Le bois-énergie, gage de plus de biodiversité pour la forêt suisse

Une sylviculture diversifiée crée de la lumière et des espaces propices à de nombreuses espèces, photo Christoph Rutchmann

Chaque année, la Suisse accorde des subventions de l’ordre de 40 milliards de francs, qui portent préjudice à la biodiversité. Elles compromettent ou détruisent les habitats d’un grand nombre d’espèces animales et végétales. Les secteurs du trafic routier, du développement urbain, de la production d’énergie et de l’agriculture intensive sont les principaux bénéficiaires de subventions dommageables à la biodiversité. Même la sylviculture en est touchée. Or, la production de bois-énergie peut apporter une lueur d’espoir, pourvu qu’elle se conforme à quelques principes essentiels.

Depuis des décennies, la biodiversité ne cesse de décliner à un rythme inquiétant en Suisse. La diversité d’espèces végétales et animales ainsi que des paysages et habitats s’appauvrit. Plus d’un tiers des espèces étudiées et près de la moitié de tous les types de milieux naturels sont aujourd’hui en péril, ce qui est surtout attribuable à l’exploitation intensive des sols. Certes, voici déjà presque 30 ans que la Suisse a ratifié la Convention internationale sur la biodiversité et s’est engagée, au travers de sa Stratégie Biodiversité Suisse, à abolir, à rediriger ou à réformer les subventions dommageables à la biodiversité. Pour ce faire, elle a défini un ensemble de mesures visant à encourager la diversité des espèces, dans lequel elle investit entre 1 et 1,3 milliard de francs chaque année. En parallèle, elle verse pourtant environ 40 milliards de francs par an dans des subventions dommageables à l’environnement. Cet énoncé explosif n’est pas extrait d’une circulaire quelconque, mais d’une étude récente publiée par l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL, en coopération avec le Forum Biodiversité Suisse de l’Académie suisse des sciences naturelles SCNAT. La publication énumère en détail 162 faits différents qu’elle catégorise par secteurs et en fonction de la gravité de l’impact sur la biodiversité.

Le fait que les secteurs du transport, de l’agriculture et de l’urbanisme soient les bénéficiaires majeurs de subventions dommageables à la biodiversité ne surprend guère. Ils se taillent la part du lion de la somme totale des subventions examinées et ont un impact particulièrement négatif sur toute la surface. Par contre, le fait que la sylviculture bénéficie de subventions qui sont du moins partiellement dommageables à la biodiversité peut paraître étonnant à première vue, la forêt ayant la réputation d’être un sanctuaire de la durabilité et de la biodiversité. Le potentiel de conflit dans la sylviculture est certes faible par rapport au volume total des subventions étudiées. Néanmoins, dans l’intérêt d’une préservation à long terme de la biodiversité dans nos forêts, il s’agit d’employer les moyens alloués avec un maximum d’efficacité. A titre d’exemple de mesures qui peuvent entraîner un appauvrissement de la biodiversité en forêt, citons certaines qui sont inscrites au programme RPT d’exploitation forestière (RPT signifie «péréquation financière et de la répartition des tâches entre la Confédération et les cantons»). Le programme d’exploitation forestière vise à promouvoir la performance économique de la sylviculture, par exemple en cherchant à augmenter les volumes de récolte ou à réduire la période de rotation. Ces mesures ont souvent un impact négatif sur la biodiversité. L’aide au financement des routes de desserte représente un autre exemple de ces subventions. Ces routes permettent une sylviculture plus intensive dans les régions éloignées et peuvent favoriser l’émergence d’une résistance contre la création de zones réservées. Suite à une circulation plus forte de véhicules et de piétons, elles favorisent en outre la propagation d’espèces invasives exogènes qui évincent les espèces indigènes. Autre domaine pouvant affecter la biodiversité: les garanties de déficit que les communes proposent aux exploitations forestières. En effet, elles peuvent intensifier l’exploitation forestière et renforcer la concentration sur une production de grumes uniquement.

Mettre l’accent sur le bois-énergie soutient la biodiversité

Par bonheur, il existe de bons exemples d’une utilisation possible des subventions citées, qui profite à la biodiversité. Un grand potentiel nous est offert par la forêt. Dans le but de renforcer la création et la préservation d’habitats forestiers divers peuplés par beaucoup d’espèces, de nombreuses exploitations forestières ont d’ores et déjà cessé de se concentrer sur la production de grumes à partir de quelques essences particulièrement productives seulement. Parmi ces habitats figurent les forêts claires dont les sous-bois abritent une riche faune et flore, ainsi que les îlots de vieux bois laissés intacts, dont les vieux arbres ou le bois mort offrent un habitat idéal pour un grand nombre d’espèces. Le changement climatique qui menace les essences indigènes telles que le hêtre, l’épicéa et le sapin blanc accentue encore la nécessité de changer de perspective et d’agir. Seules les forêts riches en espèces, possédant une plus grande proportion de feuillus tels que le chêne, le tilleul, le cerisier et l’érable, sont susceptibles de mieux s’adapter aux nouvelles conditions. L’ajout d’essences peu répandues au nord des Alpes, telles que le châtaignier ou le robinier, voire d’espèces exotiques comme le tulipier, mérite également d’être exploré. Les exploitations forestières qui développent leurs peuplements dans ce sens feront partie des gagnants à l’avenir. La transformation en forêts stables qui résistent mieux à la chaleur et à la sécheresse coûte beaucoup de temps et de moyens financiers, car les espèces mentionnées doivent souvent être plantées, protégées et entretenues avec grand soin. Leur exploitation se fera dans une optique de protection de la biodiversité et constituera un travail herculéen pour les décennies à venir. C’est précisément cette transformation qui offre une bonne opportunité à l’exploitation énergétique du bois.

L’utilisation à des fins énergétiques ne pose que des exigences faibles en matière de qualité des grumes et d’essence. Quant au prix du bois-énergie, il reste intéressant à condition d’avoir un bas coût de récolte, surtout en vue de la nécessité de transformer tout notre approvisionnement énergétique pour atteindre un bilan carbone neutre, voire négatif.

Redirigeons maintenant les subventions dommageables à la biodiversité !

Il convient donc d’exiger qu’à l’avenir, l’octroi de subventions soit davantage rattaché à des critères définissant leur impact sur la biodiversité. Plutôt que de réduire, il nous faut augmenter les subventions accordées à des forêts qui sont à l’épreuve du temps. Pour cela, il n’est pas nécessaire d’accroître la somme totale des subventions, mais de rediriger celles qui sont particulièrement dommageables, au bénéfice de mesures servant à protéger la biodiversité. Cela ne signifie pas que nos forêts seront mal desservies ou que les exploitations forestières ne pourront plus profiter de garanties contre le déficit. Au contraire, cela nous permettra d’accorder une somme totale plus élevée à la gestion forestière et de lui donner la possibilité de transformer activement nos forêts, afin qu’elles puissent mieux résister aux événements climatiques extrêmes, de plus en plus fréquents.

Une autre mesure très efficace consiste à encourager financièrement les chauffages au bois. En effet, une fois installé, un système génère une demande en bois-énergie durant plusieurs décennies. Une utilisation équilibrée des ressources pour des mesures profitant à la gestion forestière – côté offre – et aux chauffages au bois – côté demande – peut apporter une contribution significative à la biodiversité de nos forêts et en même temps à l’atteinte des objectifs de la politique climatique.

Actuellement, les subventions mises à disposition à cet effet sont insuffisantes, tandis que les moyens accordés aux activités impactant la biodiversité sont toujours trop élevés. Il est urgent d’équilibrer la situation dans l’intérêt de la préservation et de l’encouragement de la biodiversité. Réduire de 10% seulement les subventions dommageables à la biodiversité et rediriger les fonds libérés permettrait de multiplier par trois les subventions en faveur de la biodiversité par rapport à l’état actuel.

Christoph Rutchmann, Energie Bois Suisse – www.energie-bois.ch

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