Alternative à l’écobuage (brûlage) : la récolte énergétique

Récolteuse de Rajal Serrat en Extrémadure, photo Jeremy Hugues dit Ciles

La fin de l’hiver en Europe est souvent l’occasion de nettoyer les pâturages ou les parcours du bétail pour en ôter les végétaux secs et les envahisseurs avant la repousse de l’herbe. L’objectif de l’opération est de retrouver facilement des surfaces en herbe, colonisées par les arbustes où les ronces, et qui étaient jadis ôtées à la main. L’herbe y repousse effectivement rapidement … mais à quel prix et combien de temps ?

Écobuage non maitrisé, photo Le Verger de la chevrière

Le verger de la chevrière dans le Pays basque dénonce cette pratique dommageable pour la biodiversité et pour la pérennité du sol : « Même si originellement, le terme désigne le travail d’arrachage de la végétation au moyen d’une « écobue », outil proche de la houe, l’incinération en petits tas de ces éléments puis l’épandage des cendres sur les terrains afin de les enrichir en éléments nutritifs, aujourd’hui il consiste à brûler directement tous les végétaux sur pied. En voyant concrètement le résultat sur place, de nombreux effets néfastes apparaissent clairement :

  1. Le feu, non sélectif, a brûlé non seulement les formations broussailleuses (ronces, ajoncs, genets, bruyère) mais aussi certains arbres et les jeunes arbustes jusqu’alors protégés par ces broussailles et donc épargnés par l’élevage. Ainsi cela va à l’encontre du processus de régénération de la forêt. Et sur ces versants on le constate, depuis des années, la forêt recule.
  2. La combustion de ce couvert végétal entraîne la mort de milliers d’insectes, de micro-mammifères et sans parler des abeilles qui ne trouveront rien aux premiers beaux jours.
  3. La mise à nu des sols engendre inévitablement leur érosion (accentuée par les fortes pentes). De plus, la biomasse accumulée au cours des cycles naturels saisonniers, participant à la création d’humus donc d’un sol riche, partira ici en fumée. C’est donc une double perte pour le sol.
  4. Parfois mal maîtrisés, les écobuages peuvent être également dangereux pour l’Homme. Encore cette année en Pays Basque, une personne âgée prise au piège de son propre feu a malheureusement péri dans l’accident. »

Si la valorisation des biomasses colonisatrices présentait jusqu’ici de sérieuses difficultés pratiques, liées à la récolte, au volume des végétaux mais aussi à leur utilisation, les nouvelles technologies de transformation et de combustion ouvrent la voie à une valorisation d’une partie de ces produits. Une partie seulement car l’économie actuelle demande à mécaniser les travaux et la récolte sur tous les terrains n’est pas mécanisable.

Faucardeuse-récolteuse de Marcel Vandaele,Tortefontaine, Pas de Calais, photo Xavier Douard

Il existe néanmoins une multitude de biotopes accessibles à la mécanisation et sur lesquels l’Homme a besoin de contenir régulièrement la progression de la végétation qui y pousse chaque année et la plupart du temps en pure perte : perte de matière première non récupérée, dépenses pour un travail qui ne génère aucun revenu et perte de biodiversité dans le cas du brûlage. La liste de ces zones sur lesquelles la biomasse serait récoltable est longue : bords de routes, parcours de ligne électriques, bordures de voie ferrées, zones de lutte contre l’incendie, roselières et prairies permanentes bien sûr.

Toutes les biomasses « fatales » extractibles peuvent constituer une source d’énergie. Les produits verts et humides peuvent entrer facilement dans les processus de méthanisation pour produire du biogaz; nombre de pays nordiques utilisent par exemple les tontes de bords de route ou d’aéroports ainsi. Concernant les produits secs (moins de 50% d’eau) et qui peuvent disparaitre spontanément par simple écobuage, l’utilisation comme biocombustible est une voie (tout comme peuvent l’être également le compostage ou le BRF).

Pour une valorisation énergétique, il existe deux méthodes de récoltes :

  1. le broyage avec récupération du broyat pour toutes les biomasses : les arbustes, les épineux,  tous les ligneux en général, mais aussi les roseaux et autres graminées raides,
  2. la fauche et la mise en balles pour les graminées, les roseaux et tous les végétaux souples.

Ensuite la valorisation peut emprunter trois circuits :

  1. l’autoconsommation en balles dans des chaudières à alimentation manuelle ou au tracteur à l’image des chaudières à accumulation pour la paille ou les sarments de vigne,
  2. les circuits courts pour l’utilisation des broyats en chaudières à alimentation automatique à bois déchiqueté pour les agriculteurs, les entreprises ou les communes). L’usage de chaudières à grilles mobiles et à décendrage mécanisé s’impose généralement étant donné la forte teneur en minéraux de ces produits.
  3. la granulation pour une commercialisation vers des chaufferies collectives ou industrielles.

Broyeur-récolteur de François Digard, Biville, Manche, photo Xavier Douard

Des entreprises de travaux d’entretien disposent déjà en France et en Europe de récolteuses capables de mettre ces produits à disposition, plus d’une centaine d’unités de granulation existent déjà en Europe francophone, plusieurs constructeurs proposent des presses à granulés de petites capacités et des dizaines de marques de chaudières ouvrent aujourd’hui la voie cette opportunité. Développement durable, économies de charges et développement économique peuvent ici faire très bon ménage !

Frédéric Douard, Bioénergie International, 31 mars 2011

Serrat est cité aussi dans ces articles :
  • Broyage & récolte de biomasse au sol, ça avance !
  • 16 décembre 2013, démonstration de production de plaquettes bocagères dans la Manche
  • Conseils pour valoriser le bois de bocage
  • Où en est-l’Espagne en matière de biomasse-énergie ?
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