Métha’Revenus : les effets d’une unité de méthanisation sur les revenus de l’agriculteur

Chargement de la trémie du méthaniseur chez Méthathouet dans le Maine-et-Loire, photo Frédéric Douard

Le rapport scientifique Métha’Revenus (Déterminants et mesure des revenus agricoles de la méthanisation et positionnement des agriculteurs dans la chaîne de valeur biomasse-énergie), réalisé pour le ministère français de l’Agriculture et de l’Alimentation, analyse les transformations de la filière « méthanisation agricole » et les revenus que peuvent en tirer les agriculteurs.

Selon ses auteurs, Pascal Grouiez (coordinateur, LADYSS), Alexandre Berthe (LiRIS), Mathilde Fautras (LADYSS) et Sabina Issehnane (LIED), les récentes crises économiques, sociales et environnementales ont renforcé les tensions sur l’accès aux ressources (naturelles et financières) et sur les conditions de travail dans le milieu agricole. Divers travaux s’attachent à rendre compte des formes émergentes d’organisations qui apportent des réponses à ces fractures. L’engagement des entreprises dans une stratégie de développement durable et d’économie circulaire – à l’image de la méthanisation dans l’agriculture – apparaît comme l’une des réponses possibles et implique de mobiliser à la fois une pluralité de modèles économiques d’entreprises et de saisir les opportunités offertes par les changements institutionnels et technologiques.

La question des risques de fluctuation du revenu des agriculteurs est devenue un sujet d’importance du fait de la volatilité des prix des matières premières sur les marchés mondiaux, de la dérégulation de la production à l’échelle européenne (par exemple, fin des quotas laitiers), des risques climatiques, etc. Face à ces risques, les agriculteurs développent des stratégies pour stabiliser, autant que faire se peut, leurs revenus. Ces dernières prennent notamment la forme d’un repositionnement le long de la chaîne de valeur (Gereffi et al., 2005, voir partie 1 du présent rapport). Ce repositionnement peut s’appuyer sur une logique de circuits courts, d’appellations d’origine contrôlée ou sur une redéfinition de l’activité de l’exploitation pour réaliser des économies d’intrants (Devienne et al., 2016) et des gains de productivité du travail. Ces choix révèlent l’importance des ajustements structurels dans la stabilisation des revenus des agriculteurs. Une autre stratégie, également de nature structurelle, consiste à assurer la stabilité des revenus du foyer par la diversification des activités et le développement d’activités non agricoles : le travail à l’extérieur du conjoint, l’agrotourisme ou encore le développement d’activités nouvelles à partir des produits et des déchets de l’agriculture (la bioéconomie dont fait partie la méthanisation). Le développement d’activités non agricoles influence généralement l’activité agricole et s’accompagne parfois d’une restructuration de l’exploitation (par exemple, automatisation de la traite pour pallier la baisse du temps de travail du conjoint sur l’exploitation).

Le présent rapport contribue à l’identification des conditions de la stabilisation du revenu des agriculteurs en étudiant les effets de l’investissement des agriculteurs dans des unités de méthanisation (UM). La sous-chaîne globale de valeur « méthanisation » a connu une spectaculaire croissance en France au cours de ces dernières années. Après les premières unités développées au début des années deux mille, le territoire français comportait plus de 400 UM (dont 267 UM agricoles) en 2016 et il compte plus de 500 UM agricoles aujourd’hui (ADEME, 2017, 2019).

>> Télécharger l’étude Métharevenus

Frédéric Douard