CEN 335 ­ Biocombustibles solides, l’avis des acteurs du marché

Cet article constitue un résumé d’une des activités du projet européen EUBIONET II, financé par le programme Intelligent Energy in Europe (Commission européenne) et par les pays partenaires. C’est le CRA-W (Centre wallon de Recherches agronomiques, Gembloux) qui est le partenaire belge de ce projet, coordonné par le VTT (Technical Research Centre of Finland).

EUBIONET II a collecté les réactions des principaux acteurs du marché dans le domaine des biocombustibles solides. Les 14 partenaires du projet les ont sélectionné et ont mené des interviews auprès d’eux. L’objectif était d’évaluer la fonctionnalité des spécifications techniques du CEN (Centre européen de Normalisation), plus particulièrement de la spécification technique CEN/TS 14961.

Le VTT, avec l’aide des partenaires du projet, a élaboré un canevas d’interview destiné à interroger les principaux acteurs du marché des biocombustibles solides en Europe. Les interviews ont été menées durant l’année 2006.

Sur un total de 47 réponses, on note la répartition suivante  : 16 producteurs, 12 fournisseurs (en vrac), 15 détaillants et 19 utilisateurs. Plusieurs sociétés peuvent assumer des rôles différents (par exemple: producteur et fournisseur de combustible). De même, certaines sociétés peuvent traiter plusieurs types de biocombustibles solides.

Les combustibles représentés sont, par ordre décroissant : pellets, plaquettes, écorces, sciures, briquettes , bûches, paille, autre (grain, pulpe
d’olive). A titre d’information, on notera que la quantité totale de biomasse commercialisée par les 47 sociétés interrogées représente 1,9 million de tep (tonne équivalent pétrole), ce qui correspondrait à environ 3% de l’utilisation totale de biomasse en Europe (20 pays).

Relativement peu de commentaires concernent les termes, définitions et classification des sources et de l’origine des biocombustibles solides (quatre types d’origine sont proposés : biomasse ligneuse, biomasse herbacée, biomasse « fruits», mélanges). On notera toutefois que les biocombustibles qui sont livrés directement en provenance de la forêt, de terres agricoles ou de chantiers de démolition (bois usagés) peuvent contenir des impuretés. Une définition de ces impuretés semble nécessaire à certains. Par ailleurs, quelques producteurs de pellets ont souligné que le terme « traitement chimique » devrait être plus clairement défini.

Il est important de souligner que les caractéristiques les plus significatives pour les biocombustibles solides sont le taux d’humidité, les dimensions (granulométrie) et le taux de cendres. Les autres caractéristiques sont, dans le cas des pellets par exemple, la teneur en soufre, la durabilité mécanique, la quantité de fines, la présence d’additif (et leur nature), la teneur en azote, le pouvoir calorifique, la densité en vrac, la teneur en chlore. Ces trois dernières caractéristiques sont indicatives, alors que toutes les autres sont normatives.

Pour chaque type de biocombustible et pour chaque caractéristique, différentes classes de valeurs sont définies. On remarquera que la détermination de la valeur de ces caractéristiques doit se faire selon un mode opératoire précis, régi par des normes.

Nous ne détaillerons pas ici l’analyse des caractéristiques qui sont passées en revue pour chaque catégorie de biocombustibles solides. La plupart des commentaires portent sur des limites de valeurs pour certaines propriétés. Il nous semble par contre intéressant de relater quelques commentaires plus généraux. Ainsi, certains pensent qu’il faudrait fournir des exemples lorsque l’on doit utiliser le système de classification pour des mélanges de biocombustibles.

D’autres considèrent qu’il y a trop de propriétés normatives. Dans le même ordre d’idée, il semble qu’il y ait trop de propriétés d’une manière générale, ce qui rendrait les normes inapplicables dans la pratique. Un trop grand nombre de propriétés dans une classification détaillée pourrait, selon certains, accroître la pression du prix sur les fournisseurs et détaillants conduisant finalement à répercuter cette hausse de prix auprès de l’utilisateur final. Un parallèle avec le PEFC (Pan-European Forest Certification) est évoqué : dans ce dernier cas, on souligne le fait que ce système existe déjà et est d’application en Europe, permettant de garantir l’origine du produit (traçabilité) et de certifier qu’il provient d’une forêt gérée de façon durable.

« 50% des personnes interviewées sont favorables à utiliser les normes du CEN lorsqu’elles entreront en vigueur »

Certaines compagnies, souhaitant recycler les cendres, voudraient que les métaux lourds soient repris dans les propriétés informatives.

Plusieurs pays européens ont déjà mis en place des normes nationales concernant les pellets (DIN 51731, DIN Plus, SS 187120, ÖNORM M 7135, par exemple). Plusieurs producteurs basent déjà le contrôle de leur production sur ces normes. On notera qu’environ 50% des personnes interviewées sont favorables à utiliser les normes du CEN
lorsqu’elles entreront en vigueur. Par contre, 13% indiquent qu’ils n’utiliseront pas ces normes parce qu’ils en utilisent d’autres et ont basé leur production sur les valeurs de ces dernières.

Pour les producteurs de biocombustibles solides qui fournissent leurs produits dans plusieurs pays, il est particulièrement intéressant de pouvoir utiliser une seule norme plutôt que de devoir appliquer des techniques de prélèvement et de mesures qui diffèrent d’un pays à l’autre en fonction des réglementations nationales.

Pour conclure, il importe de souligner l’importance des travaux du CEN, mais aussi des opérations de validation telle que celle réalisée dans le cadre du projet EUBIONET II. L’objectif ultime de ces démarches est de faire en sorte que les biocombustibles solides mis sur le marché répondent à des normes de qualité précises. Ainsi, l’utilisateur final sera-t-il certain d’utiliser un combustiblede qualité dans des appareils adéquats (répondant eux aussi à des normes). Cette démarche est indispensable si nous voulons développer de manière efficace le recours à des sources renouvelables d’énergie.

Le rapport complet (en anglais) peut être consulté sur le site : www.eubionet.net

Didier Marchal, ValBiom c/o Centre wallon de Recherches agronomiques Département Génie rural (Gembloux, Belgique)