Les Français veulent accélérer la transition énergétique sans délai

La chaufferie communale au bois d’Ugine en Savoie, photo Frédéric Douard

Alors qu’Emmanuel Macron devrait annoncer prochainement le contenu de la feuille de route pour le climat et la transition énergétique de la France, le collectif « Les Acteurs en Transition Energétique* » et la Fondation européenne pour le climat publient un sondage réalisé par l’IFOP sur l’opinion des Français concernant la politique énergétique du pays.

Transition énergétique : la France est en retard

Alors que les décisions concernant la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) se font attendre, les Français jugent sévèrement la politique énergétique du pays et souhaitent plus d’ambition pour la transition.

Près de 6 Français sur 10 estiment que la France est « plutôt en retard » en matière de transition énergétique (58 %), contre moins d’un sur trois qui pense qu’elle est « dans les temps », et 3 % « en avance ».

Partagé par la majorité de nos concitoyens dans toutes les catégories, quel que soit le sexe, l’âge, la catégorie socio-professionnelle et l’appartenance politique (à l’exception des sympathisants du MoDEM :41%), ce jugement apparaît plus nettement au sein des catégories sociales aisées (CSP+ : 64 %) et encore davantage parmi les sympathisants de La France Insoumise (LFI, 81%) et d’Europe-Ecologie Les Verts (EELV, 78 %).

Les Français veulent réduire la part du nucléaire à 50 % du mix électrique, et le plus vite possible !

Le sondage reprend les principales questions du questionnaire de la commission nationale du débat public (CNDP) concernant la PPE, dont les résultats avaient fait apparaître la volonté des Français de réduire la part du nucléaire à 50 % de la production d’électricité, de préférence dès 2025 comme prévu par la loi de transition énergétique.

De fait, malgré l’annonce du report sine die de l’objectif d’une baisse à 50 % de la part du nucléaire dans la production d’électricité et les signaux envoyés par le gouvernement en faveur d’un report à 2035 voire au-delà,ce nouveau sondage montre que la majorité des Français souhaite maintenir l’échéance de 2025 (43 %) ou la repousser à 2030 (10 %), soit 53 % au total.

A l’inverse, 8 % des Français se disent favorables à un report à 2035, tandis que seuls 21 % rejettent l’objectif de réduire la part du nucléaire à 50 % de la production d’électricité.

Il est intéressant de noter qu’un fort clivage générationnel apparait sur la question du nucléaire : 82 % des personnes de moins de 35 ans soutiennent la réduction à 50 %, tandis que parmi les personnes de plus de 65 ans, seule une courte majorité (55 %) soutient cet objectif.

Interrogés sur les décisions à prendre cette année, les Français semblent attendre davantage d’ambition de la part des décideurs politiques, puisqu’ils sont 55 % à estimer qu’il faut décider de fermer d’autres réacteurs nucléaires, en plus de ceux de Fessenheim. Cet avis est encore plus majoritaire parmi les moins de 35 ans (64 %), les CSP+ (63 %) et les sympathisants de LFI (76 %), d’EELV (79 %) et aussi du Parti socialiste (71 %), tandis qu’il reste minoritaire parmi les sympathisants des partis classés à droite (32 %).

Interrogés sur la perspective de prolonger l’exploitation des réacteurs nucléaires actuels, les interviewés se montrent majoritairement opposés à un prolongement au-delà de 40 ans (55 %), et plus de deux sur trois rejettent l’idée d’un prolongement au-delà de 50 ans (68 %).

Pour Anne Bringault, coordinatrice des ONG sur la transition énergétique pour le CLER – Réseau pour la transition énergétique et le Réseau Action Climat : « Emmanuel Macron devra entendre les Français qui expriment clairement le souhait que les objectifs concernant la baisse de la part du nucléaire soient tenus au plus vite ».

ENR, efficacité, mobilités : la France n’agit pas suffisamment

Alors que la France s’est engagée dans la loi sur la transition énergétique à atteindre 32 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique en 2030, plus des deux tiers des Français jugent que par rapport à ses voisins européens, la France n’agit pas suffisamment en matière d’énergies renouvelables (71 %). Cette proportion atteint même 81 % parmi les sympathisants de LFI, 82 % parmi ceux de La République en Marche (LReM), et 90 % parmi ceux d’EELV.

De même, 69 % des Français estiment que la France n’en fait pas assez en matière d’économies d’énergies.

Pour Olivier Perot, président de France Energie Eolienne : « Les Français ont bien compris que le nouveau monde était celui du développement des énergies renouvelables. Massivement soutenues par l’opinion, compétitives et efficaces, les renouvelables sont capitales pour la diversification et la sécurité d’approvisionnement du système électrique français. Comme l’indique le gestionnaire du réseau électrique en France, RTE, le développement des énergies renouvelables et en particulier de l’éolien offshore est indispensable pour tenir l’engagement de fermeture des centrales charbon et les objectifs de réduction du parc nucléaire français. Les Français veulent une électricité plus propre, renouvelable, sûre et sans déchets dangereux, le gouvernement doit donner un cap clair ».

Concernant les mobilités alternatives et durables, 66 % des Français jugent que la France n’agit pas suffisamment – un chiffre particulièrement frappant à l’heure de la mobilisation des gilets jaunes, qui met en lumière les effets néfastes de notre dépendance au pétrole. A noter aussi que sur ce point, les Français vivant en zone rurale ou en ville en province sont aussi nombreux que les habitants de la région parisienne à juger que la France n’en fait pas suffisamment.

Une politique énergétique incohérente et pas à la hauteur des enjeux

In fine, seuls 29 % des Français estiment que la politique énergétique actuelle de l’Etat est cohérente, contre 62 % qui pensent le contraire. Ils sont même 71 % à juger qu’elle n’est pas à la hauteur des enjeux, avec des pics à 82 % parmi les sympathisants de LFI et à 84 % parmi ceux d’EELV. Même parmi les sympathisants LReM, seuls 32 % jugent la politique actuelle à la hauteur des enjeux.

Pour Philippe Portier, secrétaire national de la CFDT : « Ce sondage nous conforte dans nos analyses et positionnements : Il y a une attente forte de la population pour que le nucléaire prenne à l’avenir une part moins importante dans notre mix énergétique. Pour ce faire, nous pensons que les investissements publics et privés doivent davantage soutenir les projets visant à développer les énergies renouvelables de demain. Ensuite, une très large part de la population attend beaucoup plus en matière de mobilités durables. Nous devons trouver collectivement des alternatives rapides et opérationnelles aux énergies fossiles et cela, sur l’ensemble des territoires ».

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et la Loi d’orientation sur les mobilités (LOM), prochains rendez-vous de la politique énergétique française

Pour répondre aux préoccupations exprimées par les Français, les annonces d’Emmanuel Macron attendues pour fin novembre doivent selon le collectif « les Acteurs en Transition énergétique » s’appuyer sur des principes forts :

  • Améliorer le confort et alléger le budget des ménages par la massification de la rénovation des logements ; les mesures et aides financières doivent être renforcées,
    simplifiées et mieux fléchées, en particulier en faveur des plus précaires.
  • Réduire la pollution de l’air et les émissions de gaz à effet de serre (GES) en donnant la priorité aux modes de transports plus propres (covoiturage, transports en commun, vélo…) et en accélérant le déploiement des véhicules électriques et bio-GNV ;
  • Faire le choix clair des énergies renouvelables, de plus en plus compétitives et créatrices d’emplois, en se donnant les moyens de dépasser les 32 % d’énergies renouvelables en 2030 ;
  • Sortir des énergies fossiles en rendant accessibles à tous et à toutes des alternatives et en accompagnant les transitions professionnelles dans les bassins d’emplois concernés ;
  • Planifier précisément la baisse de la production électrique nucléaire, conformément aux objectifs de la loi de transition énergétique, tout en permettant le développement d’un système davantage décentralisé reposant sur des ressources locales durables, en anticipant les mutations pour les acteurs et territoires concernés.

NB : ce sondage a été réalisé par l’IFOP auprès d’un échantillon de 1000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne du 8 au 13 Novembre 2018.

Pour trouver les résultats du sondage, cliquez ici

A PROPOS DU COLLECTIF « LES ACTEURS EN TRANSITION ÉNERGÉTIQUE »

Fédérations professionnelles et entreprises, ONG, collectivités, syndicats partagent la même volonté de construire un meilleur avenir énergétique pour la France. Alors qu’ils sont habitués à se côtoyer, leur volonté commune les a conduits à se rassembler dans le collectif des Acteurs en transition énergétique. Leur diversité est leur richesse, mais aussi leur force puisqu’ensemble ils représentent :

  • 1 million d’emplois dans les entreprises
  • 700 000 membres associatifs dans les ONG
  • 1,2 million d’adhérents dans les syndicats
  • 600 collectivités
  • Des centaines d’initiatives à travers les territoires

Retrouvez la liste des membres de ce collectif : transitionenergetique.org/les-signataires

A PROPOS DE LA FONDATION EUROPEENNE POUR LE CLIMAT : europeanclimate.org