L’Observatoire Sia Partners 2020 du biomethane en France est en ligne

En France en 2019, avec 47 nouveaux sites en service et 1134 projets (25 TWh/an) déclarés, la dynamique de la filière biométhane se maintient malgré l’évolution du contexte réglementaire lié à la nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Energie. Dans cette nouvelle édition Sia Partners propose un état des lieux complet de la filière biométhane en France ainsi que de premiers éléments sur l’impact de la crise Covid-19.

Une filière de production dynamique, qui entre dans sa phase d’industrialisation

Le nombre d’unités installées connait une forte croissance depuis la mise en place des tarifs d’achat en 2011. Cette tendance se poursuit en 2019 avec 47 nouveaux sites d’injection, qui représentent une augmentation de 62 % par rapport à 2018 et font de la filière française la plus dynamique d’Europe.

139 unités étaient en service à fin mars 2020, totalisant une capacité d’injection de 2,5 TWh/an. Le parc est essentiellement composé d’installations agricoles autonomes de relativement faible capacité injectant sur les réseaux de distribution, et 49% des unités sont concentrées sur les régions Grand Est, Hauts-de-France, Bretagne et Nouvelle-Aquitaine.

Si le parc des installations en fonctionnement croit régulièrement, le nombre de projets ayant réservé des capacités d’injection a connu une véritable explosion ces dernières années : à l‘issue du premier trimestre 2020, 1134 projets déclarés totalisent plus de 25 TWh/an de capacités d’injection.

On observe cependant une légère diminution du nombre de nouveaux projets déclarés depuis mi-2019, qui pourrait être le premier signe d’un ralentissement de la filière face à un contexte réglementaire incertain. Le stock de projets en cours assure néanmoins une vague importante d’installations qui entreront en service au cours des prochaines années et qui devrait être suffisante pour atteindre les objectifs fixés par les pouvoirs publics dans la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie.

Une demande qui progresse, mais qui reste assez fragile

Du côté de la demande, le parc de véhicules roulant au Gaz Naturel Carburant (GNC) et le nombre de stations-services distribuant du bioGNC continuent d’augmenter, mais ce sont désormais les usages combustibles qui représentent la majeure partie du marché des Garanties d’Origine Biométhane, valorisées dans des offres de gaz vert pour le secteur résidentiel-tertiaire.

L’année 2019 a été marquée par une forte augmentation du stock de Garanties d’Origines non utilisées, reflétant une offre excédentaire qui pourra éventuellement être utilisée en 2020/2021 si la demande suit la même progression. La fin de l’exonération de la TICGN (Taxe Intérieur de Consommation sur le Gaz Naturel) pour les consommateurs de biométhane ainsi que la mise en oeuvre dès novembre 2020 des enchères sur les Garanties d’Origines participent à l’incertitude entourant la demande future en biométhane.

La nouvelle PPE fixe des objectifs en deçà des ambitions de la filière mais revoit à la hausse l’enveloppe de soutien allouée à la filière

La nouvelle PPE, publiée le 23 avril 2020, revoit à la baisse, comme attendu, les ambitions de développement de la filière biométhane. Les pouvoirs publics fixent une cible de 6 TWh en 2023 (contre 8 TWh dans l’ancienne PPE) et une fourchette 14 à 22 TWh injectés en 2028. Les tarifs d’achat vont évoluer en faveur d’un système d’appels d’offres avec un prix d’achat cible de 75 €/MWh en 2023 puis 60 €/MWh en 2028. Des précisions sur les modalités pratiques de ces appels d’offres et de l’évolution des tarifs d’achats sont attendues dans les prochains mois.

Ces objectifs, déterminés dans une perspective selon laquelle les gaz renouvelables pèseront 7% à 10% de la consommation finale de gaz en 2030, sont inférieurs aux ambitions de la filière.

Toutefois, le nouveau texte réhausse l’enveloppe de soutien à 9,7 Md€ sur la période 2019 – 2028 (contre 7,9 Md€ dans le projet de PPE initial début 2019).

Ces aides publiques soutiennent la filière biométhane qui présente des atouts indéniables. Sur le plan énergétique, elle participe pleinement à l’atteinte de l’objectif national de neutralité carbone à l’horizon 2050, réaffirmé dans la nouvelle version de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), en tant que levier de décarbonation efficace du mix gazier et des transports.

Grâce à ses externalités positives, la filière biométhane participe également au soutien actif du modèle agricole français : développement de boucles locales pour les approvisionnements en intrants dans une logique d’économie circulaire, amélioration des pratiques de gestion des déchets, digitalisation des flux et mise en place de marketplaces dédiées, réduction du recours aux engrais chimiques grâce à la valorisation des digestats, etc. Avec des tarifs d’achat favorables pour les installations agricoles, le modèle de biométhane français assure un complément de revenu stable sur 15 ans aux agriculteurs qui se lancent dans un projet de méthanisation.

La crise liée au Covid-19 va impacter la filière, mais les conséquences sont encore difficiles à mesurer

Dans le contexte de crise sanitaire actuelle, la continuité des opérations liées au biométhane est maintenue sur les 139 installations qui injectent dans les réseaux. Un record historique a même été atteint en mars 2020, avec, pour la première fois plus de 160 GWh injectés dans les réseaux de gaz sur une période d’un mois.

En revanche, des retards peuvent être anticipés dans le déploiement des projets actuellement en étude ou en construction : mise à l’arrêt des chantiers, ralentissement des études et des démarches administratives, difficultés de financement, etc. Cela implique probablement un ralentissement de la croissance de cette filière en plein essor (supérieure à 60 % ces trois dernières années) pour 2020.

Des mesures spécifiques sont à l’étude pour limiter les impacts de la crise liée au Covid-19 sur le développement de la filière. Parmi les pistes envisagées, la ministre Élisabeth Borne a évoqué les possibilités suivantes à l’occasion d’un communiqué de presse le 2 avril 2020 :

  • Des délais additionnels octroyés pour la mise en service des installations de production de biogaz qui sont en chantier afin de ne pas pénaliser les projets ayant pris du retard du fait de la crise sanitaire ;
  • Une suspension temporaire du contrat d’achat de biogaz pour les installations de production rencontrant des difficultés de fonctionnement, pour diverses raisons, comme le manque d’intrants.

Les fédérations travaillent désormais avec la DGEC pour préciser les modalités d’application de ces annonces. La situation permet toutefois de mettre en lumière la criticité des ressources énergétiques et l’intérêt que représente une source locale et renouvelable comme le biométhane dans ce contexte de crise.

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Contact : Charlotte De Lorgeril – charlotte.delorgeril@sia-partners.com / +33 624 731 834

Frédéric Douard