Transition énergétique, la biomasse doit être remise au premier plan en France

La chaufferie bois et l’unité de méthanisation du Gaec des Friches à Saint-Nicolas-du-Tertre dans le Morbihan, photo Frédéric Douard

La réhabilitation thermique des logements, l’électricité éolienne et photovoltaïque, systématiquement mises en avant, n’épuisent pas la question de la transition énergétique. Ainsi la biomasse, le bois-énergie en particulier et la méthanisation des déchets organiques, est la grande absente du débat public et étrangement ignorée par les O.N.G et les grands médias. Le bois-énergie est pourtant la première des énergies renouvelables de France !

Cliquer sur le diagramme pour l’agrandir.

Ses potentialités demeurent très importantes. Rappelons que les forêts hexagonales sont globalement sous-exploitées : les bois d’oeuvre et d’industrie et les combustibles bois ne consomment actuellement qu’un peu plus de la moitié de l’accroissement biologique annuel. C’est l’ensemble de la filière forêt-bois qui doit être dynamisée dans le plan de relance post-covid afin que tous les atouts du bois (matériaux et combustible) puissent être valorisés aux bénéfices des territoires et des acteurs locaux.

Cliquer sur le diagramme pour l’agrandir.

Les organisations professionnelles de la filière ne comprennent pas cette situation paradoxale alors même que les atouts de la chaleur renouvelable et du bois-énergie en particulier sont bien documentés et de longue date !

Dans la période de crise que nous connaissons, il faut réaffirmer que la filière bois-énergie est non seulement une ressource renouvelable, neutre en terme d’émission de gaz carbonique, mais également qu’elle s’inscrit dans un aménagement vertueux du territoire via la création d’activités économiques et d’emplois non délocalisables.

Si on vise à la fois transition et indépendance énergétiques, on ne peut que constater que le chauffage collectif et industriel au bois répond à cette double préoccupation. A quoi s’ajoute une mise en oeuvre décentralisée et démocratique, sous l’égide des collectivités territoriales et des acteurs économiques de proximité (PME du bâtiment, chauffagistes, entreprises de travaux forestiers…).

Ces solutions, nonobstant leurs nombreux avantages, se heurtent actuellement, après la crise des gilets jaunes et celle du Covid-19, à deux obstacles majeurs :

  • Défaut de compétitivité, face au prix effondré des combustibles fossiles (gaz naturel et fioul domestique) et au gel de la taxe carbone ;
  • Poids élevé des investissements à la charge des collectivités et autres maîtres d’ouvrage publics ou privés ou de leurs opérateurs qui supposent des financements importants. Certes le Fonds Chaleur, abondé par des subventions régionales (y compris FEDER) accompagne ces projets et la TVA à taux réduit (pour les réseaux de chaleur) abaissent le prix de revient du mégawatt heure livré aux usagers. Mais la mobilisation des subventions et des prêts bancaires de longue durée est trop complexe et incertaine pour permettre la multiplication des projets et le raccourcissement des délais.

Les pouvoirs publics qui affichent des objectifs ambitieux en matière de montée en puissance des énergies thermiques et notamment des réseaux de chaleur (PPE) doivent prendre la mesure de ces handicaps en :

  • Réaffirmant que les filières renouvelables thermiques constituent des priorités de la transition énergétique, à court et moyen terme,
  • Arrêtant tous systèmes de soutiens aux énergies fossiles (y compris le CEE pour les chaudières gaz à condensation),
  • Remettant en place une taxation du carbone, pour renchérir le prix des énergies fossiles beaucoup trop bas, tout en prévoyant des compensations pour les plus faibles (ménages des trois déciles inférieurs et de la ruralité et petites entreprises fortement consommatrices d’énergie) : voir ci-dessous l’impact de la taxe carbone sur le développement de la chaleur renouvelable en Suède depuis 1992,
  • Simplifiant le processus de mise en oeuvre des projets, sous l’égide d’opérateurs régionaux, agrégateurs des financements publics et privés, qui seraient l’interlocuteur (guichet unique) des collectivités territoriales et des acteurs du marché, une fois les projets instruits et validés par l’ADEME.

Cliquer sur le diagramme pour l’agrandir.

Serge DEFAYE, Président d’honneur du CIBE – Comité Interprofessionnel du Bois Energie – Debat / Best Energies