En Suisse, un projet de méthanisation agricole se heurte à la loi sur les monuments historiques

La ferme Aeberhard à Barberêche

Dans le petit village de Barberêche, une localité située dans le canton de Fribourg en Suisse (pour les français qui ne connaissent pas la Suisse, c’est la région du fameux fromage de Gruyère), une famille d’agriculteurs, les Aeberhard, est depuis longtemps persuadée que la transition énergétique est une nécessité. Elle fut ainsi parmi les premières à installer une centrale photovoltaïque sur son étable, un équipement de 1000 m² pour lequel elle a reçu le Prix solaire suisse en 2006, pour la qualité de son intégration paysagère. Mais la famille ne souhaitant pas s’arrêter là, elle a en projet depuis huit ans la construction d’une unité de méthanisation pour apporter une pierre supplémentaire à l’édifice de la transition énergétique. Mais termes d’édifices, il y a justement un château à côté de leur propriété dont la présence vient de battre en brèche ce nouveau projet par décision du Tribunal Fédéral.

Cet exemple alimente bien sûr le débat de l’acceptabilité sociétale des énergies renouvelables, mais pas seulement, puisque dans la cas présent, l’arbitrage « entre voisins » est purement administratif et s’est fait sur les critères stricts et rigides de la loi sur la protection visuelle des monuments historiques. En France, on connait également très bien ces mesures, qui sur le fond sont fort justifiées, mais qui dans la pratique manquent souvent d’une totale souplesse d’application et surtout de reconnaissance des spécificités locales ou conjoncturelles. Ainsi, les critères de distances sont parfois localement inutiles en raison de la configuration des lieux. Et plus généralement, le critère visuel est forcément toujours subjectif et correspond uniquement à des conventions. Et dans tous les cas, ces lois ne constituent en rien des mesures de protection de l’intégrité physique des ouvrages eux-mêmes.

L’objet de cette tribune, n’est bien entendu pas de remettre en cause le bien fondé de la protection visuelle du patrimoine architectural, loin de là, par contre la prise en compte des réalités locales et des nouvelles nécessités environnementales exigées aujourd’hui pour bâtir un monde encore vivable à la fin du siècle, devraient inviter de revoir les conditions d’application de ces règles.

Sur le projet de Barberêche, où une association entre patrimoine historique et solution à l’urgence climatique aurait fort bien pu être heureuse, de nombreuses personnalités politiques régionales ou scientifiques, tel l’explorateur Bertrand Piccard, ont pris position pour le projet au nom de la nouvelle politique énergétique à mener. Et un comité de soutien au projet s’est mis en place sur le site www.sosbiogaz.ch, où il est possible de voir les différents témoignages et d’y apporter le sien.

Frédéric Douard

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