Les chauffages à bois pourront-ils fonctionner tout cet hiver en Suisse ?

Centrale de chauffage à distance au bois à Châtel, photo Lutz Architectes

A l’entrée de l’hiver en Suisse, de nombreuses questions se posent pour les personnes qui se chauffent au bois en collectif ou pour ceux qui se chauffent en individuel et qui n’ont pas encore fait le plein de combustible … une situation qui heureusement reste marginale. Risquons-nous une pénurie de bois-énergie ? Les chauffages collectifs au bois vont-ils s’éteindre cet hiver ? Combien de bois supplémentaire pourrions-nous utiliser pour nous chauffer ? Ces questions brûlantes et des reportages controversés dans les médias perturbent la population. Energie-bois Suisse apporte ici des réponses et assure que les chauffages collectifs au bois resteront en service. 

Une situation inédite

Andreas Keel, photo Christoph Rutschmann

Achats en masse, difficultés de livraison, stocks épuisés, ces derniers mois, le marché du bois-énergie a perdu de sa stabilité accoutumée. De longues années d’offre excédentaire et de faibles niveaux de prix ont récemment abouti dans une demande qui excède désormais l’offre dans certaines régions. Risquons-nous une pénurie de bois et un désordre complet ? Non, affirme Andreas Keel, directeur d’Energie-bois Suisse. « Nous avons certes des difficultés dans le secteur des pellets et des bûches sèches, mais le marché des plaquettes est en capacité de répondre à une augmentation de demande qui reste raisonnable.» La demande en hausse se reflète aussi dans les prix : celui du pellet a augmenté d’environ 60% par rapport à 2021, et ceux des plaquettes forestières et des bûches ont également tendance à monter, mais moins. «Les gens se font davantage de soucis que nécessaire : le marché est relativement stable. De plus, c’est justement la hausse du prix qui garantira à terme un approvisionnement sûr, car elle rend la mobilisation de bois-énergie supplémentaire plus intéressante», résume Andreas Keel.

Un marché du bois-énergie qui reste relativement stable

Au cours des mois passés, Energie-bois Suisse a rédigé un document stratégique qui chiffre le potentiel de bois-énergie inexploité et définit des domaines d’application judicieux pour les différents assortiments. Retenons tout d’abord qu’il faut opérer une distinction entre les applications pour les bûches, les plaquettes forestières et les pellets qui diffèrent considérablement. La provenance du bois est elle aussi un critère de différenciation. Un bois issu de la forêt et laissé à l’état naturel permet une gamme d’utilisations nettement différente de celle d’un bois usagé issu des démolitions de bâtiments et contaminé par des polluants.

Les bûches

D’après la statistique officielle sur le bois-énergie, près de 500 000 chauffages aux bûches sont actuellement installés en Suisse. Comme le bois en bûches doit avoir séché pendant au moins un an avant l’utilisation, si la consommation augmente brutalement, ce qui est la cas, alors il ne sera pas possible de produire davantage de bûches prêtes à l’emploi pour cet hiver. A cause de cette forte augmentation de la demande depuis l’an passé, les stocks de certains fournisseurs sont actuellement épuisés.

Bois de chauffage en Suisse, photo Christoph Rutschmann

Les granulés

Les chaudières à pellets ont connu un véritable essor ces dernières années. L’association proPellets.ch chiffre à environ 460 000 tonnes le besoin actuel en pellets pour une saison et à près de 360 000 tonnes la capacité maximale de production nationale  pour 2022. Etant donné la forte croissance de la demande dans les pays voisins, importer de gros volumes additionnels à court terme pourrait s’avérer difficile.

Livraison de granulés à Sion, photo Valpellets

Les plaquettes forestières

Les projets d’une certaine envergure nécessitent une préparation longue. La demande n’est donc pas susceptible de changer abruptement à court terme. Néanmoins, les projets actuellement en attente sont nombreux et certains sont de taille. Energie-bois Suisse s’attend donc à une nette augmentation de la demande au cours des deux à cinq ans à venir. Les idées de grandes centrales de chauffage et de production d’électricité dans le secteur urbain foisonnent en Suisse.

Pile de bois-énergie attendant son déchiquetage pour les chaufferies collectives, photo Christoph Rutschmann

Un source d’énergie décentralisée convient à l’utilisation décentralisée

Christoph Rutschmann, administrateur d’Energie Bois Suisse

Le principe «De la région, pour la région» prend tout son sens pour le bois-énergie. Il se distingue en effet par des itinéraires de distribution courts et une création de valeur régionale. Les arbres poussent dans toutes les régions. Les forêts suisse appartiennent aux quelques 250 000 propriétaires forestiers publics et privés. Dans un marché de l’énergie tendu, ils aspireront à utiliser eux-mêmes leur propre bois, dans des chauffages locaux à bûches, à pellets ou à plaquettes.

Christoph Rutschmann, Energie-bois Suisse – info@energie-bois.ch – www.energie-bois.ch

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