La biomasse, reléguée dernière roue du carrosse électrique renouvelable français

Parc de production électrique renouvelable en France au 31 décembre 2018. Source Panorama de l’électricité renouvelable en 2018.

Le Panorama de l’électricité renouvelable au 31 décembre 2018, élaboré chaque trimestre par RTE, le Syndicat des énergies renouvelables, Enedis, l’Association des distributeurs d’électricité en France et Opérateurs de Réseaux d’Energie, montre que les énergies renouvelables ont participé à hauteur de 22,7 % à la couverture de la consommation d’électricité en France au cours de l’année 2018, un chiffre en hausse par rapport à l’année dernière (18,5 % en 2017). Cette montée en puissance est portée par une hausse de la production de toutes les filières des énergies renouvelables, même si la répartition des efforts en direction des différentes filières est très inégale, voire hypertrophiée.

La puissance totale du parc électrique EnR – hydroélectricité, éolien, solaire photovoltaïque, et bioénergies confondus – s’élève, fin 2018, à 51 171 MW, dont 2 494 MW raccordés en 2018. La progression du parc de production d’électricité renouvelable a été de 943 MW au quatrième trimestre 2018, les filières éolienne et solaire représentant la quasi-totalité de la puissance raccordée et croissant respectivement de 780 MW et 143 MW.

Evolution de la puissance installée en bioélectricité en France : des raccordements en forte baisse. Source Panorama de l’électricité renouvelable en 2018. Cliquer sur le graphique pour l’agrandir.

La bioélectricité, une filière qui a apparemment trop d’avantages …

La filière des bioénergies électriques (dans laquelle est comptabilisée la valorisation énergétique des ordures ménagères résiduelles), n’atteint quant à elle qu’une puissance installée de 2 026 MW avec 74 MW de nouvelles capacités, dont 16 MW raccordés sur le dernier trimestre 2018. Sa production s’est élevée à 7,5 TWh sur l’année 2018 (9,7 TWh en incluant la part non renouvelable des OMR qui représente conventionnellement  50% de leur tonnage), en hausse de 3,2 % par rapport à 2017. Cette production est à mettre en parallèle avec la production électrique renouvelable totale en 2018 : 108,7 TWh. Avec 3,9 % de la puissance installée, le parc des bioénergies assure néanmoins 6,9 % de la production renouvelable et démontre ainsi une disponibilité deux fois supérieure que celle des autres filières, une qualité fort utile, mais curieusement non recherchée par les pouvoirs publics français depuis des décennies, alors que le pays ne consomme, toutes applications confondues, que 50% de la biomasse non alimentaire qui pousse sur son sol, et que toutes les autres énergies renouvelables (hormis la géothermie) sont tributaires de la météorologie !

Répartition de la production de bioélectricité par combustibles au quatrième trimestre 2018 en France. Source Panorama de l’électricité renouvelable en 2018

… et qui risquerait de rendre inutile le renouvellement de nombreuses centrales fonctionnant en base

La filière bioénergie ne couvre ainsi 1,6 % de l’électricité consommée en 2018 en France, ce qui est bien peu au regard du formidable potentiel de cette filière et de l’immense avantage qu’elle présente par rapport au solaire et à l’éolien : elle est stockable et n’est pas intermittente  ! Pour faire plus, dans la filière bois-énergie notamment, il faudrait systématiser la cogénération partout où l’on fait de la chaleur de manière centralisée, comme le font si bien les scandinaves. Ce système, où la production électrique est subordonnée à la production de chaleur, aurait de plus l’avantage d’une meilleure performance énergétique puisque qu’on ne produirait de l’électricité que lorsque l’on aurait besoin de chaleur, évitant ainsi la dissipation de chaleur pratiquée actuellement, partiellement ou totalement, dans presque toutes les centrales électriques françaises. Malheureusement le projet de PPE 2019-2023 n’a rien prévu de très ambitieux ni de très approprié en la matière … cela sentirait-il le gros conflit d’intérêts avec une autre énergie fonctionnant aussi en base et qui peine aujourd’hui à susciter l’enthousiasme pour son renouvellement … il suffit de lire le projet de PPE 2019-2023 pour s’en persuader !

A l’heure de la transition énergétique, de l’urgence climatique et de la grande question sur le stockage de l’électricité renouvelable, la production de bioélectricité, stockable et non intermittente, stagne étonnement en France. Source Panorama de l’électricité renouvelable en 2018. Cliquer sur le diagramme pour l’agrandir.

Concernant la cogénération au biogaz, qui peine aussi à prendre son envol pour les mêmes raisons que le bois, le groupe de travail national sur la filière, lancé en février 2018, a identifié des mesures de dynamisation, à court et moyen termes, parmi lesquelles la création d’un complément de rémunération pour les installations de méthanisation dont la puissance est comprise entre 500 kW et 1 MW et la suppression du système d’appel d’offres. Ces mesures devraient être mises en oeuvre courant 2019.

Livraison de bois à la centrale bioélectrique de Felletin en 2013 et abandonnée sans tarif d’achat et donc à la faillite en 2014 par l’Etat, photo Frédéric Douard

Parallèlement, afin de répondre aux objectifs de la transition énergétique de porter à 40 % la part des énergies renouvelables dans le mix électrique en 2030, les réseaux de transport et de distribution continuent d’évoluer pour permettre l’intégration de la production d’électricité renouvelable, tout en garantissant la sécurité et la sûreté du système électrique, ainsi que la qualité d’alimentation des consommateurs.

Télécharger le Panorama de l’électricité renouvelable au 31 décembre 2018

Frédéric Douard