Pellworm ou la chronique d’une transition énergétique heureuse

Article publié dans la Lettre Les Energéthiques du Mené n°46 de juin 2013

Méthaniseur à Pellworm, photo Envitec Biogas

Pellworm est une île de la Frise du Nord, en Allemagne au large de la côte de la mer du nord, tout près du Danemark. 37 km² et 1 200 habitants permanents et pas mal d’estivants. C’est moins extrême que nos îles finistériennes. Il était naturel qu’elle devienne un prototype de l’autonomie énergétique, avec la perspective de couper bientôt le cordon ombilical. Notons que, depuis longtemps, l’île s’appuie sur ses ressources propres, bien avant que soit installé un câble d’alimentation électrique depuis le continent, comme en témoignent les magnifiques moulins qui émaillent le paysage.

Depuis 1997, la reconquête de l’autonomie énergétique a été entreprise avec méthode, en s’appuyant sur un mix robuste, à base d’éolien (5,9 MW, fournissant 15 GWh/an), de photovoltaïque (un grand parc au sol, produisant 0,25 GWh/an)  et de biogaz (une unité centralisée, d’une puissance de 200 kWel). On recourt aussi aux pompes à chaleur et au solaire thermique, qui ont un impact énergétique de près de 5 GWh/an. Tout ceci représente environ le double de la consommation d’énergie de l’île. Le surplus est renvoyé sur le réseau général.

Malgré cet excédent, il y a encore des périodes où l’île importe de l’électricité, tout en faisant supporter la variabilité par le réseau continental. C’est pour régler cette question que la société E-ON, un des quatre grands fournisseurs d’électricité allemands, a entrepris de rendre l’île véritablement autonome, grâce à un système de stockage d’électricité et à un système de gestion des consommations/ productions/stockage de type smart grid. Il s’agit d’une des nombreuses expérimentations soutenues par l’état allemand dans ce domaine.

Le stockage comprend plusieurs unités de puissances, capacités et temps de réponse différents, pour faire face à toutes les situations, sachant qu’il n’y a là-bas jamais plus de trois jours sans vent :

  • Une unité de batteries Li-ion fournie par SAFT : 1 MW ; 560 kWh, pour couvrir de quelques minutes à plusieurs heures
  • Une batterie au Vanadium Redox-flow : 200 kW ; 1,6 GWh, pour couvrir de quelques heures à quelques jours.

Marc Théry, photo Ouest France

Avec tout ça, le cordon ombilical serait coupé en 2015 : si, si, tout ça sur une petite île, c’est possible !

Article de Marc Théry dans les Les Energéthiques du Mené de juin 2013 – Communauté de Communes du Mené – La Croix Jeanne Even – 22330 Collinée – http://energies.ccmene.fr

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