Proparco et CDC Climat se lancent dans la finance carbone en Afrique

En Afrique, beaucoup de besoin et de potentiel, mais toujours peu de projet, photo F. Douard

Le constat est sans appel. Sur les 3612 projets enregistrés officiellement dans le cadre du Mécanisme de Développement Propre, l’Afrique représente à peine 2 %. Du FABER (Fonds Africain pour le Développement des Biocarburants et les Energies Renouvelables) en passant par les nombreux fonds carbone répertoriés par la Banque Mondiale et les projets de la Banque Africaine de Développement, on ne compte plus les initiatives des bailleurs pour impulser le business du carbone en Afrique. Le dernier en date est la création l’année dernière de CDC Climat Asset Management. Initialement il était détenu par CDC Climat et gérait une enveloppe de 60 millions d’euros.

Mais depuis le mois de mai, PROPARCO, la filiale de l’Agence Française de Développement dédié au secteur privé détient 25 % du capital de CDC Climat Asset Management et lui a confié deux mandats de 30 millions d’euros à investir équitablement en zone méditerranée et en Afrique subsaharienne via le Fonds d’Investissement et de Soutien aux Entreprises en Afrique (FISEA). Grâce à cet investissement, l’objectif est d’acquérir au moins 3,3 MteqCO2. Pour Guido Schmidt-Traub, Directeur général de CDC Climat Asset Management « Nous nous réjouissons de la confiance que nous accorde PROPARCO à travers ces deux nouveaux mandats. C’est une étape importante dans le développement de CDC Climat Asset Management ».

Ce choix traduit la volonté de PROPARCO et de l’AFD de pallier les insuffisances de marché et de jouer son rôle de catalyseur de l’investissement privé dans des régions qui, négligées par les investisseurs, sont restées à l’écart de la finance carbone alors qu’elles recèlent pourtant d’importants gisements de projets. Notre objectif est de faire en sorte que ces mandats permettent la levée de deux fonds associant d’autres investisseurs, en zone Méditerranée et en Afrique subsaharienne” complète Étienne Viard, Directeur général de PROPARCO dans un communiqué commun diffusé par les nouveaux partenaires.

Les 5 raisons principales pour investir dans la finance carbone avec CDC Climat Asset Management

Pour attirer d’autres investisseurs, CDC Climat Asset Management a développé un argumentaire commercial susceptible de ne pas laisser indifférent. Si vous hésitez encore à saisir les opportunités du business du carbone, voici les cinq raisons principales susceptibles de vous faire changer d’avis :

  • Participation à de nouveaux marchés en forte croissance en termes de volumes
  • Couverture efficace des besoins en crédits carbone pour les acheteurs soumis à conformité dans les systèmes d’échange de quotas de CO2
  • Rapport risque-rendement intéressant
  • Diversification de portefeuille et bonne corrélation avec les prix des énergies
  • Opportunités de structuration de produits « verts » et d’Investissement Socialement Responsable

Alors que se tient à Durban en Afrique du Sud en décembre la prochaine Conférence des Parties sur le changement climatique, l’incertitude existe encore sur le définir des quotas de CO2 à l’échéance du Protocole de Kyoto en 2012. C’est la raison pour laquelle, la majorité des investisseurs privilégient les placements de court terme. Certain que le marché du carbone est un business d’avenir, CDC Climat Asset Management privilégie les contrats d’achat de crédits à long terme avec une échéance en 2020.

Modalités d’investissement

CDC Climat Asset Mangement cible dans un premier temps les projets générant un minimum de 30 000 à 50 000 tCO2e (tonne équivalent CO2). Les actifs carbone ciblés sont soit issus du Protocole de Kyoto, CERs pour le Mécanisme de Développement Propre (réduction des émissions de gaz à effet de serre dans les pays du Sud) et ERUs pour la Mise en Œuvre Conjointe (sobriété carbone dans les pays de l’Europe de l’Est) soit issus des démarches volontaires de réduction de carbone comme le VCUs et le Gold Standard VERs. Afin d’assurer la sécurisation des revenus carbone, le fonds propose des contrats d’achat à terme de crédits carbone avec des prix fixes et/ou variables, le prépaiement des frais d’enregistrement et le paiement d’avance des revenus carbone. Par ailleurs, CDC Climat Asset Management exclu les projets carbone provenant des gaz industriels qui ont récemment fait polémique et privilégie les investissements dans les PMA (Pays Moins Avancés) dont la plupart sont en Afrique.

Il propose également aux porteurs de projets de réduire les risques pour les livraisons futures de leurs crédits carbone en endossant tout ou partie des coûts d’enregistrement des projets. Les activités se concentrent sur les marchés primaires et couvrent le cycle entier jusqu’à la livraison des crédits carbone. Un autre point important pour l’Afrique est que CDC Climat Asset Management peut travailler directement avec les Entités Opérationnelles Désignées (EOD) et la Convention Cadre des Nations Unies contre le Changement Climatique, de manière à garantir et à optimiser les revenus carbone.

Critères de ESG (Environnement, Social et Gouvernance)

Les modalités d’analyse des projets et gestion des risques sont conformes aux standards du groupe Caisse des Dépôts. Il y a également la prise en compte des principes de ESG (Environnement, Social et Gouvernance) en amont. Les projets sont classés selon plusieurs catégories (A, B, C, …) avant une diligence sur un plan de gestion environnement et social. Cette démarche vise le respect des critères d’Investissement Socialement Responsables (ISR) qui font actuellement fureur en Occident. Alors que l’annonce de ce partenariat entre CDC Climat et PROPARCO a eu lieu en mai avec une actualité dominée par le printemps arabe, Pierre Ducret, Président Directeur Général de CDC Climat a tenu a précisé que « cet engagement au Maghreb est de notre responsabilité et de celle de nos actionnaires pour envoyer un signe de confiance »

Prochaines annonces sur un fonds carbone forestier

Thierry Téné, Directeur de A2D Conseil

Malgré les incertitudes sur le marché du carbone, plusieurs signaux convergent et démontrent que le besoin en actif carbone sera très important. Quelque soit l’issue des négociations climatiques, l’Union Européenne prépare actuellement des accords de partenariat sur les actifs carbone avec les pays intermédiaires très nombreux en Afrique et en Méditerranée. La prise en compte des Réductions d’Emissions de carbone issus de la Déforestation et de la Désertification (REDD+) dans les discussions internationales sur le climat va notamment dynamiser le marché. Pierre DUVET  affirme d’ailleurs « être très attentif aux acteurs de financement des projets forestiers. ». Il anticipe qu’il y aura un système important de financement de projets forestiers avant de promettre des annonces prochainement. A suivre donc.

Article de Thierry Téné paru dans l’hebdomadaire économie Les Afriques n°167 du 23/06 au 29/06 2011

Source : Blog de Thierry Téné

Frédéric DOUARD

Frédéric DOUARD : rédacteur en chef du magazine Bioénergie International, animateur du Portail francophone des bioénergies. Pour me contacter : fdouard arobase bioenergie-promotion.fr

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1 réponse

  1. RAJAOHARY Joé Marià dit :

    Messieurs,
    Nous voudrions savoir si vous financez des projets MDP, dans le cadre du Protocole de kyoto à Madagascar.C’est un projet d’installation d’une centrale hydroélectrique en remplacement d’une centrale thermique dans une ville.
    Salutations.