Chaleur renouvelable, la grande oubliée de la campagne présidentielle française

La combustion de la biomasse couvre plus des deux tiers de la production de chaleur renouvelable en France, photo Frédéric Douard

La production de chaleur représente près de la moitié de la consommation d’énergie finale en France, et repose encore majoritairement sur des combustibles fossiles importés et fortement carbonés. Dans un contexte de hausse généralisée des prix de ces énergies fossiles, les enjeux de souveraineté énergétique, de décarbonation des usages et de maîtrise de la facture énergétique des Français sont appelés à alimenter la campagne présidentielle.

Reposant sur des énergies compétitives, locales et créatrices d’emplois, les solutions individuelles et collectives de chaleur renouvelable et de récupération (bois-énergie, géothermie, solaire thermique, biogaz, valorisation énergétique des déchets, chaleur de récupération) doivent être une composante essentielle de la stratégie énergétique française pour l’atteinte de la neutralité carbone.

Alors que les discussions sur l’avenir de notre mix énergétique nourrissent la pré-campagne présidentielle, la question de la décarbonation de la chaleur consommée en France reste étonnamment absente du débat public, actuellement focalisé sur la question de la production d’électricité qui ne représente qu’un quart de la production énergétique.

Alors que les sources renouvelables fournissent déjà 22,8 % de la chaleur consommée en France et que leur potentiel de développement est immense. Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, le rythme de développement doit être significativement accéléré, de manière à ce que les énergies renouvelables couvrent 50 % de la consommation de chaleur dès 2030.

La France très en retard sur ses objectifs de chaleur renouvelable. Cliquer sur le diagramme pour l’agrandir.

Par ailleurs, dans le contexte actuel d’envolée des prix des énergies fossiles sur le marché international, les systèmes individuels et collectifs de chaleur renouvelable et de récupération sont vecteurs d’une énergie locale, avec des prix stables et compétitifs, tout en représentant un vivier important d’emplois dans les différentes filières. Partout sur le territoire, des millions de Français et des milliers de collectivités et d’entreprises ont déjà fait le choix de la chaleur renouvelable. Des décisions politiques fortes doivent désormais être prises pour exploiter pleinement son potentiel de développement.

AMORCE, la FEDENE, le SER, Via Séva, le CIBE, l’AFPG, l’ATEE et Enerplan présentent donc une série de propositions pour accélérer de développement de la filière en France et lui redonner une place centrale dans la nouvelle stratégie française pour l’énergie et le climat.

Quatre priorités et huit propositions pour intensifier le développement de la filière

PRIORITÉ N°1 – FAIRE DU DÉVELOPPEMENT DE LA CHALEUR RENOUVELABLE UNE COMPOSANTE CENTRALE DE LA NEUTRALITÉ CARBONE EN 2050

  • 1. Fixer un objectif national ambitieux de 50 % de chaleur consommée d’origine renouvelable et de récupération en 2030
  • 2. Fixer des objectifs de consommation de chaleur renouvelable dans les bâtiments existants (tertiaires, industriels et résidentiels collectifs)

PRIORITÉ N°2 – SYSTÉMATISER LES « PLANS CHALEUR RENOUVELABLE » DANS LES TERRITOIRES

  • 3. Généraliser un “plan territorial chaleur renouvelable” dans toutes les collectivités territoriales de plus de 20 000 habitants dans le cadre des documents de planification existants. Dans les territoires ruraux, des plans spécifiques devront également permettre de créer 1 500 réseaux de chaleur pour valoriser l’ensemble des énergies renouvelables et de récupération locales et faire basculer un grand nombre d’usagers vers des modes de chauffages vertueux.

PRIORITÉ N°3 – RENFORCER LES MÉCANISMES DE SOUTIEN À LA CHALEUR ET AU FROID RENOUVELABLE

  • 4. Dimensionner l’enveloppe du Fonds chaleur de l’ADEME en cohérence avec les objectifs de développement fixés au niveau national.
  • 5. Inscrire le dispositif MaPrimeRénov dans une trajectoire budgétaire pluriannuelle, de manière à donner une visibilité à 5 ans au développement de la chaleur dans le secteur du bâtiment existant.
  • 6. Garantir la compétitivité des systèmes de chaleur renouvelable en élargissant l’aide au fonctionnement du Fonds de décarbonation à toutes les filières de production de chaleur renouvelable et de récupération. L’objectif : compenser l’écart de coûts entre la chaleur produite à partir de d’énergies renouvelables et leur solution fossile quand leurs prix sont très bas.
  • 7. Faciliter le cumul intégral des aides du Fonds Chaleur avec les Certificats d’économie d’énergie (CEE) et bonifier les CEE pour les projets les plus vertueux.

PRIORITÉ N°4 – PRÉSERVER LE POUVOIR D’ACHAT DES FOYERS LES PLUS MODESTES

  • 8. Créer un “fonds social pour le climat” alimenté par une partie des recettes de la Contribution climat énergie (CCE) qui devra être augmentée. Ce fonds permettra notamment de créer un “chèque chaleur” pour aider les foyers les plus modestes à payer leur facture de chauffage et de financer les investissements nécessaires à leur conversion vers des solutions de chauffage renouvelable.

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Frédéric Douard