La filière Taillis à courte rotation en Wallonie

Récolte de TCR en Wallonie, photo ValBiom

L’association ValBiom vient de réaliser un dossier dédié au taillis à (très) courte rotation (TtCR). Il contient deux parties : un état des lieux et une étude de la rentabilité des taillis à l’échelle de la région wallonne.

La première partie de ce dossier comprend une introduction au TtCR, son itinéraire cultural (plantation, récolte, stockage), son statut réglementaire (DPU), ses valorisations (principalement énergétique), les superficies actuelles, les retours d’expérience (rendements, phytotechnie) de Wallonie et de l’étranger ainsi que les perspectives.

Très répandu en Suède et au Royaume-Uni notamment, le taillis à (très) courte rotation est une culture intensive pérenne bien adaptée à une large gamme de sols et tolérante à des terres marginales. Les essences à croissance rapide que sont par exemple le saule et le peuplier permettent l’obtention de rendements annuels compris entre 7 et 12 tonnes de matière sèche à l’hectare. Les parcelles ne sont cependant pas récoltées chaque année : tous les 2 à 3 ans dans le cas de très courte rotation, tous les 5 à 10 ans pour des rotations plus longues. La durée de vie de la culture est de 20 à 25 ans.

Le bois obtenu peut être utilisé notamment en valorisation énergétique sous forme de plaquettes ou de tiges entières. A ce titre, un hectare de taillis produit l’équivalent de 3.400 à 5.800 litres de mazout, en fonction du rendement.

Il n’en demeure pas moins que cette culture tarde à se développer en Région Wallonne : seulement 70 hectares de taillis étaient recensés en 2012 en Wallonie. En cause : la lourdeur de l’investissement et des coûts d’exploitation, l’immobilisation d’une parcelle pour 20 à 25 ans, la relative inexpérience face à une culture plus forestière qu’agricole, le manque de machines adaptées (avec pour corollaire un coût de location prohibitif) et la nécessité de la mise en place de débouchés (projets collectifs) en amont du projet de taillis lui-même.

La deuxième partie de ce dossier analyse plus en détails le volet « investissement et coûts d’exploitation » en prenant en compte les coûts qu’il nous a été possible de quantifier, à savoir : l’installation du TtCR (préparation, boutures, plantation, désherbage, recépage), son entretien (désherbage et fertilisation) et sa récolte et son transport. Le produit d’exploitation est fourni par la vente du bois après stockage, pour obtenir une humidité de l’ordre de 25%.

Une marge brute positive et satisfaisante (supérieure à 700 €/ha/an) est obtenue à des prix élevés 110-150 €/t 25%) et à des rendements moyens à élevés. La rentabilité du projet, calculée par le biais d’une valeur actualisée nette à un taux de 10%, suit la même logique. La récolte et le transport constituent les postes de coût les plus importants. Les prix de revient varient entre 64 (rendement le plus élevé) et 119 €/t 25% (rendement le plus faible). En intégrant une marge brute de 800 €/ha/an, le prix de plaquettes de TtCR varie entre 116 et 181 €/t 25%, ce qui excède largement le prix de plaquettes forestières actuellement observé sur le marché.

Les enseignements de cette étude sont les suivants :

  • En l’état actuel (pas de machines de récolte bon marché vu l’absence d’investissement), la filière du taillis à très courte rotation n’est pas rentable ni compétitive face aux plaquettes forestières ;
  • L’achat d’une tête de récolte à partager entre exploitants de taillis permettrait d’alléger sensiblement la facture en ce qui concerne le coût de récolte ;
  • Les opérations de transport doivent être réduites au minimum, en distance et en temps de manutention ;
  • L’allongement du cycle de récolte permet de réaliser la récolte moins souvent, pour un rendement équivalent, et de réduire le taux d’écorce du bois obtenu (avantage en combustion).

L’évolution des cours du bois sous forme de plaquettes forestières doit cependant être suivie avec attention. La puissance installée en chauffage au bois ne cesse d’augmenter et pourrait exercer une pression à la hausse sur les prix. La rentabilité de la culture des taillis pourra alors être réexaminée à la lumière de ces nouveaux prix.

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Contact ValBiom sur cette thématique : Laurent SOMER – 010/47 38 18 – somer@valbiom.be

1 réponse
  1. Bouhedli dit :

    Excellent, Bonne Continuation