Un four performant pour l’élaboration du sucre de palme au Cambodge

Le GERES mène depuis 1997 au Cambodge un programme innovant sur la problématique biomasse-énergie en étroite collaboration avec le Ministère de l’Energie.

Le premier succès a été une large diffusion d’un modèle de foyer de cuisson domestique qui a notamment permis la vente d’un million de tonnes de crédits carbone sur le marché volontaire du mécanisme de développement propre. En parallèle avec les efforts de gestion durable de la biomasse (production de charbon par les communautés forestières, plantations énergétiques, valorisation de déchets combustibles), le GERES Cambodge s’est engagé dans la mise au point d’équipements bois-énergie à haute performance et à faible coût. Appuyé par le réseau de compétence de Planète Bois (laboratoire dédiée aux équipements performants pour les pays du Sud, écoles d’ingénieurs, licence professionnelle STER, réseau de professionnels,..), la première étape a été de prouver l’intérêt de transférer un savoir-faire technologique de combustion bois récent en Europe, la technologie CLIP (Combustion Latérale Inversée Performante). Cette technologie est garante d’une qualité optimale de combustion du bois (absence d’imbrûlés, faible taux de monoxyde de carbone, très haut rendement de combustion) et a été mise au point suite aux normes imposées sur la nature des émissions des équipements de chauffage.
La principale difficulté étant donc de la produire localement à coût faible et que les utilisateurs potentiels en voient l’intérêt pour en assurer une large diffusion. Cette étape a été franchie, cet article en rend compte.

Contexte socio-économique
La production de sucre de palme est une activité traditionnelle en milieu rural au Cambodge. Elle consiste à collecter le jus au sommet des palmiers à sucre, le faire bouillir pour évaporer 85% de l’eau contenue dans le jus. Cette production est fortement menacée par un approvisionnement de plus en plus difficile en biomasse-énergie, et une qualité de produit fini irrégulière (fermentation du jus avant ébullition, présence de goût de fumée, caramélisation lors de la phase finale).
Il est estimé que 20 000 familles cambodgiennes produisent du sucre de palme dans tout le Cambodge ; leurs revenus sont parmi les plus faibles. Le sucre de palme est l’une des rares activités monétarisées accessibles aux familles d’agriculteurs. De plus, elle s’adapte parfaitement au calendrier de la culture du riz, ces deux activités se succédant dans le temps sans aucune interférence.

La conception
Outre la spécificité du brûleur CLIP, il a fallu répondre aux exigences du contexte d’utilisation :

  • une zone d’échange thermique réduite pour éviter toute caramélisation avec la nécessité d’utiliser le modèle de wok existant (éviter toute surchauffe des zones faiblement recouvertes en fin d’évaporation).
  • une production familiale de sucre limitant les volumes et les temps de cuisson.

Ces deux contraintes vont bien sûr à l’encontre de la performance énergétique recherchée ; elles devront être dépassées lors de la prochaine étape, une fois l’adhésion obtenue des producteurs de sucre de palme à cette technologie de cuisson. Ce four dénommé au Cambodge « Vattanak » est composé de 5 parties principales :

  • La chambre de pyrolyse où se déroulent successivement le séchage du combustible (à partir de 100°C), la pyrolyse et la gazéification du bois (à partir de 250°C) et enfin la combustion lente du carbone solide (lit de braise) grâce à l’air primaire
  • La tuyère dans laquelle les gaz issus de la chambre de pyrolyse sont accélérés et mélangés de manière turbulente avec l’oxygène (air secondaire).
  • La chambre de combustion qui permet l’oxydation complète des gaz
  • L’échangeur, qui après une combustion la plus complète possible des gaz, assure l’échange thermique avec la partie basse du wok.
  • Le conduit de fumée isolé et suffisamment haut pour créer le tirage nécessaire au fonctionnement du four (3,5 mètres de haut)

Ce four a deux phases de fonctionnement. La première consiste à préchauffer les parties internes du four. Pendant cette phase, environ 20 min, un petit feu est entretenu avec seulement l’entrée d’air primaire ouverte. Une fois préchauffé, le four peut passer en fonctionnement combustion optimisée; l’air primaire est réduit et l’air secondaire est injecté. Ce changement de phase de fonctionnement se fait très simplement à l’aide de couvercles spécifiques. L’entrée d’air secondaire peut être soit totalement fermée (phase de préchauffage) soit totalement ouverte (phase combustion optimisée). L’entrée d’air primaire peut être soit totalement ouverte (phase de préchauffage) soit partiellement ouverte (phase combustion optimisée). Son ouverture conditionne la puissance requise.

Une production standardisée
Le four Vattanak est composé de pièces céramiques préfabriquées. Ce système de production présente d’importants avantages:

  • Un bon dimensionnement des 4 chambres composant le four (standardisation)
  • Une résistance élevée aux chocs thermiques
  • Un travail de maçonnerie minimal pour la construction du four (facilité de diffusion)
  • Il permet le transfert technologique total grâce aux savoir-faire traditionnels en poterie
  • Il permet une mise en place plus aisée d’activités commerciales de production et diffusion.

Le mélange utilisé pour produire ces pièces céramiques est composé d’argile réfractaire et d’argile sableuse. Une unité de production pilote a été implantée en Décembre 2006 et permet la production de 6 équipements par mois. En assemblant ce kit et en ajoutant un enduit extérieur, nous obtenons un équipement standard.

L’enduit traditionnel (argile, argile sableuse et paille de riz) est parfaitement adapté. Le coût de production de ce four est de US$ 50 et le prix marché estimé à US$ 70. Le premier objectif de transférer une technologie de pointe à faible coût est déjà atteint.

Les résultat obtenus
Il s’agissait d’avoir un équipement plus économe, permettant d’atteindre une meilleure qualité de production, avec un intérêt notable des utilisateurs.

  • Satisfaction des utilisateurs : les fumées sont extraites par la cheminée, l’utilisateur n’est plus exposé à sa toxicité. L’isolation du four apporte un meilleur confort de travail qui reste à température ambiante. Une fois le bois chargé dans la chambre de pyrolyse, sa combustion est stable, ne nécessite aucune intervention de l’utilisateur. Celui-ci n’aura qu’à charger le bois seulement que toutes les 30 minutes. Les premiers utilisateurs ont définitivement adopté le nouveau four.
  • Un sucre de qualité supérieure : grâce à l’absence de fumées, une ébullition stable et centralisée, le produit fini est de meilleure qualité que le produit traditionnel car il a préservé tous ses arômes naturels avec une couleur claire reconnue par les acheteurs comme de qualité supérieure.
  • Les rendements : le four, d’une puissance de 30 kW, a été validé par des producteurs de sucre de palme pendant la phase de test terrain de Décembre 2006 à Juin 2007. Le four « Vattanak » économise autour de 35% de bois soit 4 tonnes de bois par an ou encore 6,6 tonnes de Co2 non émis par an.

La prochaine étape sera double :

  • Valider la stratégie commerciale du four “Vattanak”familial. GERES Cambodge va accompagner une phase de commercialisation pilote dans un secteur géographique où la production du sucre de palme est traditionnelle. L’objectif est d’amener au plus tôt l’unité de production à une autonomie financière grâce aux ventes du four. A l’heure actuelle, l’unité de production serait autonome avec un chiffre d’affaire de 2200 euros soit 55 fours vendus. Le kit de construction Vattanak sera commercialisé par un réseau d’intermédiaires locaux. Ceux-ci commercialiseront le four selon les conditions générales de distribution établies par GERES Cambodge afin d’obtenir une qualité de four homogène, une tarification équitable.
  • Associer une gestion durable de l’approvisionnement en bois. Outre l’innovation technologique pour la production de sucre de palme de qualité, GERES Cambodge veut valider une innovation éthique et environnementale dans sa commercialisation. Il s’agit d’un concept de « Sister Company » qui garantit un prix d’achat attractif avec les producteurs s’engageant à produire une quantité régulière de sucre de qualité. Les bénéfices générés serviront à viabiliser le système de distribution commerciale, le contrôle qualité de la production et mettre sur pied une gestion durable de la ressource en bois-énergie.

Auteurs :

  • Sylvain Min Kim, sylvainminkim@yahoo.fr, Chargé du programme de diffusion des fours CLIP au Cambodge depuis Novembre 2005.
  • Jean-François Rozis, rozisjf@club-internet.fr, Co-fondateur de Planète Bois, consultant indépendant spécialisé dans le transfert de technologie vers les Pays du Sud, en charge de la coordination des activités de Geres Cambodge depuis 1997.

Retrouver cette fiche en pdf en cliquant sur ce lien.

Contact : GERES CAMBODGE

Frédéric DOUARD

Frédéric DOUARD : rédacteur en chef du magazine Bioénergie International, animateur du Portail francophone des bioénergies. Pour me contacter : fdouard arobase bioenergie-promotion.fr

Vous aimerez aussi...