Le Gouvernement français prépare l’assassinat de la filière gaz vert agricole au profit des sites industriels

Les mots sont forts, mais ils correspondent à la situation que s’apprête à vivre la filière méthanisation agricole, et plus particulièrement les agriculteurs qui produisent et injectent dans le réseau public du biométhane issu de la biomasse agricole. Ces mots sont ceux de l’Association des Agriculteurs Méthaniseurs de France qui fédère la majorité des sites agricoles en France.

Aujourd’hui, la filière française de la méthanisation agricole est dynamique ! 90% des installations de méthanisation en injection sont agricoles. Plus de 1000 projets sont en cours de développement, en très grande majorité agricole. Les objectifs gouvernementaux affichés en 2015 de 1000 méthaniseurs à l’horizon 2020 vont être dépassés.

« La France de 2030 devra être plus verte, plus respectueuse du climat. C’est pourquoi France Relance vise à accélérer la conversion écologique de notre économie. […] La transformation de nos exploitations agricoles vers le bio et la qualité, l’investissement dans les énergies de demain […] sont à l’ordre du jour », annonçait Emmanuel Macron, Président de la République, lors de la présentation du plan « France Relance ».

Lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique, valorisation des déchets, contribution à la résilience du tissu agricole, décarbonation du secteur énergétique, création d’emplois…, la filière biogaz agricole présente des atouts indéniables pour contribuer à la transition écologique.

MAIS… il y a loin de la parole aux actes !

Le Ministère de la Transition Écologique s’apprête à publier un nouveau cadre tarifaire pour le rachat de gaz vert injecté dans le réseau gaz et issu de la méthanisation. Selon l’AAMF, ce projet de tarif va entraîner un arrêt brutal de la dynamique de projets dans le secteur agricole faisant la part belle aux projets industriels car la baisse de tarif proposé est beaucoup plus pénalisante pour les projets agricoles que ceux industriels. Le nouveau mécanisme d’accès au tarif défavorise fortement les sites agricoles de petite et moyenne taille.

Le Ministère de l’Agriculture a mis en consultation publique un projet de cahier des charges concernant le retour aux champs du digestat autorisant les sites industriels à le commercialiser en dehors du cadre réglementaire sécurisant du plan d’épandage.

Ces deux projets ont été proposés sans concertation avec les organisations représentatives agricoles qui sont exclues des organes consultatifs tel que le Conseil Supérieur de l’Énergie.

« Nous sommes farouchement opposée à ces deux projets d’arrêtés dans leur rédaction actuelle. Nous demandons l’annulation des deux textes, le report de la réunion du Conseil Supérieur de l’Energie du 15 septembre 2020 et la mise en place d’une véritable concertation avec les organisations agricoles représentatives. Les agriculteurs n’ont pas vocation à devenir les faire-valoir de la méthanisation industrielle en fournissant à bas prix la matière première à méthaniser, et en devenant des prêteurs de terre pour la valorisation de leurs digestats. Nous en appelons à l’arbitrage du Premier Ministre. Dans ce moment de profonde crise économique la mise à mal de la filière gaz vert agricole est un non-sens », conclue Francis Claudepierre, président de l’Association des Agriculteurs Méthaniseurs de France.

Frédéric Douard

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