Le frémissement d’une filière biogaz au Cameroun

Article publié dans le Bioénergie International n°19 de mai 2012

Les zones rurales regorgent de matières fermentescibles, photo Frédéric Douard

Le Cameroun, comme la plupart des pays sensibilisés aux méfaits des émissions de gaz à effet de serre sur l’environnement, s’intéresse de plus en plus aux énergies dites « renouvelables » ou « alternatives ». C’est le cas du biogaz qui est produit à partir des matières organiques végétales ou animales. Il est utilisé au Cameroun depuis plus de deux décennies mais reste très faiblement vulgarisé. Les initiatives en faveur de cette source d’énergie sont peu nombreuses et restent limitées aux zones pastorales et agricoles.

Une volonté politique avouée mais timide

La volonté du gouvernement camerounais de promouvoir le biogaz s’est manifestée en 2005 par l’élaboration d’un plan d’action national d’énergie pour la réduction de la pauvreté, le PANERP. Ce plan, élaboré par le Ministère de l’énergie et de l’eau, le MINEE, projette à l’horizon 2016 que 30% des populations pauvres des zones rurales et 60% de celles des zones périurbaines pourront avoir accès aux services énergétiques pour les usages domestiques, et qu’au moins 40% des systèmes d’approvisionnement en services énergétiques le seront à partir des sources locales et renouvelables.

Cuisinière fonctionnant au biogaz, photo © Copres-sa

La mise en œuvre de ce plan s’est concrétisée en 2009 par la mise en place d’un projet visant l’étude de faisabilité pour la promotion et le développement du biogaz au Cameroun. Ce projet à permit la construction de 23 biodigesteurs pilotes dans des ménages situés dans les régions du Nord (6), de l’Extrême Nord (4) et du Nord Ouest (13). À l’heure actuelle, 80% de ces biodigesteurs fonctionnent. Aujourd’hui, ce projet connaît sa phase de développement et prévoit la construction de 105 autres biodigesteurs à répartir dans l’ensemble du territoire national. L’annonce a été faite le 2 février 2012, lors d’un atelier de restitution et de validation du document de mise en œuvre du Programme de promotion et de développement du biogaz. Ce projet a été réalisé grâce à l’appui financier, matériel et technique de la SNV, une organisation néerlandaise de développement.

Dans la même lancée, le Ministère de l’Agriculture (MINAGRI) a également entrepris, grâce à l’appui de l’organisation Heifer Internationnal et de la SNV, de vulgariser le biogaz auprès des  communautés villageoises. Le projet a établi des centres de démonstration de production de biogaz dans trois villages du Nord-Ouest du Cameroun, marqués par la présence de nombreux agriculteurs produisant du fumier nécessaire à la production du biogaz.

Il peut également être mentionné la réalisation des systèmes de biogaz dans les 8 prisons centrales du Cameroun (Yaoundé, Ebolowa, Ngaoundéré, Garoua, Douala, Buéa, Bafoussam, Bamenda) grâce au Programme d’Amélioration des Conditions de Détention Et Respect des Droits de l’Homme (PACDET II) du Fond Européen de Développement.

Brassage manuel quotidien d'un digesteur à Bangang, photo ACREST

Une faible implication du secteur privé et de la société civile
Très peu d’initiatives du secteur privé et de la société civile sont visibles au Cameroun en matière de promotion du biogaz. L’entreprise Hysacam, chargé de l’enlèvement des ordures ménagères au Cameroun est actuellement la seule à avoir mis en place un système de récupération du biogaz produit dans les décharges des ordures ménagères. Elle a inaugurée en juin 2010 la centrale de captage et de traitement de biogaz de Nkolfoulou, toute première en Afrique centrale et troisième projet relatif au Mécanisme de développement propre (MDP). La centrale permet la réduire le méthane en gaz carbonique, afin de réduire l’impact du réchauffement climatique. Malheureusement, cette installation ne valorise par l’énergie produite.

La société civile quant à elle est plus impliquée dans la vulgarisation du biogaz auprès des ménages mais les actions à l’heure actuelle sont très faibles. L’ONG COPRES-SA a pu ainsi mettre en place en 2010 une quarantaine de biodigesteurs dans trois villages de l’Extrême-Nord du Cameroun (Maroua, Gazawa, Ndoukoula) et son projet est en cours et envisage d’ici 2013 de construire au moins 600 biodigesteurs.

Quelques hôpitaux de la région de l’Ouest et du Nord-Ouest ont été les premiers à faire du biogaz leur principale source d’énergie, car bon marché. Il s’agit de l’hôpital baptiste de Banso au Nord-Ouest et de l’hôpital Ad Lucem de Mbouda à l’Ouest, projets réalisés grâce à l’appui technique de spécialistes d’ONG.

De même, le centre de recherche ACREST a développé dans le village Bangang un type de biodigesteur moins artisanal, enfouie dans le sol et qui permet de récupérer les déchets des latrines via une canalisation enfouie et d’introduire les déchets végétaux et animaux à partir du cou du système. Cette solution semble beaucoup plus onéreuse et pas à la portée des villageois.

Le biogaz pour lutter contre la pauvreté et le changement climatique

Le biogaz est une alternative intéressante aux autres sources d’énergies. Il a un double avantage, celui de préserver l’environnement des gaz à effets de serre et de réduire la dépendance énergétique des ménages. La technologie semble encore précaire au Cameroun et les projets restent pour l’instant limités aux zones pastorales et agricoles car les déchets et autres matières nécessaires au processus y sont déjà abondants. Le fait de devoir manipuler quotidiennement les déchets peut en décourager plus d’un, surtout en milieu urbain. En plus, le coût d’acquisition d’un biodigesteur reste élevé pour le camerounais moyen (300 000 FCFA environ 460 €), coût qui pourtant pourrait être rapidement amorti. Néanmoins le niveau de vulgarisation reste très faible et le chemin pour que les ménages camerounais adoptent le biogaz reste long.

Carine Laure KOUDJOU TALLA, photo F. Douard

Contact : Carine Laure KOUDJOU TALLA
Urbaniste, spécialisée TIC et développement local
AUGEA AFRIQUE, B.P. 16355 Yaoundé
Tél.: +237 77 35 55 87 – talla_carine-arobase-hotmail.com

En savoir plus :

2 réponses

  1. NDIAPA WANDJI FABRICE dit :

    jaimerai avoir les infos sur les techniques d’ evaluation des unités de production de biogaz

  2. armand crystal dit :

    bonjour ,
    je voudrais savoir si vous disposez des formation en bioénergie à Douala au Cameroun.
    merci de me répondre
    cordialement!