L’objectif ambitieux de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie 3 pour la filière française du biométhane
🖨️Editorial du Bioénergie International n°102 de mars 2026

La PPE 3 compte sur une généralisation de la pratique des CIVE pour atteindre ses objectifs en biométhane à 2035, photo Frédéric Douard
La publication de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie le 12 février 2026 était le signal qu’attendait la filière énergétique française depuis trois ans, afin de donner un cap aux investissements qui doivent sortir le pays des énergies fossiles. Or sans surprise, cette PPE s’avère en totale rupture avec la précédente, avec des objectifs en forte baisse vers les énergies renouvelables au profit d’une relance forte du nucléaire. On peut ainsi regretter le poids des objectifs mis sur l’électrification non renouvelable dans ce programme, et la gestion descendante de l’énergie de l’État français, un temps oubliée. Ainsi, contrairement au message de la désormais célèbre publicité de TotalEnergies « C’est pas Versailles ici ! », la PPE 3, c’est bien Versailles !
Dans le texte, on peut quand même saluer la reconnaissance de principe du rôle stratégique de la chaleur renouvelable, comme un pilier majeur de la décarbonation, sauf qu’en termes de moyens, une grande partie de l’effort sera mis sur les pompes à chaleur, Versailles oblige.
Il est néanmoins une filière de la bioénergie qui devrait tirer son épingle du jeu dans cette programmation, c’est le biométhane, comme filière indispensable de la souveraineté énergétique nationale. En 2030, la PPE 3 fixe ainsi un objectif à 44 TWh de biométhane injecté, contre 12 TWh en 2024, et de 47 à 82 TWh en 2035. Et pour atteindre ces objectifs, le texte invite à développer fortement les cultures intermédiaires à vocation énergétique, et à mobiliser davantage les effluents d’élevage et les résidus de culture, des choses clamées depuis des années par le monde agricole et qui ont visiblement été entendues.
Se pose alors la question du coût de ce gaz, non pas pour les consommateurs, mais pour la nation. Car si le coût de production du biométhane est trois à quatre fois plus élevé que celui du gaz naturel fossile, hors crises bien entendu, l’actualité est là pour nous le rappeler, il répond à l’enjeu climatique, mais aussi à un enjeu de souveraineté en substituant des importations par une production nationale. Et outre le fait de rester dans le pays, la dépense en biométhane offre des revenus complémentaires forts appréciables pour les agriculteurs.
Enfin, sur le mécanisme de rémunération du biométhane, une attente forte émane de la mise en œuvre des Certificats de Production de Biométhane en cette année 2026. Ainsi, conformément à la loi Climat et Résilience de 2021, la politique de soutien au biométhane injecté, essentiellement portée jusqu’à présent par un dispositif budgétaire d’obligation d’achat, va être complétée par un dispositif d’obligation d’incorporation imposée aux fournisseurs de gaz naturel, comme cela existe pour les biocarburants. Mais à la différence des biocarburants, les distributeurs de gaz devront obtenir et restituer à l’État les CPB selon un mécanisme qui s’apparente aux CEE, les Certificats d’Économie d’Énergie pour l’électricité.
Ce dispositif ne s’appliquera pas pour l’instant à tous les consommateurs mais uniquement aux secteurs tertiaire, résidentiel collectif, réseaux de chaleur et installations de cogénération. Le coût de cette obligation sera répercuté au client et les quantités de gaz livrées généreront une obligation de restitution des CPB à l’État, sous peine de pénalités financières. Et pour obtenir ces CPB, les fournisseurs de gaz devront produire eux-mêmes le biométhane ou achèteront les CPB aux producteurs. Reste maintenant à arbitrer le nombre de CPB qui seront imposés au marché d’ici à 2030 puis à 2035 pour entrevoir si les objectifs de la PPE 3 en matière de biométhane sont réalistes ou pas !
Frédéric Douard, rédacteur en chef









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