Filière bois française, ressaisis-toi, la transition énergétique est en marche !

Editorial du Bioénergie International n°33 de septembre – octobre 2014

La scierie Bois du Dauphiné en Isère a été la première en France à investir dans une production combinée d'électrcité et de granulés, photo Frédéric Douard

La scierie Bois du Dauphiné en Isère a été la première en France à investir dans une production combinée d’électrcité et de granulés, photo Frédéric Douard

Une étude récente publiée par les interprofessions bois du Grand Est de la France a montré que malgré l’émergence de nombreux projets de bois-énergie, la consommation de bois est restée stable sur tout le Grand Nord Est entre 2008 et 2012. L’étude précise que c’est la croissance de la demande en bois-énergie qui a compensé la baisse de la consommation des industries de la trituration (papier et panneaux collés).

À la lecture de ces éléments, on en conclue que c’est une bonne nouvelle pour la filière bois qui est en train de compenser avec succès la baisse inéluctable des débouchés de la trituration, une baisse observée depuis de nombreuses années et due à la montée en puissance du papier recyclé et à la mondialisation.

Pourtant, au lieu de se réjouir, les interprofessions ont fait une déclaration commune surréaliste le 22 octobre 2014, dans un communiqué au ton grave en forme de faire-part de décès : « Ceci induit de nos jours des conséquences fortes pour l’ensemble des acteurs de la filière forêt-bois. En effet, cette évolution a participé à la modification de certains équilibres en vigueur jusqu’à présent. Ainsi, de nouveaux débouchés potentiels se sont ouverts pour les propriétaires forestiers et les industriels de la première transformation, mais cela a aussi induit une concurrence accrue sur l’approvisionnement pour les industries de l’emballage, du panneau et du papier. »

Oui d’accord, les choses évoluent, mais si c’est dans le sens de consommer plus de bois et de créer plus de richesse comme cela en prend le chemin, alors c’est tant mieux. Il faut quand même rappeler que depuis 40 ans, la filière bois française n’a jamais su valoriser plus de 60% de l’accroissement biologique du pays. Parallèlement, d’autres pays européens ont su mobiliser bien plus fortement leur ressources forestières et en ont orienté très tôt une part vers le marché de l’énergie : l’Allemagne, l’Autriche, la Suède et la Finlande. Est-ce que c’est pour s’être engagé dans le marché de l’énergie que ces pays sont aujourd’hui les derniers en papeterie, panneaux, sciage et construction bois ? Tout au contraire, ils sont les premiers sur tous les marchés du bois car ils ont tout simplement su profiter avant les autres de la compétitivité de l’énergie-bois en l’utilisant pour eux-mêmes et en en faisant le commerce !
Alors très chers acteurs de la filière bois française, sylviculteurs comme transformateurs, ressaisissez-vous ! L’époque où la trituration était le seul débouché à vos sous-produits est révolue, la transition énergétique est en train de dérouler un pont d’or pour vos sous-produits et vous faites la fine bouche !

Ce nouveau marché est en train de redynamiser une économie sylvicole et une exploitation forestière moribondes, or ce sont des maillons indispensables à la culture de bois d’œuvre de qualité dont vous avez besoin. Alors pourquoi vous lamenter publiquement de la montée en puissance du bois-énergie, pourquoi continuer à agiter des craintes qu’a entretenu l’industrie de la trituration depuis 40 ans pour se garantir une ressource bon marché qui a contribué à appauvrir l’économie forestière ? En colportant ces messages d’inquiétude injustifiée, vous affaiblissez la filière bois toute entière aux yeux des marchés qui doivent se dire en vous lisant qu’elle n’est pas bien fiable : vous jouez contre votre propre camp !

Il est de très nombreux secteurs économiques, qui en telle situation d’opportunité, auraient déjà passé la sixième vitesse ! Votre défiance conduit à un gaspillage de projets, à des emplois qui ne seront pas créés en France (cf le lobbying contre la cogénération et production de granulés Erscia dans la Nièvre) et conduira immanquablement à importer encore plus de bois à l’avenir !

Pourtant vous avez sous les yeux de nombreuses réussites en France de ce que l’immense marché de l’énergie peut apporter à la filière bois : des propriétaires forestiers qui réalisent enfin leurs travaux sylvicoles, des scieries qui renouent avec les bénéfices grâce à la production de bois-énergie, de granulés ou d’électricité.

Si la filière bois française ne s’empare pas très rapidement du bois-énergie, alors le marché ira chercher ailleurs ce dont il a besoin. L’énergie est une chance historique pour la forêt française, oubliez les notions désuètes d’usages nobles et le classement idiot de priorité des usages qui ne correspond à aucune logique économique, comprenez que l’énergie renouvelable est une marchandise noble, son prix en témoigne, et saisissez-vous en !

Frédéric Douard, rédacteur en chef

5 réponses
  1. Pascal Jacob dit :

    Bonjour,

    Petite remarque concernant le projet ERSCIA FRANCE à Sardy-Lès-Epiry (le plus important d’Europe en terme de production combinée sciages-cogénération-pellets) : S’il est exact que le lobbying exercé contre ce projet est fort, rien ne permet d’affirmer qu’il ne se réalisera pas. La période actuelle consiste à « purger » les recours engagés par quelques associations écologiques contre les arrêtés préfectoraux. Tout ceci est normal, prévu et anticipé. Tout autre commentaire ou affirmation sur la suite de ce projet me paraissent superflus à ce stade … Les actionnaires et promoteurs du projet auront l’occasion en temps voulu de s’exprimer sur leur position et calendrier.

  2. Florian, merci de votre contribution. Je vous réponds point par point.

    Concernant ma phrase « la filière bois française n’a jamais su valoriser plus de 60% de l’accroissement biologique du pays », voici quelques détails que je ne pouvais pas placer in extenso dans mon texte éditorial.
    Selon les études récentes commanditées par l’ADEME (http://www.dispo-boisenergie.fr), le gisement brut de bois pour l’énergie s’établie aujourd’hui en France à 85 millions de m3/an, y compris les menus bois (moins de 7 cm), les bois agricoles et les bois d’alignement. Concernant la récolte de bois d’oeuvre et d’industrie, les statistiques officielles (IFN, Agreste, FCBA) affichent une récolte assez stable dans le temps de l’ordre de 35 millions de m3 de bois forts par an. Le tout conduit à un accroissement de environ 120 millions de m3 par an.
    Pour connaitre le volume total récolté, oeuvre + industrie + énergie, il faut connaitre la quantité de bois de chauffage. Le FCBA annonce 21 Mm3 juste pour la forêt. L’ADEME quant à elle fait réaliser depuis des années des études basées sur des estimations de consommation des ménages à partir des données Insee (Ceren, Solagro), et dont les résultats vont jusque 35 millions de m3/an.
    Si nous retenons le scénario le plus défavorable, 35 Mm3, la récolte française s’établirait donc à 35 + 35 = 70 M m3 par an, et donc à une récolte de 70/120 = 58% de l’accroissement, d’où les 60% que j’annonçais.

    Concernant le projet Erscia, je vous laisse libre de vos commentaires, mais il avait été étudié sur la base connue de deux autres cogénérations avec granulation qui fonctionnent très bien : IBV à Vielsalm en Belgique et Siat-Braun en Alsace, deux des plus grands scieurs d’Europe et qui ont tous deux mis en place des productions exemplaires de bois-énergie.

    Concernant les usages et les chiffres de plus-value, je prendrais un exemple : une tonne de granulés valorisée à 300 € sur le marché.

    Concernant l’Allemagne que vous citez, vous allez exactement dans le sens de mon propos qui était de dire : « ils ont tout simplement su profiter avant les autres de la compétitivité de l’énergie-bois en l’utilisant pour eux-mêmes et en en faisant le commerce ! »

    Et ne pensez pas que la rédaction d’un tel article se fasse en quelques minutes et soit pour moi quelque chose d’anodin et de gratuit : c’est tout au contraire le fruit d’une pratique, d’une analyse, d’une expérience et d’un engagement de plus de 25 ans.

    Pour terminer, vous m’invitez à venir rencontrer la filière, et bien que je la connaisse déjà fort bien, ce sera avec grand plaisir, car si j’ai ainsi « secoué le cocotier », c’est pour tenter d’activer les choses, parce que je l’aime cette filière. Ecrivez-moi à fdouard@bioenergie-promotion.fr

    Bien à vous

  3. Florian dit :

    « depuis 40 ans, la filière bois française n’a jamais su valoriser plus de 60% de l’accroissement biologique du pays »
    Cette phrase est la première qui m’interpelle. Etes vous certain de ce que vous avancez. Cherchez plutôt le nombre de plants mis en culture, et comparez la France à ces pays référents. La France plante très peu. Regardez aussi le morcellement des parcelles. Quel est la taille moyenne en Suède ou Finlande et mettez là encore à côté de celle de la France.
    Aujourd’hui la trituration est loin derrière la filière bois et la filière papetière meurt en France.

    Le projet Erscia était une lubie de politiques mixé avec une mégalomanie d’un simili industriel. Le savoir-faire de la transformation existe bien en France et il est à la hauteur du massif forestier.

    Ensuite vous faites une critique des usages et vous déclarez que cela ne correspond pas à une logique économique. Mettez des chiffres en face de ce que vous prétendez. En maniant des additions et des pourcentage simples vous verrez que cette logique économique existe bien.

    Prenez l’Allemagne qui aujourd’hui inonde le marché de ses sciages en brisant le marché, pour la raison que ses usines de cogénération nécessitent les connexes, pour fonctionner 8000h/an, alors la scierie tourne à plein même si la demande n’est pas en face.

    Oui je suis d’accord qu’une mutation est en cours. Ce sont des filières économiques et des outils de production à modifier et à implanter. Cela se fait, mais pas aussi vite que la rédaction d’un article.
    Des coûts colossaux sont en jeu, difficiles à engager avec l’économie moribonde actuelle. Ce sont aussi de nouvelles façons de travailler à intégrer.
    Ayez confiance en cette filière sur laquelle vous tirez à boulets rouges. Venez la rencontrer et vous verrez qu’elle n’est pas si mauvaise que vous le prétendez

  4. Monsieur, il n’y a pas que du bois permettant de faire des meubles ou même du papier dans la forêt, alors que fait-on du reste ? Et ce reste, sachez-le, c’est une quantité principale.
    Vous allez me dire, qu’il faut le laisser.
    Et bien quand on le laisse, cela va favoriser les incendies de forêts, favoriser le développement de ravageurs (qui vont tuer les arbres dont vous parlez), et surtout ce bois va pourrir et renvoyer bêtement son CO2 dans l’atmosphère sans aucun bénéfice. Alors que quand on l’utilise en énergie à la place de gaz naturel ou de pétrole, et qu’on le laisse repousser bien sûr, là, on a un effet bénéfique sur l’effet de serre, puisqu’on réduit les émissions, et LA, uniquement LA, on valorise le travail de ces arbres et on permet que leur CO2 évite d’émettre du CO2 fossile. C’est pour cela que le bois-énergie est utile, pour substituer des combustibles fossiles.

  5. Jean-LuK dit :

    Bruler du bois revient à remettre dans l’atmosphère ce que les arbres ont lentement capturé… C’est un peu un reboot.
    Il serait préférable d’utiliser le bois pour des usages pérennes, la construction, les meubles, le papier et aussi l’isolation ; plus c’est isolé, moins l’on chauffe.
    Et les déchets, pourquoi ne pas les ensevelir ? Rendre à la terre le carbone que l’on en a extrait, et financer le processus avec les crédits carbone…