Bernard Cornélius, Weiss-France, 40 ans de bois-énergie

Article paru dans le magazine Bioénergie International n°17 de février 2012

Bernard Cornélius, photo Frédéric Douard

Bernard Cornélius en janvier 2012, photo Frédéric Douard

Bernard Cornélius (BC) fait partie de ces pionniers qui, durant les dernières décennies en France, ont réussi à faire revenir l’énergie bois dans des secteurs où elle avait presque totalement disparu, l’industrie, l’agriculture et les collectivités, ce qui constitue en soit une véritable révolution culturelle et industrielle. BC est l’homme qui dans les années 90 a mis en place l’un des grands opérateurs chaudiéristes biomasse dans l’Hexagone : Weiss-France. Bioénergie International l’a rencontré et il a bien voulu nous retracer son parcours, d’une époque où la solution bois paraissait de prime abord totalement incongrue jusqu’à aujourd’hui, où presque chaque collectivité, chaque industriel veut sa chaufferie biomasse.

Les racines alsaciennes

Bernard Cornélius, photo Frédéric Douard

Bernard Cornélius, photo Frédéric Douard

C’est en 1971, alors jeune recrue d’un bureau d’étude alsacien, qu’il tombe dans la potion. Il doit alors réaliser l’exécution d’une chaufferie à bois pour les Ets Chabert-Duval, une entreprise qui fabrique des cuisines et des salles de bain en bois à Chalon-sur-Saône. Cette première expérience devait le marquer à vie puisque la chaudière à implanter n’était autre et déjà qu’une chaudière Weiss, Allemagne à l’époque.

Ce n’est que quelques années plus tard, début 1976, que la potion fait finalement effet puisqu’il intègre les Ets Gruss à Haguenau, établissements bien connus, qui existent toujours et qui fabriquent des aspirations et des générateurs d’air chaud pour l’industrie du bois. Il est alors chargé d’études, dessinateur et projeteur, et va conduire ainsi un certain nombre de projets de chauffage dans des entreprises du bois notamment depuis chez Sotina, la filiale de Gruss à Poitiers.

En 1977, toujours dans la même activité il intègre la maison Diserb à Eckwersheim près de Strasbourg. C’est là qu’il endosse pour la première fois le costume de commercial, costume qu’il ne quittera plus, et c’est à partir de là qu’il va commencer à parcourir la France entière pour vendre des aspirations et des chauffages à bois aux industriels de la menuiserie. . . à une époque rappelons-le, où bien des entreprises jettent encore souvent leurs déchets de bois et achètent du fioul pour se chauffer. . .

Une époque de reconquête pour le bois-énergie

BC nous fait remarquer, que le travail de commercial bois-énergie dans ces années là, revenait à expliquer de A à Z que c’était tout simplement possible de chauffer au bois de manière automatique et sûre, et ensuite il s’agissait inlassablement de faire des calculs comparatifs, sur le long terme, ce que peu de gens pratiquaient couramment à l’époque, pour démontrer l’intérêt économique de la solution bois.

Dans la pratique, il fallait passer un temps incalculable pour démystifier une énergie que les gens avaient oublié, et qui dans leur inconscient faisait partie pour certains du Moyen Âge, mais pour bien d’autres de la préhistoire. Le charisme et la crédibilité personnelle étaient alors des atouts indispensables pour convaincre, les clients n’ayant aucune chance de trouver une quelconque information ou référence sur le sujet (Rappelons d’Internet est arrivé bien après !).

Les premières usines dédiées au granulé de bois en France

Dans les années qui suivent, la société Diserb s’est mutée en Alsaméca, avec fabrication et distribution de chaudières à eau chaude, toujours pour l’industrie du bois, mais aussi dans le tout nouveau secteur des granulés de bois. C’est d’ailleurs en 1982, que le beau-frère de BC, Jean-Marie DISS, dirigeant de la Sté Alsaméca, dépose un brevet pour la production des granulés de bois en petites unités de 10 000 tonnes. C’est la première fois qu’en France, une société va réussir à vendre l’idée de la granulation du bois, alors que suédois et américains ont commencé quelques années auparavant.

Sofag, ex-Cogra Doubs, en 2000, photo Frédéric Douard

Sofag, ex-Cogra Doubs, en 2000, photo Frédéric Douard

Sur ce segment des granulés, l’offre de la société va forcément être double, puisque rien n’existe : vendre des installations de production de granulés et vendre des chaudières pour consommer les granulés, et tout cela dans des zones géographiques réduites, coûts de transport obligent.

Commence alors pour BC, un exercice commercial périlleux, que l’on pourrait comparer au débat sur l’origine de l’oeuf et de la poule, exercice qu’il va devoir reproduire devant chaque client potentiel, producteur comme utilisateur. Il fallait convaincre les uns qu’il y aurait des granulés et les autres qu’il y aurait des chaufferies. Bon nombre de développeurs du bois-énergie connaissent cette situation épique, où encore une fois, sans de grandes qualités de communication et de persuasion, toute démarche est peine perdue. Malgré cette difficulté, BC va réussir à vendre pendant presque une décennie complète, en concomitance avec la mise en oeuvre des premières fabriques françaises de granulés (Cogra Doubs en Franche-Comté, Cogranal en Alsace, Cogralp en Isère ou encore Cengrador en Bourgogne) plusieurs dizaines de chaudières de toutes tailles, de 100 kW à 4.5 MW fonctionnant exclusivement aux granulés de bois, ceci auprès d’une clientèle industrielle et maraîchère, mais aussi et surtout désormais « tertiaire – habitat » lycées, défense, collectivités territoriales, réseaux de chaleur etc. . .à cette époque comme actuellement avec l’aide du prix du pétrole qui flirtait avec les sommets, et des subventions de l’AFME, ancêtre de l’ADEME.

Cogra Doubs, aujourd’hui Sofag, à Arc-sous-Cicon près de Pontarlier, photo Frédéric Douard en 2011

Cogra Doubs, aujourd’hui Sofag, à Arc-sous-Cicon près de Pontarlier, photo Frédéric Douard en 2011

À partir de 1983, ce sont les Forges de Strasbourg qui reprennent le flambeau Alsaméca. La société est spécialisée, entre bien d’autres choses, dans les sécheurs à tambour rotatif et voit dans le marché de la granulation une perspective pour vendre ses sécheurs. La société, devenue aujourd’hui le Groupe Strafor Facom, a alors une activité industrielle mondiale. Sur le segment du bois-énergie, BC va poursuivre au sein de Comessa, département de la Société Industrielle des Forges de Strasbourg, le développement engagé par Alsaméca et continuer à travailler avec des fournisseurs comme les danois Nordfab, Danstoker, Justsen, et les français Transtub et Volcan ou l’americano-hollandais CPM. Pourtant, en 1986, BC prendra l’initiative de quitter les Forges pour intégrer l’un de ses sous-traitants, La Tôlerie Fine (LTF) afin d’y créer avec son collègue Daniel Wolf, le département LTF Biomasse en charge des chaudières à combustion bois. Le métier de chaudiériste se précise donc pour BC qui à l’époque a ajouté à son catalogue, des chaudières à gradins pour bois humide de la marque allemande Polzenith.

La création de Weiss-France

Chaudière Rat, photo Frédéric Douard

Chaudière Rat, photo Frédéric Douard

En janvier 1990, à la demande insistante du constructeur danois Nordfab A/S auprès de BC, BC créé avec les danois et Yves Rat, la société Nordfab France, cette dernière intégrant au passage le fabricant de chaudières industrielles à bois Rat SA afin de donner au nouvel établissement une dimension industrielle. Nordfab A/S est un fabricant danois d’aspiration, leader dans sa profession, et qui à cette époque se diversifie au niveau européen dans le domaine du chauffage à la biomasse. C’est à ce moment le début du boom des énergies renouvelables au Danemark. Fin des années 80 et conforme à cette stratégie, Nordfab A/S avait racheté le constructeur allemand de chaudières à bois Weiss GmbH.

La filiale française s’installera à Faverges, en Haute-Savoie au bout du lac d’Annecy, au siège des désormais anciens Ets Rat. S’ensuivent de nombreuses années durant lesquelles Bernard Cornélius à la Direction Commerciale et Yves Rat à la Direction Technique surent apporter au marché français de la chaudière bois et biomasse un souffle nouveau grâce notamment à la mise en oeuvre de technologies innovantes. Une période dixit BC « où nous avions largement contribué à l’abaissement des valeurs limites d’émissions règlementaire (poussières, CO, NOx ) ! » Entre temps, et du fait de l’influence grandissante de Weiss, Nordfab Sa se transforma en Nordfab – Weiss Sa et finalement en Weiss France Sa. Monopoly faisant, quelques années plus tard, le groupe, Nordfab A/S est à son tour absorbé par A.P. Møller, une entreprise de pétrochimie danoise de taille mondiale, leader européen dans le traitement environnemental dans les industries  pharmaceutiques, fonderies, etc. . .La branche biomasse n’intéressant pas le nouveau propriétaire, c’est en 1995 que Bernard Cornélius et Yves Rat rachètent Weiss-France pour devenir une société à capitaux français entièrement indépendante, au même titre que Weiss GmbH en Allemagne et Weiss A/S au Danemark.

Chaudière Weiss-France web

La chaufferie de Planoise à Besançon, 6 MW bois, mise en service en 2006, photo Weiss-France

La chaufferie de Planoise à Besançon, 6 MW bois, mise en service en 2006, photo Weiss-France

Très rapidement la nouvelle société dont BC assure la fonction de Directeur Général ouvre un atelier de fabrication et d’assemblage à La Biolle à côté d’un autre lac savoyard, celui du Bourget. On est alors au démarrage du Plan Bois Energie et Développement Local lancé en France en 1994 par le gouvernement et c’est le début du développement du marché des chaufferies collectives que l’on connaît aujourd’hui. En 10 ans, la jeune société va passer de 10 à plus de 60 personnes, multiplier son chiffre d’affaire par 8, créer sa filiale Biomass Boiler Plant en Pologne. Durant cette période, Weiss France a également agrandit son catalogue, elle conçoit, commercialise et met en oeuvre des installations clés en mains avec garanties de résultats de 200 kW à 10 MW intégrant des chaudières construites en tout ou partie à La Biolle, des échangeurs à eau chaude ou surchauffée Danstoker, des chaudières à vapeur Weiss GmbH, des chaudières à bois sec de marque Nolting et des broyeurs Weima de 1997 à 1998.

En 2008, Yves Rat atteignant l’âge de la retraite, les deux associés décident de vendre la société. Elle est dirigée désormais par Marie Sylvie Bertail Pdg et Cyril Dufau-Sansot Dg, qui représentent le fonds d’investissement DLBO (Dirigeants et Lbo), une holding familiale d’investissement présidée par Pierre Pupier. Dés lors l’entreprise a emménagé à Ugine, à quelques km plus loin dans la vallée dans un nouveau siège social lui permettant de poursuivre son développement. En 2009, alors que son ami Yves Rat est parti en retraite BC a repris pour quelques années son tablier bien aimé de commercial dans le Nord-Est de la France, région dans laquelle, après avoir permis à Weiss GmbH de mettre en oeuvre une chaudière de 45 MW, il vient de vendre plusieurs installations de chaufferies bois à condensation (rendements proches de 110%). Encore un virage et développement nouveau pour la combustion du bois-énergie en France ?

Un engagement permanent

Pourquoi pas ! BC y croit et dans tous les cas, reste fier du chemin parcouru par Weiss France, de son évolution permanente, de son apport à la profession ainsi que de ses perspectives : stabiliser pour l’avenir un chiffre d’affaires en France aux alentours de 35 M€, développer la vente à l’export, proposer des offres de maintenance globale, se positionner encore plus fortement sur des projets clés en mains, et bien sûr continuer à développer des chaudières aux émissions atmosphériques encore plus performantes qu’actuellement !

Marcel Godinat, à droite, remettant un grand prix de l'innovation à Bernard Cornelius kors du salon BOIS ENERGIE 2001 à Mulhouse

Marcel Godinat, à droite, remettant un grand prix de l’innovation à Bernard Cornelius lors du salon BOIS ENERGIE 2001 organisé à Mulhouse par l’ITEBE.

Pour finir, il est bon de rappeler, et en particulier au fondateur de l’ITEBE que je suis, que toutes ces années, BC n’a cessé de participer à la fondation, au lancement et à l’action des développeurs associatifs, successivement de l’AFB (Association française de la biomasse), de l’ABE (Association bois-énergie), de l’ITEBE (Institut technique européen du bois-énergie) puis du CIBE (Comité Interprofessionnel du Bois-Energie), et que ce travail d’équipe a conduit à contribuer à la création de l’économie bois-énergie que l’on connait aujourd’hui, florissante.

Adrien Zeller président de la région Alsace, Bernard Cornelius présentant son stand et Yves Cochet, ministre de l'environnement au salon BOIS ENERGIE 2001 à Mulhouse

Adrien Zeller président de la région Alsace, Bernard Cornelius présentant son stand à Yves Cochet, ministre de l’environnement au salon BOIS ENERGIE 2001 à Mulhouse

Frédéric Douard, Bioénergie International

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