Fribourg : grâce aux micro-algues, les STEP produiront du biocarburant

L’Ecole d’ingénieurs ouvre ses portes pour présenter les travaux de ses étudiants. Parmi eux, un projet de valorisation des eaux usées en biocarburant. Les essais en laboratoire montrent que les algues prospèrent dans les eaux usées, tout en absorbant une partie des éléments polluants.

Photo David Hasler

Oil of Fribourg, tel est le titre du mémoire de bachelor présenté par David Hasler. Cet étudiant de l’Ecole d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg (EIA), sous la houlette du professeur Olivier Zürcher, s’est penché sur une méthode permettant d’obtenir du biocarburant par le développement d’une biomasse dans une station d’épuration (STEP). Son travail, comme celui de ses camarades (122 projets au total), est à découvrir cette fin de semaine à l’occasion des portes ouvertes de l’école.

«On est parti d’un constat connu et inquiétant : les ressources en pétrole baissent et ne sont pas inépuisables, explique Olivier Zürcher, docteur EPFL en mécanique et enseignant en thermodynamique à l’EIA. On s’est alors demandé ce qu’on pouvait faire.» Et de conclure que la production de carburant se révélait être une bonne idée, puisque cela permet de stocker de l’énergie de manière dense.

Le professeur a proposé à son élève de se pencher sur le moyen de créer de la biomasse, en se focalisant sur les aspects d’une production industrielle. En clair, l’idée est de traiter les eaux usées arrivant dans les stations d’épuration (STEP) par un système basé sur des micro-algues indigènes.

Deux en un

«Le concept de culture algale pour produire du biocarburant ou pour nettoyer les eaux usées n’est pas nouveau, il avait été largement étudié aux Etats-Unis dans les années 1970 et 1990, commente Olivier Zürcher. Mais, jusqu’ici, les recherches étaient menées dans un des deux buts, alors que là, on y essaie d’atteindre les deux objectifs dans un même projet.»

La collaboration d’un biologiste a donc été nécessaire afin de trouver quelles algues indigènes pouvaient prospérer dans un tel milieu, pollué et acide. Puis, des contacts ont été noués avec des concepteurs de STEP. «Selon eux, notre hypothèse est envisageable, se réjouit le professeur. Le processus algaire pourrait être inséré dans le processus normal de la STEP de la ville de Fribourg.»

Réduction des coûts

C’est d’ailleurs à cette station qu’ont été effectués les prélèvements d’eaux usées afin de mener les études en laboratoire. Celles-ci montrent que les algues se développent sans problème et permettent d’absorber une part du phosphate et du nitrate produits. «A ce stade des études, il semble qu’un traitement chimique reste nécessaire, indique Olivier Zürcher. Mais en diminuant la proportion de ces éléments, on réduit aussi la quantité de produits chimiques nécessaires à leur traitement et donc les coûts liés.»

Quant à la biomasse qui serait créée, il faudrait encore la récolter, la traiter pour en récupérer l’huile et traiter cette huile pour en tirer du biocarburant. «Pour l’instant, on constate que le processus fonctionne et que les compétences existent à Fribourg pour pousser plus loin, note le professeur. Il faudrait maintenant décrocher un fonds de recherche pour réaliser des essais de plus grande dimension.»

Et c’était bien là l’objectif du travail de diplôme de David Hasler: il devait définir le concept d’une installation pilote permettant la production de micro-algues. «Les prix d’un tel biocarburant ne seront jamais aussi bas que celui du pétrole, reconnaît volontiers Olivier Zürcher. Mais ils seront vraisemblablement concurrentiels le jour où le pétrole viendra à disparaître.»

Fribourg, Ecole d’ingénieurs et d’architectes de Fribourg, vendredi 10 septembre, de 16 h 30 à 21 h, et samedi 11 septembre, de 9 h à 12 h

Sophie ROULIN pour LA GRUYÈRE le 9 septembre 2010