Les émissions du biodiesel encore mal maitrisées par les moteurs diesel

http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/65445.htm

Photo Jannicke Nilsen, www.tu.no

Les émissions des moteurs diesels sont connus comme pouvant être cancérigènes (cancérogènes de catégorie 2A selon le Centre Internationale de Recherche sur le Cancer : CIRC). Mais qu’en est-il du biodiesel ?

La combustion incomplète de diesel -de même que la combustion incomplète d’essence mais dans une moindre mesure- produit des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP ou PAH pour les anglophones) connus pour leur toxicité. En effet certains HAP sont mutagènes et la plupart également cancérigènes. Le benzopyrène par exemple a été le premier carcinogène chimique à être découvert, il est appartient au groupe 1 (cancérogène pour l’homme) selon le CIRC. En tout, au moins 17 HAPs sont recensés par l’agence pour les substances toxiques et recensement de la maladie. Des études menées sur les émissions de moteurs diesels ont permis de réduire les émissions de HAPs (mise en place de pots catalytiques et filtres à particules) mais des chercheurs norvégiens affirment que le principe de précaution n’a pas été appliqué lors de l’introduction du biodiesel.

On sait déjà que le biodiesel entraîne une augmentation des émissions d’oxydes d’azote (NOx), mais le biodiesel engendre également la formation de nanoparticules, qui pénètrent facilement et en profondeur dans l’organisme, en plus grand nombre. Ainsi selon des chercheurs finlandais, l’émission de nanoparticules serait 5 à 10 fois plus importante lors de la combustion de biodiesel par rapport au diesel fossile. En cause : une combustion incomplète due au moteur conçu pour du diesel d’origine fossile.

Le biodiesel est obtenu à partir de la transestérification d’huile végétale avec un alcool : l’huile végétale réagit avec du méthanol en présence d’un catalyseur et on obtient alors un échange de groupe alkyle. Cette réaction permet de réduire la masse moléculaire, la viscosité et la densité tout en augmentant la volatilité afin de se rapprocher des caractéristiques d’un diesel classique. Les huiles proviennent par exemple d’huile de soja, de palme ou encore d’huile de colza, tous trois devenant après transestérification des esters méthyliques d’huiles végétales (FAME : fatty acid methyl ester). Lors de la combustion incomplète de biodiesel des FAMEs sont émis. Peu d’études se sont intéressées aux émissions d’un mélange diesel fossile et biodiesel. Or ce sont actuellement ces mélanges qui sont principalement commercialisés. Des chercheurs norvégiens du centre Vestlandsforskning étudient actuellement l’impact du couple PAH-FAME provenant d’un mélange diesel fossile- biodiesel.

On connait les propriétés carcinogènes des HAPs mais leurs actions avec les FAMEs n’est pas encore assez étudiées s’inquiètent les chercheurs de Vestlandsforskning. Les FAMEs ont la propriété de s’attacher aux membranes cellulaires. Ainsi l’action combinée des FAMEs et HAPs, pourrait permettre aux HAPs d’entrer plus facilement à l’intérieur des cellules pour endommager l’ADN et augmenter le risque de cancers. Toutes ces théories sont en train d’être vérifiées par informatique à l’aide de logiciels de simulation de dynamique moléculaire.

A l’heure actuelle les biocarburants (principalement le biodiesel : en 2007, le biodiesel représentait 75% des biocarburants produit dans l’Union européenne) représentent 3% de la consommation en Norvège et 5% d’ici à mai 2011 ; soit une augmentation de plus de 120 millions de litres de biodiesels. Deux semaines après la parution d’un article soulevant ce problème dans l’hebdomadaire scientifique et technologique norvégien « Teknisk Ukeblad », la secrétaire d’Etat à l’environnement, Heidi Sørensen, a affirmé prendre ce problème au sérieux et avoir saisi l’agence sur le climat et la pollution (KLIF) de concert avec les autorités sanitaires afin d’obtenir rapidement de nouveaux résultats. Il est en effet urgent de clarifier la situation si l’on veut développer sereinement la consommation de biocarburant dans les années à venir.

Origine : BE Norvège numéro 98 (21/12/2010) – Ambassade de France en Norvège / ADIT – http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/65445.htm