mix énergétique.

Dans ce contexte calamiteux d’importation de combustible fossile, il apparait plus qu’urgent de remplacer la production au fioul et notamment la centrale de Dégrad des Cannes, par des système de production utilisant des ressources locales et moins chères.

Un recours à la biomasse qui se doit durable

La seule centrale à biomasse de Guyane est celle de Kourou : 1,7 MWé installé en 2009. Aujourd’hui, la biomasse représente donc un axe prioritaire de développement pour la Collectivité territoriale de Guyane. Le projet de PPE fixe ainsi un objectif de développement ambitieux à la filière, avec 40 MWé de centrales en fonctionnement en 2023.

Les sources d’approvisionnement envisagées sont diverses et comprennent la valorisation des co-produits de sciage, la biomasse issue de l’exploitation forestière, les produits des défriches urbaines et agricoles, et même la récupération du bois inondé dans le bassin de rétention de Petit-Saut.

Selon les recommandations de l’Office National des Forêts, pour assurer une exploitation durable et renouvelable de la biomasse, en permettant à la forêt de se reconstituer après chaque prélèvement, il convient de limiter les quantités et la fréquence du bois prélevé sur chaque parcelle. Cette exploitation « extensive » nécessite dès lors d’aménager des superficies importantes de massifs forestiers, générant des coûts de logistique qu’il reste à préciser.

Photo Nicolas Lecœur, ONF

Forêt guyanaise du littoral, photo Nicolas Lecœur, ONF

Mais devant l’urgence de la situation, la CRE annonce qu’elle mènera à terme l’instruction de deux projets qui lui ont d’ores et déjà été soumis par Albioma et Voltalia, et ce sans attendre la définition complète d’un plan global couvrant 100% des objectifs.

Pour en savoir plus, télécharger le rapport de la CRE en Guyane.