L’accord sur l’éthanol Mozambique-Brésil-Europe critiqué

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Le 14 juillet 2010, Les Amis de la Terre Europe et l’ONG mozambicaine Justiça Ambiental ont vigoureusement dénoncé un accord entre le Brésil, l’Union Européenne et le Mozambique pour développer la production de biocarburants au Mozambique.

Cet accord prévoit une coopération technique pour développer la production de biocarburants au Mozambique. Et les importations d’éthanol de sucre de canne par l’UE seront soumises à des droits de douane très bas comparés à ceux pesant sur l’éthanol, que l’UE continuera à taxer.

Les entreprises brésiliennes profiteront d’une aide et d’un intérêt plus fort pour leur secteur, alors que certaines d’entre elles cherchent à étendre leurs activités au Mozambique. Selon Reporter Brasil, fin 2009, au moins deux grandes sociétés brésiliennes ont conclu un contrat de bail foncier pour augmenter leur production de sucre de canne au Mozambique, et recherchaient un financement pour produire de l’éthanol dans ce pays.

Des responsables affirment que cette production africaine devra respecter les normes environnementales européennes et faire d’abord l’objet d’études de faisabilité.

Pourtant des problèmes sociaux et environnementaux pèsent déjà sur les premiers projets de production d’éthanol au Mozambique (lire cet article récent de Global Voices à ce sujet). Dans son communiqué de presse du 14 juillet 2010, Justiça Ambiental déclarait : « L’extension des biocarburants dans notre pays transforme la forêt et la végétation naturelle en cultures destinées à la production de carburant, prend aux paysans des terres fertiles utilisées pour les cultures vivrières, tout en ne proposant que de mauvaises conditions de travail et en engendrant des conflits d’usage de la terre avec les populations locales. Nous voulons de vrais investissements dans l’agriculture, qui nous permettent de produire de la nourriture, et pas du carburant destiné aux voitures d’autres pays. »

Répondant à ces critiques, le service de presse officiel AIM a qualifié le point de vue des Amis de la Terre de « lamentablement ignorant », et a aussi critiqué JA, en affirmant qu’il n’existait pas de preuve démontrant que la production de biocarburants avait nui à la production alimentaire.

Outre le rapport des Amis de la Terre (« The Jatropha Trap » ), une autre étude de l’International Institute of Economics and Development, du Royaume-Uni (« Biofuels, land access and rural livelihoods in Mozambique » ) a dernièrement invité à la prudence concernant l’expansion des biocarburants au Mozambique.

Cet accord tripartite n’est qu’un des signes de l’importance de ce que les commentateurs brésiliens ont surnommé la « diplomatie de l’éthanol » du président Lula. Leandro Freitas Couto writes écrit à ce sujet : « Lors de la récente tournée du président Lula dans six pays africains (Cap-Vert, Guinée Équatoriale, Kenya, Tanzanie et Afrique du Sud), les biocarburants, et plus particulièrement l’éthanol, étaient l’un des points importants du programme. […] Le Brésil a déjà un accord avec les États-Unis à ce sujet, signé sous la présidence de Bush junior. Il prévoit des actions de coopération triangulaire, selon le même modèle que l’accord qui est maintenant signé avec l’Union Européenne et le Mozambique […] La diplomatie de l’éthanol a ainsi été renforcée au cours des dernières actions de politique extérieure du président Lula. La substitution graduelle, mais inexorable, des combustibles fossiles et l’attention croissante portée aux questions climatiques tendront à toujours plus donner d’importance à ce sujet à l’avenir, ce qui contribuera à renforcer la présence du Brésil sur la scène mondiale […] Avec ce scénario, quels que soient les résultats électoraux d’octobre prochain [2010], la continuité de cette orientation politique étrangère brésilienne est garantie pour les prochaines années. »

Des militants brésiliens, comme la Commission Pastorale de la Terre (Comissão Pastoral da Terra, CPT) Alagoas, ont dénoncé au cours des dernières années cette forme de « diplomatie ». En 2009, lors d’une conférence sur les agrocarburants (mots utilisé afin d’éviter la connotation positive du préfixe « bio ») à Maputo, CPT Alagoas déclarait : « Historiquement, la production d’alcool de sucre de canne au Brésil a été génératrice de graves atteintes aux droits de l’homme et a provoqué d’importants dégâts environnementaux. Ces dernières années, l’extension systématique des champs de canne pour la production d’éthanol – avec l’objectif de répondre aux attentes du marché international – a aggravé la surexploitation des salariés de la canne et accru le nombre d’emplois proches de l’esclavage. […] Faire du Brésil un pays essentiel pour la production d’énergie renouvelable, c’est faire une lecture superficielle, ou orientée, c’est gommer le passé récent et donner l’impression fausse que toutes les conséquences négatives (économiques, sociales et environnementales) ont été surmontées et que l’éthanol produit au Brésil est un carburant propre. [..] Nous ne pouvons permettre que ce modèle d’exploitation soit exporté en Afrique, ni dans tout autre pays du monde. »

On attend pour l’instant la réaction de la blogosphère mozambicaine à cet accord tripartite. Toutefois, le problème de l’éthanol a déjà fait l’objet de commentaires par le passé, y compris de la part d’ONG et de mouvements sociaux. Sur son blog, l’Union Nationale des Paysans (União Nacional de Camponeses, UNAC) a publié récemment un entretien dans lequel Ismael Ossemane déclarait : « Maintenant, avec l’éthanol et les agrocarburants, il y a une plus grande demande de terre au Mozambique et la tendance est une mise à l’épreuve de la législation agraire. Nous nous retrouvons donc dans cette situation : il y a encore des terres pour les paysans à cause du niveau de développement du pays, mais de la façon dont les sociétés commencent à arriver, nous nous rendons compte que si aujourd’hui nous luttons pour défendre la terre que nous avons, bientôt nous commencerons à lutter pour avoir de la terre. »

Il soutient que l’éthanol en question semble être destiné à l’exportation et qu’il ne résoudra probablement pas la dépendance du Mozambique au pétrole importé. En fait, l’annonce de cet accord est intervenue alors que les vendeurs d’essence menaçaient d’augmenter les prix, et de provoquer de possibles émeutes à Maputo, comme celle de février 2008.

Lire cet article de Janet Gunter, traduit par Norbert Bousigue et publié le 24 Juillet 2010 sur  son site d’origine : http://fr.globalvoicesonline.org