Techniques et avantages de l’agroforesterie en France

On désigne par le terme « agroforesterie », l’activité associant sur les mêmes parcelles une vocation mixte de production agricole annuelle (cultures, vignes, pâtures) et de production différée à long terme par les arbres (bois, production fruitière, services).

Cette diversification est obtenue soit par plantation d’arbres sur des parcelles agricoles, soit par intervention (éclaircie notamment) sur des parcelles boisées. Les parcelles cultivables portant des cultures agricoles intercalaires et des arbres forestiers correspondent à l’agrisylviculture , les parcelles boisées avec de l’herbe et un sous-bois pâturés au sylvopastoralisme (pré-verger en Normandie).

Avec moins de 50 arbres à l’hectare (densité maximale à ne pas dépasser pour conserver les aides PAC), l’objectif est de produire du bois d’œuvre tout en cultivant jusqu’à la coupe des arbres. Cette densité de plantation autorise le mélange d’essences car la compétition entre arbres voisins reste limitée, même quand les vitesses de croissance sont différentes.

Les produits de la taille peuvent par ailleurs être valorisés en BRF (bois raméal fragmenté)

Les lignes sont distantes de 20 à 30 m en moyenne, ce qui permet de travailler correctement la culture intercalaire. Le choix de la culture intercalaire est très vaste, depuis les grandes cultures (blé, tournesol) jusqu’aux cultures fourragères ou maraîchères. Taille de formation et élagage doivent être systématiques dans un objectif de production de bois d’œuvre de qualité et pour faciliter le passage des engins agricoles.

Atouts de l’agroforesterie 

Les parcelles agroforestières permettent de favoriser la diversification des activités. Elles tirent parti de la complémentarité des arbres et des cultures pour mieux valoriser les ressources du milieu. Il s’agit de pratiques respectueuses de l’environnement, et ayant un intérêt paysager évident. Des formes modernes performantes d’agroforesterie sont possibles, adaptées aux contraintes de la mécanisation. Pour l’exploitant agricole, la parcelle reste incluse dans son outil de production, et génère des revenus continus, ce qui n’est pas le cas d’un boisement en plein de terres agricoles.

Les pratiques agroforestières ont des avantages intéressants sur trois plans :

1- Sur le plan agricole

La diversification des activités des exploitations agricoles, avec constitution d’un patrimoine d’arbres de valeur, n’interrompant pas le revenu courant des parcelles plantées. Les arbres ont un rôle protecteur pour les cultures intercalaires ou pour les animaux : effet brise-vent, abri du soleil, de la pluie, fixation des sols, stimulation de la microfaune et de la microflore des sols, faune auxiliaire.

Les racines profondes des arbres récupèrent une partie des éléments fertilisants lessivés ou drainés et enrichissent le sol en matière organique (litières et renouvellement des racines fines des arbres).

Dans le cas où le propriétaire et l’exploitant sont différents, il est possible de trouver un compromis entre les intérêts du propriétaire (patrimoine bois) et du fermier (accès à des surfaces cultivées). La rémunération de l’exploitant agricole est possible pour l’entretien des arbres.

C’est une alternative aux boisements en plein de terres agricoles permettant de maintenir une activité agricole sur des terroirs dont les potentialités agricoles sont ainsi conservées. Ces cultures d’arbres sont réversibles, la parcelle restant propre (pas d’embroussaillement) et le dessouchage possible à l’issue de la récolte des arbres (souches alignées peu nombreuses). Si la vocation de la parcelle reste agroforestière, il est plus intéressant de laisser les souches en place pour reconstituer le sol et apporter de la matière organique.

Influence de l'élagage dans une peupleraie agroforestière adulte, photo @ Christian Dupraz, INRA

2- Sur le plan forestier

Ces systèmes permettent :

  • une accélération de la croissance en diamètre des arbres par le large espacement (+80% sur 6 ans dans la plupart des plantations expérimentales),
  • une réduction du coût de l’investissement : plantation à faible densité nécessitant peu ou pas d’éclaircies,
  • une réduction très forte du coût de l’entretien des plantations par la présence des cultures intercalaires.

L’amélioration de la qualité du bois produit (cernes larges et plus réguliers, adaptés aux besoins de l’industrie), se comprend car les arbres ne subissent pas les cycles compétition-éclaircies. De plus, l’activité agricole intercalaire permet le suivi et l’entretien des arbres.
Les plantations agroforestières sur terres agricoles permettent la mise en place d’une ressource en bois de qualité complémentaire des produits de la forêt traditionnelle, et non pas concurrente. Il s’agit surtout de produire des bois capables de se substituer aux essences tropicales dont l’offre et la qualité vont décliner assez rapidement. Les surfaces concernées resteront faibles en valeur absolue, mais leur production de bois pourra être un apport décisif à la filière bois française. Des essences peu utilisées en forêt (ou essences dites de lumière) mais de grande valeur peuvent être cultivées en agroforesterie : cormiers, poiriers, alisiers, noyers, merisiers, érables, tulipiers, etc…

3- Sur le plan environnemental

Les ressources naturelles sont mieux valorisées : la somme de la production de bois et de la production agricole d’une parcelle agroforestière est supérieure à la production séparée obtenue par un assolement agriculture-forêt sur la même surface. Cet effet résulte de la stimulation des complémentarités entre arbres et cultures dans les parcelles agroforestières. Ainsi, les adventices spontanées présentes dans les jeunes boisements en plein sont remplacées par des cultures récoltées ou pâturées : l’entretien est moins coûteux et les ressources du milieu mieux utilisées.

En se substituant aux parcelles agricoles, les parcelles agroforestières constituent un outil de maîtrise des surfaces cultivées : l’optimisation de l’utilisation des ressources du milieu s’accompagne d’une maîtrise de l’intensification des pratiques agricoles.

Dans le contexte de valorisation des paysages originaux, attractifs, ouverts, favorables aux activités récréatives, les parcelles agroforestières représentent un potentiel réellement novateur, porteur de symboles forts et favorables à l’image de marque des agriculteurs dans la société. Ce sera particulièrement le cas dans les milieux très peu boisés pour les parcelles obtenues par plantation de terres agricoles, et dans les milieux très boisés pour zones éclaircies.

Ce mode de gestion permet de protéger les sols et les eaux , en particulier dans les périmètres sensibles (nappes de surface, écoulements hypodermiques, zones sensibles à l’érosion). Cela peut avoir une efficacité pour la séquestration du carbone, par combinaison du maintien du stock organique des sols (cas surtout des prairies), et la superposition d’une strate arborée fixatrice nette permettant de contribuer à la lutte contre l’effet de serre.

Tout comme les haies, ces actions associés aux effets d’une bande enherbée au pied des arbres permettent une amélioration de la biodiversité, notamment par l’abondance des effets de corridor (amélioration cynégétique, en favorisant l’habitat du gibier, protection intégrée des cultures par l’association avec des arbres choisis pour stimuler des populations d’hyperparasites -parasites des parasites- des cultures).

Tous ces aspects favorables sont en cohérence avec de nombreux objectifs des lois d’orientation agricoles et forestières, ainsi qu’avec les principes directeurs de la Politique Agricole Commune.

Technique d’installation

Choisir le bon arbre au bon endroit n’est pas une chose aisée.

La taille annuelle des arbres pendant le premier quart de leur vie est indispensable - Noyer hybride 9 ans, photo @ Christian Dupraz, INRA

On peut préférer un mélange pied à pied de plusieurs essences ou variétés afin de diminuer les risques économiques (désaffection pour une espèce) et phytosanitaires (les associations d’essences freinent les propagations de maladies).

Quel arbre choisir pour quelle culture ?

Tous les mariages sont permis dès lors qu’on associe le bon arbre à la parcelle et la bonne culture à la parcelle.

Toutefois, les essences fortement drageonnantes compliquent l’entretien pour l’agriculteur (par exemple, le robinier).

Un houppier peu dense convient bien pour les cultures qui ont besoin d’une luminosité importante, par exemple le févier ou le cormier associés avec la vigne. Par ailleurs il faut éviter certaines essences à feuillage « cireux », les feuilles de ces arbres (platane notamment) s’agglomèrent entre elles et se décomposent lentement ce qui peut empêcher un semis de lever.

La date de débourrement est également très importante. Un débourrement tardif laisse par exemple aux céréales d’hiver le temps de développer leur surface foliaire.

Qu’en est-il de la concurrence racinaire entre arbres et cultures ? Il y a des architectures racinaires propres à chaque espèce d’arbre mais en absence de compétition, les racines vont plutôt chercher les éléments nutritifs en surface. A l’opposé, par compétition avec des cultures d’hiver plus précoces que les arbres à feuilles caduques, les arbres agroforestiers ont des enracinements plus profonds que ceux observés en forêt.

D’autres éléments à prendre en compte pour le choix des essences peuvent être discutés. Ainsi, les arbres à croissance rapide ou les arbres supportant bien les élagages diminuent la compétition pour la lumière et sont rapidement hors d’atteinte des machines. Ceux qui fixent l’azote symbiotiquement seront moins concurrentiels pour la culture et formeront même un apport complémentaire, ceux qui possèdent des feuilles duveteuses ou dont la chute est tardive seront plus intéressants pour la faune auxiliaire etc… autant d’exemples d’associations possibles.

Comment placer les arbres sur les parcelles ?

Toutes les configurations sont possibles : au carré, en quinconces, en courbes de niveaux. Ce qui est important c’est l’espacement entre les lignes et la largeur de la tournière.

On recommande une distance entre les lignes au moins égale à deux fois la hauteur de l’arbre.

Mais cela peut être aussi la largeur de la rampe de pulvérisation ou de la rampe d’irrigation tractée qui détermine cet écartement.

Cormiers et vignes, photo @ Fabien Liagre, Agroof

Pour le passage des machines et ainsi éviter les blessures sur les arbres on peut laisser 1 mètre de bande enherbée entre la ligne d’arbre et la culture. Cette bande peut être ensemencée avec des légumineuses, des dicotylédones ou bien encore une « jachère environnementale ». On prendra soin de mettre en place un paillage naturel individuel au pied de chaque arbre.

Entre les arbres sur une même ligne, on préconise un espacement de 4 à 10 mètres. Ces plantations d’arbres étant de faible densité (moins de 50 arbres/ha), le principe de l’éclaircie n’a pas lieu d’être donc tous les arbres doivent réussir leur croissance.

Des regarnis peuvent être envisagés si nécessaire pendant les 2 ou 3 premières années.

En résumé, un espacement de 30 mètres sur 7 mètres entre chaque arbre pourrait être un bon compromis. Mais tout dépend du type de matériel utilisé sur l’exploitation.

L’orientation des lignes d’arbres : une orientation nord-sud peut être conseillée pour homogénéiser l’éclairement de la culture. Cette ligne peut servir de protection et peut donc être installée perpendiculairement aux vents dominants (avec l’adjonction d’une haie pour éviter les effets tourbillonnaires au pied des plantations) et le long des courbes de niveaux pour limiter les effets de ruissellement sur les parcelles pentues ou sensibles à l’érosion.

L’arrosage des lignes d’arbres en appoint lors des premières années de croissance peut être assurée en cas de fortes sécheresses. Toutefois, pour des arbres plus âgés, cette opération est à proscrire car elle favorise le développement de racines superficielles et sous-dimensionnées par rapport à la taille de l’arbre.

Auteurs : Cédric LAURET et Eddy RENAUD de Arbres et Paysages 33, Magali CRESTE (Conseil Général de la Gironde) grâce aux sources / informations :

  • Agroforesterie, des arbres et des cultures, Christian Dupraz et Fabien Liagre, Editions France Agricole
  • AGROOF, INRA Montpellier, article Agroforesterie Recherche développement, Avril 2008

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2 réponses

  1. Oui, mais nous parlons ici d’arbres de haute tige uniquement, ceux qui peuvent faire de l’ombre et bien sûr pas les arbustes intercalaires de la haie.

  2. SIMON dit :

    Je suppose que la limite des 50 arbres à l’ha comprend les arbres d’une éventuelle haie ?