Agriopale, 25 ans de mariage entre agriculture, environnement et bioénergies
🖨️Article paru dans le Bioénergie International n°98 de l’été 2025

Le tout nouveau site de production de bois-énergie d’Agriopale a accueilli la cérémonie des 25 ans du groupe à Feuquières-en-Vimeu sur la Côte Picarde, photo Agriopale
Agriopale est une entreprise spécialisée dans la valorisation des sous-produits de la biomasse pour l’agriculture et l’énergie. Elle a été créée en septembre 1999 par cinq agriculteurs d’une même famille de la côte d’Opale, sur le littoral du Pas-de-Calais : trois frères, François, Pierre-Marie et Christophe Dusannier et leurs cousins Sylvain et Francis Tardieu. Le 26 juin 2025, ils avaient invité plus de 200 partenaires à fêter avec eux les 25 ans de cette création sur leur tout nouveau site de production de bois-énergie situé à Feuquières-en-Vimeu au sud de la Baie de Somme.
Le point de départ
Tous cultivateurs et éleveurs, les cousins étaient confrontés aux difficultés et aux incertitudes générales de leur profession : non maîtrise des prix de vente de leurs productions, dégradation de leurs sols, dépendance aux industriels tant sur l’amont que sur l’aval, mondialisation et concurrence internationale… en bref, beaucoup d’impasses.

François Dusannier au micro, en présence de ses associés devant une assemblée conquise, photo Frédéric Douard
Une porte de sortie est venue de la publication d’une circulaire gouvernementale, publiée en 1998 par la ministre de l’Environnement de l’époque, Dominique Voynet, fixant à l’échéance du 1er juillet 2002, la fin de l’autorisation de mise en décharge des produits revalorisables, et cela dans le but de promouvoir une grande politique de recyclage de toutes les matières jusque-là stupidement gaspillées et sources de pollutions. Dans un domaine qui concerne l’agriculture, cette circulaire a véritablement donné le top départ du compostage en France et cela a été salué lors des débats organisés lors de la journée d’anniversaire. C’est donc précisément à ce moment historique de progrès, que les cinq agriculteurs ont lancé Agriopale sur une préoccupation importante pour eux, à savoir de pouvoir utiliser des déchets verts et des boues de stations d’épuration pour produire des composts et redonner vie et structure aux sols agricoles. Ils ont alors pris leur bâton de pèlerin et ont fait le tour des collectivités du Pas-de-Calais pour trouver du déchet vert et de la boue de station d’épuration à composter. Le succès fut au rendez-vous et comme nous le verrons plus en détails juste après, l’activité s’est ensuite diversifiée dans la production et la commercialisation de bois-énergie puis dans le biométhane. Plus tard, le Groupe a commencé à sortir de son département, puis de sa région, pour aller bâtir des partenariats, l’ADN d’Agriopale, ce dont nous allons parler.

Frise murale réalisée pour les 25 ans d’Agriopale,photo Frédéric Douard – Cliquee sur la frise pour l’agrandir.
La méthode
Après le déclenchement psychologique de la circulaire Voynet, la première opportunité de mettre en pratique le retour au sol des déchets organiques s’est concrétisée avec le centre équestre du Touquet : ce dernier achetait de la paille pour ses litières et ne trouvait plus personne pour débarrasser son fumier. Au hasard d’une rencontre et avec le pragmatisme d’agriculteurs curieux et inventifs, l’aventure Agriopale commence. Proposition est faite au centre équestre de lui fournir la paille et de reprendre la totalité du fumier : deal et la méthode Agriopale est née.

Lucien Gerbier, agriculteur de Maine et Loire, Président de Saumur Energies Vertes et partenaire d’Agriopale, photo Frédéric Douard
À partir de ce moment, pour développer une nouvelle activité ou un nouveau marché, on cherche des intérêts concordants, de préférence avec des agriculteurs (Ils sont aujourd’hui 18 à être partenaires), mais pas que, on trouve la solution technique éprouvée qui va bien, et on traite directement avec l’autre partie, sans intermédiaire, ce qui signifie qu’on assumera par soi-même de nombreuses tâches et responsabilités, et on s’entend équitablement sur les bénéfices de l’opération, gage d’une entente durable. Pour le développement de l’activité de compostage, la méthode s’est déclinée par des partenariats systématiques avec des agriculteurs locaux intéressés par le produit final. Ce type de partenaire local présente de plus l’avantage de bien connaître son territoire et ses élus à qui il inspire confiance par sa stabilité. Aujourd’hui, Agriopale est partenaire de 11 plateformes de compostage dans les Hauts-de-France. Et depuis 2004, elle est membre de l’association des Agriculteurs Composteurs de France, un lieu d’échange d’où partiront de nombreux projets par la suite.
Un développement basé sur l’environnement
La valorisation des déchets verts faisant apparaître beaucoup de bois, impropre à la fabrication d’un compost efficace de par sa quantité, la recherche de débouchés vers le bois-énergie a commencé dès 2005, en parallèle du développement des chaufferies biomasse dans la région. En 2010, une nouvelle opportunité va orienter Agriopale vers le marché du chauffage domestique au bois. En contact avec un industriel local du bois cherchant une solution pour ses chutes, sciures et copeaux, Agriopale va mettre en place un atelier de production de briques de bois densifié à Frencq, non loin du siège de l’entreprise basée à Cucq près du Touquet. Le contexte est alors mûr pour la création de la société Planète Terre Hauts-de-France, la filiale bois-énergie du groupe Agriopale. Et en plus de la valorisation de la partie ligneuse des déchets verts sortant de la filière compost, et de la production de bûches densifiées, l’entreprise élargit sa gamme de produits bois-énergie avec la production de bois de chauffage et de filets de bois d’allumage, puis avec le négoce de granulés de bois. C’est aussi durant cette décennie que les partenaires d’Agriopale vont couvrir leurs bâtiments de capteurs photovoltaïques. Depuis 2024, la production de biocombustibles pour les particuliers est centralisée sur le site de Feuquières-en-Vimeu.

Site de production Quelmes Energie près de Boulogne-sur-Mer sous l’orage, photo Agriopale
En 2011, l’association des Agriculteurs Composteurs de France informe Agriopale des nouvelles dispositions gouvernementales pour permettre l’injection de biométhane dans les réseaux de gaz naturel. Or, Agriopale sait déjà que pour de nombreux déchets organiques dont elle peut disposer, les produits très humides en particulier et les déchets des industries agroalimentaires, la valorisation par méthanisation sera bien plus profitable que celle par compostage. Alors, c’est le branle-bas de combat : recherches, rencontres, visites à l’étranger, il faut saisir cette nouvelle opportunité et c’est Christophe Dusannier, éleveur de porcs, qui fera le premier pas vers le biométhane en mettant en service en 2015, via Agriopale, la première unité de biométhane injecté des Hauts-de-France, le Pré du Loup Energie. Le Groupe exploite aujourd’hui, sur la base de son service technique mutualisé, neuf sites de méthanisation où les déchets organiques agricoles et agroalimentaires du territoire sont valorisés en digestat pour les terres et en biométhane. Six sites sont le fruit de participations partagées avec des agriculteurs des Hauts-de-France, des Pays-de-la-Loire et du Centre-Val de Loire, deux sites avec des industriels des Hauts-de-France, la Brasserie Goudale et le groupe Daudruy Van Cauwenberghe, producteur de biodiesel à Dunkerque, et le dernier en date avec une collectivité locale du Beaujolais. Notons que dans tous les projets de méthanisation portés par Agriopale, priorité est toujours donnée aux valorisations alimentaires. Ainsi, les neuf centrales gérées par Agriopale sont alimentées à 100 % en déchets organiques agricoles et agroalimentaires du territoire et n’intègrent aucune culture dédiée. Les digestats sont de leur côté précieusement valorisés en engrais et amendement naturels, ce qui permet de réduire fortement les achats d’engrais chimiques, importés et gros consommateurs d’énergie fossile.

Bio Energies Beaujolaises à Charentay près de Belleville en Beaujolais, photo Agriopale
Et pour encore mieux faire le lien entre la production de biométhane et le marché, Agriopale, s’est récemment lancé dans la construction et la gestion de stations BioGNV, avec à date, quatre stations en service à Saumur dans le Maine-et-Loire en partenariat avec Loire Compost Environnement et la SEMA-E, à Arques et Saint-Laurent-Blangy dans le Pas-de-Calais sous la marque Gazie d’Agriopale, et à Abbeville dans la Somme en partenariat avec le groupe Opal Finances.

La station bioGNV de Saint-Laurent Blangy près d’Arras, photo Agriopale
Tous ces développements, réalisés en bonne intelligence dans le sens d’une transition énergétique basée sur un mix énergétique varié et produit localement, montrent l’exemple d’une bonne approche, profitable aux territoires, bonne pour l’environnement et basée sur des initiatives qui partent du terrain.
Une stratégie basée sur l’humain
La conquête de nouveau marchés, la compétition, l’agressivité commerciale sont des concepts non pratiqués chez Agriopale. Tout se fait dans la douceur, le consensus, le gagnant-gagnant mais à une condition préalable : il faut d’abord que le courant passe avec un partenaire potentiel. Et s’il passe, alors le reste se fait naturellement, sans heurt, avec pragmatisme, souplesse, agilité comme aime à le qualifier François Dusannier, le Président d’Agriopale, et avec plaisir et satisfaction.

Camille Dusannier, directrice générale d’Agriopale, photo Frédéric Douard
Alors, si le fair-play est la règle, l’entreprise n’en est pas moins active, dynamique, à l’affût de toutes les opportunités sur les filières émergentes pour garder de l’avance (gazéification, CSR, méthanation, CO2 biogénique…), et pour poursuivre ses objectifs de développement économique durable en relation avec la terre et l’organique. Sa direction est assurée aujourd’hui par une jeune ingénieure, Camille, la fille de François et maman de deux bambins, cadre dans l’entreprise depuis 7 ans. Elle s’informe, analyse, visite, rencontre, calcule, compare, vérifie les opportunités tout en gérant les actifs et le présent. Elle est secondée dans le développement, aux niveaux techniques et réglementaires, par un fidèle, Christophe Evrard, premier salarié à entrer dans l’entreprise il y a vingt ans, un « collaborateur exceptionnel » a souligné François Dusannier lors du discours qu’il a prononcé le 26 juin.

Christophe Evrard, responsable Développement chez Agriopale, photo Frédéric Douard
Agriopale s’est construite pour relever des défis, et elle a commencé à le faire en famille, et elle continue de le faire avec l’arrivée de la nouvelle génération, comme Camille ou son frère Vincent, également ingénieur et qui a intégré l’entreprise en 2023. Elle se construit également avec des partenariats basés sur la passion et la confiance, ainsi que sur la construction de liens d’amitié forts et simples à la fois, et si chers aux gens du Nord.
Agriopale intervient donc comme une tête chercheuse et comme un catalyseur d’initiatives environnementales pour la valorisation des biodéchets, de la production de bioénergies et du retour des matières organiques dans les sols, des opérations qu’elle ne mène à son terme que si la relation humaine avec ses partenaires est aussi solide que la relation économique.
Et en conclusion de son discours du 26 juin 2025, François Dusannier déclarait : « Agriopale est une preuve que l’environnement n’est pas un obstacle au développement économique, c’est une chance pour l’agriculture, pour les territoires et pour leurs habitants ».
Frédéric Douard, en reportage à Feuquières-en-Vimeu
Voir la vidéos des 25 ans du Groupe Agriopale en 2025 sur le site du magazine :
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