La CRE table sur une consommation de 10 % de gaz vert en France en 2030

L’unité de méthanisation et d’injection de biométhane Gâtinais Biogaz dans le Loiret, photo Naskéo

Le gaz représente aujourd’hui un cinquième de l’énergie finale consommée en France et sa combustion émet un cinquième des émissions de gaz à effet de serre. Cette situation, incompatible avec les objectifs de développement durable fixés notamment par l’accord de Paris, a conduit le groupe de travail n°1 du Comité de prospective de la CRE à consacrer ses travaux de 2019 au développement des filières du gaz renouvelable à l’horizon 2035.

Trois principales filières ont été étudiées : la méthanisation, la gazéification et la technologie du power-to-gas. Le gaz d’origine renouvelable étant essentiellement acheminé par les réseaux de transport et de distribution, son usage correspond à l’intégralité des usages présents et futurs du gaz comme le chauffage, l’industrie, la production d’énergie (chaleur ou électricité) et les transports.

La méthanisation est aujourd’hui la technologie la plus prometteuse, avec plus de 700 unités en fonctionnement en France et plus de 10 000 en Allemagne. La filière connaît un développement rapide, soutenu aujourd’hui par les pouvoirs publics, notamment dans le cadre des tarifs d’achat.

Ce soutien est justifié par les avantages de la méthanisation, non seulement pour le climat et l’indépendance énergétique de la France, mais aussi pour le développement des territoires où les installations de méthanisation initient des dynamiques d’économie circulaire, d’agroécologie et de traitement de déchets, en particulier au profit du monde agricole. Le gisement de ressources disponibles permet d’anticiper un développement réel de la filière, qui rend à tout le moins réaliste l’objectif, fixé par le législateur en 2015, de 10 % de gaz renouvelable consommé en 2030. Son coût de production, aujourd’hui entre 90 et 120 €/MWh, reste néanmoins élevé par rapport au prix du gaz naturel importé (environ 25 €/MWh, hors prix du CO2), ce qui pourrait avoir un impact sur les consommateurs et notamment les industries gazo-intensives. Cela rend indispensable la réduction des coûts de production et la prise en compte des externalités positives, notamment pour l’environnement, les agriculteurs et les territoires.

Les filières de gazéification et de power-to-gas sont moins matures, mais pourraient représenter, à l’avenir, un relais de développement pour le gaz vert . Plusieurs installations pilotes de gazéification vont permettre de tester, dans les dix prochaines années, le potentiel de cette filière, en produisant de l’énergie à partir de ressources de type déchets. Les technologies de power-to-gas  sont encore plus prospectives, mais présentent des atouts pour le système énergétique dans son ensemble, en permettant en particulier une meilleure intégration des énergies renouvelables dans le système énergétique.

Enfin, la réflexion sur le verdissement du gaz doit être associée à celle sur les perspectives de développement de la captation et du stockage du carbone (Carbon Capture and Storage – CCS), dont le développement pourrait faciliter l’atteinte de l’objectif national de neutralité carbone en 2050. Dans un monde où la ressource énergétique décarbonée (y compris le gaz renouvelable) sera limitée, l’utilisation de cette technologie pourrait permettre la décarbonation de grandes installations industrielles utilisatrices de gaz d’origine fossile.

Au terme de l’analyse de ces technologies, le groupe de travail a évalué le volume de production de biogaz qui pourrait être atteint, de façon durable, à horizon 2030. La méthanisation apparaît comme la technologie la plus mature et présente le modèle économique le plus crédible pour assurer la production de biométhane de première génération, à condition qu’une intervention publique permette d’intégrer les externalités de cette technologie dans le raisonnement des acteurs. Au regard des ressources disponibles sur le territoire, l’objectif d’une production représentant 10 % de la consommation de gaz en 2030 est réaliste, soit une production de 39 à 42 TWh de biométhane.

Au-delà de cette date, la méthanisation ne pourra continuer à croître qu’à la condition, encore hypothétique, de développer des cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE) sur l’ensemble du territoire en tenant compte du changement climatique et des ressources en eau disponibles. À cette échéance plus lointaine et sous réserve de l’augmentation de la valeur du carbone, les autres technologies de gaz vert (gazéification et power-to-gas ) sont également susceptibles de prouver leur maturité et trouver un modèle économique, qui permettra leur essor.

>> Télécharger le rapport de juillet 2019

Pour en savoir plus : www.eclairerlavenir.fr

Voir aussi l’interview de Philippe Mauguin, président de l’INRA et président du Comité de prospective de la CRE :