Un atlas des séchoirs pour aider à accroître la qualité, l’efficacité et la compétitivité des bioénergies

Editorial du Bioénergie International n°73 de juin 2021

Séchoir de biomasse dans une unité de méthanisation en cogénération, photo Frédéric Douard

La pratique des producteurs de bioénergie est parfois paradoxale. Vous avez des centaines d’entreprises qui produisent des biocombustibles solides, bois de chauffage, granulé de bois, bûche compressée ou bois déchiqueté et qui ont ou auraient besoin de chaleur pour le séchage de leur matière première. Rappelons que l’abaissement du taux d’humidité de la biomasse est la condition, notamment pour le secteur du chauffage domestique, pour produire des combustibles de qualité qui apporteront satisfaction aux consommateurs et qui ne pollueront pas pour cette raison. Et à côté de ce besoin, vous avez des centaines de producteurs de bioélectricité qui rejettent une part importante de la chaleur cogénérée par leur processus de production électrique, en voie vapeur comme en moteur. Rappelons également que la production d’électricité par voie thermique produit d’abord et surtout de la chaleur qui représente de 50 à 75 % de l’énergie récupérable du processus. Il est donc fondamental, pour améliorer l’efficacité énergétique et climatique de ces productions, et par voie de conséquence leur efficacité économique, de valoriser cette chaleur par le chauffage de bâtiments, par la fourniture à des activités économiques ou par le séchage de biomasse.

La production d’énergie thermique de séchage, réalisée par combustion de biomasse, est déjà largement pratiquée dans l’industrie du bois pour le séchage du bois matériau, mais aussi pour le séchage de la matière première des granulés et des briquettes. Dans un futur proche, ce seront aussi les bioraffineries qui sécheront de la biomasse, agricole ou forestière, pour produire des biocarburants de seconde génération. Les secteurs, où le séchage par la biomasse reste embryonnaire, sont l’agriculture pour le séchage des céréales, du fourrage ou de bois-énergie, et les producteurs de bois de chauffage, qui dans leur immense majorité, ne pratiquent toujours qu’un séchage naturel de longue durée, économiquement pénalisant, ou ne pratiquent qu’un séchage sommaire.

Or ces besoins complémentaires doivent aujourd’hui se rencontrer. Les entrepreneurs producteurs et consommateurs de chaleur doivent rechercher leur pendant. Ceci doit également devenir un réflexe pour ceux qui accompagnent ces entreprises, conseillers techniques, bureaux d’études mais aussi financiers doivent poser cette question : ne manque-t’il pas dans votre projet un maillon fondamental de la chaîne de production ou de valorisation ?

Et même si aujourd’hui les contraintes réglementaires n’obligent pas les producteurs de bioélectricité à faire le mieux, il est de leur intérêt d’y réfléchir sérieusement. Car l’avenir des bioénergies dépend fondamentalement de son efficacité. La réussite de ces filières, indispensable dans la lutte contre le réchauffement climatique (je rappelle que plus de 60 % des énergies renouvelables qui permettront la transition énergétique sont et seront des bioénergies), tient bien sûr à leur efficacité sur le marché (efficacité technique et économique), mais aussi à la perception que l’opinion aura d’elles vis-à-vis de leurs performances environnementales.

Les énergies renouvelables, au fur et à mesure qu’elles pénètrent le marché, sont l’objet de critiques et d’oppositions rationnelles ou non. Face à cela, il est indispensable de répondre aux interrogations et d’afficher des pratiques exemplaires, et dans le cas des biocombustibles solides, de proposer des produits qui ne prêteront pas à la critique et qui trouveront l’adhésion des consommateurs, satisfaits de toutes leurs performances.

L’une des clés de cette double problématique est le séchage artificiel, une pratique qui permet de sécher très rapidement, un atout pour la trésorerie des entreprises productrices, qui permet de produire des combustibles qui ont conservé toutes leurs qualités énergétiques et techniques, et qui permet de valoriser la chaleur dite fatale si l’on parvient à mettre en relation les besoins.

Chaque producteur de bois-énergie, chaque producteur de bioélectricité, doit donc systématiquement rechercher l’autre face de son activité. Ils parviendront alors à une production plus intelligente et performante qui aura alors plus d’atouts pour pénétrer le marché et pour concourir massivement à la transition énergétique. Le nouvel atlas Bioénergie International des séchoirs biomasse, présenté pour la première fois dans ce n°73 de Bioénergie International, est là, tout comme nos atlas biogaz et cogénération, pour aider les producteurs de bois-énergie à trouver des sources de chaleur renouvelable. Nos atlas des producteurs de bois de chauffage, de granulés, de briquettes et de bois déchiquetés sont quant à eux là pour aider les producteurs de bioélectricité à trouver des débouchés pour leur chaleur. Utilisez ces outils au service de la filière !

Frédéric Douard

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