En Suisse, le bois pour équilibrer l’intermittence du solaire et de l’éolien

Réseau électrique suisse, photo Christoph Rutschmann

Selon la statistique suisse de l’énergie, la consommation finale d’électricité s’est située à environ 55 700 GWh en 2020. Une alimentation électrique sécurisée et stable 24 heures sur 24 est indispensable au fonctionnement de la société. Toute coupure d’électricité pendant une période prolongée comporte des risques élevés qu’il faut éviter à tout prix. Au vu des risques croissants de l’importation, la Suisse doit accorder une grande priorité à un approvisionnement stable sur toute l’année. Ce faisant, elle doit tenir compte du fait qu’en hiver, sa consommation de courant dépasse de loin la production de toutes les installations nationales. Chaque année, ce déficit l’oblige ainsi à importer environ 9000 GWh d’électricité pendant les mois de grand froid.

Parallèlement, après l’arrêt  des centrales nucléaires suisses d’ici 2040, le déficit hivernal passera à environ 20 000 GWh, ce qui correspond à près de la moitié de la consommation d’hiver. L’ajout massif de nouvelles pompes à chaleur et l’électrification croissante de la mobilité vont encore aggraver la situation en hiver. Qui plus est, ses voisins européens s’apprêtent eux aussi à abandonner le nucléaire tout en réduisant la production électrique charbonnière et pétrolière. Les seules solutions pour la Suisse consistent donc à contenir ses consommations et à augmenter significativement sa capacité de produire une électricité renouvelable nationale.

Pour cela, la nécessité d’avoir recours à toutes les énergies nationales réunies est incontestable, l’hydroélectricité gardant son importance, tandis que les pourcentages de bois, de solaire, d’éolien, de biomasse humide et de géothermique continueront de s’accroître. En l’espace de 20 ans, les énergies solaire et éolienne ont permis de couvrir plus de 80% du déficit hivernal qui se profile. La biomasse pourra apporter une contribution supplémentaire, par exemple sous forme de biomasse humide issue des installations de biogaz et de méthanisation, ainsi que sous forme de bois, naturellement.

Andreas Keel, directeur d’Energie-bois Suisse, a repéré deux niveaux pour le potentiel du bois-énergie : «Le bois joue un rôle important pour combattre le déficit hivernal à deux égards. Une partie du potentiel inexploité peut servir à produire directement de l’électricité et de la chaleur, par cogénération. Grâce à la possibilité de continuer à bénéficier de contributions financières aux coûts d’exploitation des centrales à bois, j’entrevois la possibilité de tripler la production de courant à partir du bois pour passer à 1200 GWh annuels d’ici 2040 (sans les usines d’incinération des déchets). La production directe d’électricité à partir du bois pourrait donc compenser 6% du déficit hivernal. La part restante du potentiel inexploité du bois-énergie est capable de fournir la chaleur requise pour chauffer 150 000 unités résidentielles. Cela permettrait de renoncer au nombre correspondant de pompes à chaleur et d’économiser 900 GWh d’électricité hivernale (en supposant une consommation moyenne annuelle de 6000 kWh par pompe à chaleur et unité d’habitation). Il s’agit donc d’une contribution importante à la réduction des pointes de consommation durant les mois d’hiver et représente environ 5% du déficit hivernal pronostiqué. Ainsi, grâce à la production directe de courant et au chauffage des bâtiments à la place des pompes à chaleur, l’énergie encore inexploitée des forêts est capable de compenser 11% de la pénurie hivernale.»

Réunies, les énergies du soleil, du vent et de la biomasse sont ainsi en mesure d’aider l’hydroélectricité à relever le défi. Et si des goulets d’étranglement devaient malgré tout survenir, certaines capacités de production d’électricité pourraient être tenues en réserve avec des centrales électriques à gaz, à titre de solution de repli. Ces installations pourraient être exploitées pendant une période limitée en cas d’une situation de calme plat et d’obscurité, et ce sans impacter démesurément le climat. A l’avenir, ces centrale d’appoint pourraient fonctionner à l’hydrogène, rendant superflues les centrales nucléaires et au charbon.

Christoph Rutschmann, Energie Bois Suisse – www.energie-bois.ch

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Informations de contact de Energie-Bois-Suisse

Energie-bois Suisse
Rte de la Chocolatière 26 CH-1026 Echandens
+41 21 706 50 32
@ Contactez-nous en ligne
Ou contactez nous par email : [emailinfo@energie-bois.ch[/email]
Energie-Bois-Suisse est cité aussi dans ces articles :
  • Konrad Imbach explique le rôle du bois pour la transition énergétique de la Suisse
  • En Suisse, la ressource de bois-énergie plus importante que prévu
  • Andreas Keel invite les Suisses à penser plus global et à mieux valoriser le bois sans débouché en énergie
  • Le bois-énergie, gage de plus de biodiversité pour la forêt suisse
  • Tous les articles mentionnant Energie-Bois-Suisse