L’accord de Paris à l’envers : le recours aux énergies fossiles croît de 2% par an

Les puits de pétrole tournent à plein, photo Samuel Douard

Pour respecter les objectifs de l’accord de Paris (trajectoire 1,5°C de réchauffement) et éviter une catastrophe climatique qui deviendrait permanente, tous les pays du Monde doivent réduire collectivement la consommation d’énergies fossiles de 6 % par an au cours de la prochaine décennie, mais ce cap n’est pas tenu du tout et bien au contraire le Monde se dirige plutôt globalement vers une augmentation de 2 % des énergies fossiles par an.

Le 2 décembre 2020 est publiée l’édition 2020 du rapport « The Production Gap », réalisé par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et d’autres grands centres de recherche comme l’Institut de l’Environnement de Stockholm, l’IISD et l’Overseas Development Institute Climate.

Le rapport constate en effet que la production mondiale d’énergies fossiles est loin d’être sur la bonne trajectoire. Les pays du monde sont en passe de produire 120 % de combustibles fossiles de plus que ce qui serait nécessaire pour s’aligner sur les objectifs de l’accord de Paris soit plus du double.

Comme de nombreux secteurs, le pétrole et le gaz ont été considérablement affectés par la crise Covid. Les estimations initiales témoignent d’une baisse de 7 % sur l’année de la production des énergies fossiles. Mais la baisse de la production risque de n’être que temporaire, à moins que les pays et les acteurs du secteur ne changent leurs habitudes.

Les producteurs d’énergies fossiles et les gouvernements sont confrontés à un choix crucial : soit ils optent pour une reprise verte, soit ils reviennent à la trajectoire d’avant la pandémie du COVID, favorable aux énergies fossiles, ce qui entraînerait un grave dérèglement du climat.

Principales conclusions du rapport

Pour s’aligner sur l’accord de Paris, la production de charbon, de pétrole et de gaz devrait diminuer respectivement de 11 %, 4 % et 3 % par an, alors que le rapport estime que la production de chaque produit de base va augmenter de 2 % chaque année jusqu’en 2030 si les tendances actuelles se poursuivent.

Les fonds de relance liés à la crise Covid ont été alloués de manière disproportionnée au développement des énergies fossiles, aux dépens des énergies propres. Au 14 octobre 2020, les gouvernements du G20 avaient engagé 206 milliards de dollars dans la production de combustibles fossiles et les activités connexes, contre seulement 136 milliards de dollars pour les énergies propres.

Les plans de relance ont généralement fait écho aux positions des gouvernements qui étaient déjà en place avant la pandémie. Les gouvernements qui utilisent beaucoup de combustibles fossiles ont augmenté leur soutien à la production du pétrole et du gaz, tandis que les économies plus vertes ont vu une occasion de poursuivre les réformes.

>> Télécharger ici le rapport, en anglais

Frédéric Douard