La bioélectricité aurait trop d’avantages … pour le système électrique français

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Editorial du Bioénergie International n°60 de mai-juin 2019

Livraison de bois à la centrale de cogénération de Felletin dans la Creuse, abandonnée en 2013 par l’Etat français, photo Frédéric Douard

Le Panorama de l’électricité renouvelable en France, élaboré par RTE, le SER, Enedis, l’ADEeF et l’agence ORE, montre que les renouvelables ont couvert 22,7 % de la consommation d’électricité en 2018, un chiffre en forte hausse par rapport à 2017 (18,5 %). Mais cette montée en puissance n’est pas également portée par toutes les filières, une situation résultant d’efforts très inégaux de l’État vers les filières. Ainsi, la progression du parc a été de 943 MW au quatrième trimestre 2018, les filières éolienne et solaire représentant la quasi-totalité de la puissance raccordée.

La biomasse, reléguée dernière roue du carrosse électrique français

Parc de production électrique renouvelable en France au 31 décembre 2018. Source Panorama de l’électricité renouvelable en 2018.

La filière des bioénergies électriques (dans laquelle est comptabilisée la production par les ordures ménagères résiduelles), n’atteint quant à elle, avec seulement 74 MW de nouvelles capacités en 2018, qu’une puissance installée de 2 026 MW. Sa production s’est élevée à 7,5 TWh en 2018 (9,7 TWh en incluant la part non renouvelable des OMR qui représente conventionnellement 50 % de leur tonnage), en hausse de 3,2 % par rapport à 2017. Cette production est à mettre en parallèle avec la production électrique renouvelable totale en 2018 : 108,7 TWh.

Avec 3,9 % de la puissance installée, le parc des bioénergies assure néanmoins 6,9 % de la production renouvelable et démontre ainsi une production par MW deux fois supérieure que celle des autres filières, une qualité fort utile, mais curieusement non recherchée par les pouvoirs publics français. Et ce n’est pas une question de ressource puisque le pays ne consomme, toutes applications confondues y compris les filières matériaux et chimie, que 50 % de la biomasse non alimentaire qui pousse sur son sol.

Une filière qui aurait pu contrarier, très prochainement, la décision de renouvellement du parc nucléaire fonctionnant lui aussi en base

La filière bioénergie ne couvre ainsi 1,6 % de l’électricité consommée en 2018 en France (vs 5,6 % en Europe, 7,8 % en Allemagne et 17 % en Finlande – in Bioenergy Europe report 2019), ce qui est bien peu au regard du formidable potentiel de cette filière. Cette situation résulte d’une politique méthodique de marginalisation depuis des décennies. Pourtant la bioélectricité dispose d’un immense avantage : elle est stockable et programmable. Ce n’est pas le cas ni du solaire ni de l’éolien qui ne peuvent, quant à elles se passer pour l’instant du nucléaire… cqfd : il ne fallait pas que les Français comprennent que l’on pouvait produire de l’électricité renouvelable de manière non-intermittente !

Or, pour développer la bioélectricité, il suffirait de systématiser la cogénération partout où l’on fait de la chaleur de manière centralisée, comme le font si bien les Scandinaves. Malheureusement avec son projet de PPE 2019-2023, le gouvernement n’a rien prévu en ce sens et même pire, acte prémédité, il a suspendu les appels d’offres aux projets de cogénération biomasse depuis l’an passé. Tout cela sentirait-il le gros conflit d’intérêts avec une autre énergie non-intermittente mais qui peine aujourd’hui à susciter l’enthousiasme pour son renouvellement … il suffit de lire le projet de PPE 2019-2023 pour s’en persuader !

À l’heure de la transition énergétique et de la grande question sur le stockage de l’électricité renouvelable, la production de bioélectricité, stockable et non-intermittente, stagne volontairement en France, une mauvaise stratégie pour la planète et pour les Français !

Frédéric Douard, rédacteur en chef