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Quand la France va-t-elle enfin stopper l’hémorragie financière des énergies fossiles ?

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Editorial du Bioénergie International n°101 de février 2026

Plus d’énergie renouvelable locale et stockable, c’est vital pour l’économie locale et l’environnement, photo Frédéric Douard

Cela fait désormais exactement 50 ans que la France se ruine à importer chaque année des quantités astronomiques de combustibles fossiles, alors même qu’il n’y a plus besoin de démontrer, ni l’impact délétère de leur usage sur le climat et sur l’avenir de nos sociétés, ni le fait qu’elles appauvrissent au final gravement tous ceux qui les achètent. On pourrait ainsi corréler la courbe de la dette énergétique de la France à celle de la fabrication de sa dette, même si bien sûr les causes de la dette sont malheureusement plus vastes.

Au début de l’année 2026, alors que le gouvernement français cherchait de-ci, de-là, quelques milliards €, pour boucler son budget, ce sont des dizaines de milliards € qui sont dilapidés chaque année pour remplir une baignoire énergétique qui fuit. La France a ainsi importé 67 milliards € de combustibles fossiles en 2025. C’est certes moins qu’en 2022 avec ses presque 125 M€, mais ces sommes auraient dû depuis très longtemps être investies dans la rénovation énergétique, dans l’efficacité énergétique, et dans la transition énergétique, notamment par la mise en valeur des énergies renouvelables dont le pays regorge. Car si cela avait été fait depuis que le problème est connu, le pays ne serait pas dans l’abîme financier dans lequel il s’est piégé tout seul, par facilité, mais surtout par manque de vision et de courage.

Pour répondre à cette dérive financière, et accessoirement au dérèglement climatique, la France s’est quand même dotée d’une loi, depuis 2015, oui, c’est très récent : la Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Mais cette loi, ou plutôt ses objectifs, même s’ils n’étaient pas suffisants pour un impact décisif, n’ont même pas été atteints. Et pire encore, la programmation pluriannuelle de l’énergie pour le période 2025-2035 prévoit de réduire l’objectif initial de 40 % d’énergies renouvelables d’ici à 2035, à seulement 33 % ! Il est vrai que la géopolitique mondiale navigue en pleine schizophrénie depuis le retour des populistes aux manettes, et on marche sur la tête : il faut aller de l’avant et on va décider de reculer.

On sait pourtant ce qu’il faut faire pour sauver le climat, pour créer des emplois et des richesses avec l’économie verte, et en même temps pour réduire et stopper la spirale infernale de la baignoire qui fuit. Mais non, la France a décidé de continuer à faire comme avant… enfin pas tout à fait : au lieu d’importer du gaz de l’Est, elle l’importe de l’Ouest. Et en plus, comme c’est du gaz de schiste, c’est encore mieux pour la planète !

Maintenant, pour revenir aux bioénergies, littéralement la filière des énergies du vivant (forêts et agriculture), rappelons que cette filière assure aujourd’hui 66 % du mix énergétique renouvelable français : 57 % de bois, 3 % de biogaz, 2 % de biocarburants et 4 % de déchets renouvelables. Et nous savons que nous sommes très loin d’exploiter tout le potentiel national, tant en biomasse forestière qu’en agriculture ou en recyclage des biodéchets. Alors, conscient de la place et de la force de cette filière locale et nationale, il faut rapidement mettre les moyens pour en extraire tous les bénéfices qui sont aujourd’hui à portée de main au vu de la maturité exceptionnelle des filières. Il faut juste le vouloir et le décider.

Frédéric Douard, rédacteur en chef


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