Rapport optimiste sur les perspectives de l’huile de pourghère

Jatropha curcas, photo R. K. Henning

Selon un tout nouveau rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) et le Fonds international pour le développement agricole (FIDA), l’utilisation du pourghère (jatropha) pour la production de biocarburant pourrait offrir de nouveaux débouchés aux agriculteurs pauvres et leur permettre d’améliorer simplement leurs conditions de vie, en particulier dans les zones semi-arides et reculées des pays en développement.

Jatropha est un genre de plantes dicotylédones de la famille des Euphorbiaceae. Les tiges renflées à la base de certaines espèces leur valent les noms de plantes bouteilles et de pignons d’Inde, mais on les appelle aussi médiciniers pour leurs utilisations thérapeutiques auxquelles le genre doit son nom (Jatropha dérive du grec jatrós, docteur et trophé, nourriture).

Comme pour la plupart des Euphorbiaceae, les baies et la sève sont toxiques. On dénombre environ 160 espèces appartenant au genre Jatropha, espèces originaires d’Amérique centrale ou du Sud.

« C’est une plante encore mal connue, qui pourrait pourtant changer la vie quotidienne de millions d’habitants des pays pauvres. Jatropha curcas L. est un arbuste sauvage originaire d’Amérique centrale, d’abord connu pour ses propriétés médicinales, mais son fruit riche en huile peut aussi être utilisé pour la production de savon, de bougies et surtout de biocarburant », estime la FAO dans le rapport.

Plus récemment, son usage pour produire des agrocarburants s’est développé, notamment en Inde, ce qui lui vaut le surnom de « or vert du désert ». En décembre 2008, un boeing 747 de Air New Zealand a effectué avec succès un vol test en utilisant, pour l’un de ses moteurs, l’huile de Jatropha.

Le Jatropha curcas peut produire jusqu’à 2 000 litres de diester par hectare (bien plus que le colza ou le soja). Toutefois, au début des années 1990, une tentative de culture au Nicaragua sur 2 000 hectares n’a pas tenu ses promesses et s’est révélée catastrophique, avec pour seul rendement 200 litres par hectare. En effet, bien que la plante soit en mesure de pousser sur des sols arides, il semblerait que son rendement chute si l’apport en eau et la qualité du sol sont insuffisants. Ce qui crée une pression sur le mode de culture, car viser un rendement optimal nécessite de planter sur un sol fertile et d’irriguer régulièrement.

Toutefois, des études ont mis en avant la possibilité de recourir aux eaux usées, ce qui permettrait de fertiliser et d’irriguer du même coup sans poser de problème sanitaire puisqu’il ne s’agit pas d’une plante comestible. En 2009, une autre étude menée au Mozambique conclut que la culture du Jatropha ne remplit pas les espoirs placés en elle.

Certains estiment que la toxicité du Jatropha le rendrait trop dangereux à cultiver en milieu rural. En Inde, des scientifiques cherchent à identifier les gènes responsables de la production d’huile, en vue d’élaborer un jatropha génétiquement modifié qui devrait être prêt d’ici à 2012.

En 2010, après quelques années de tests de culture en Inde et en Tanzanie, certains exploitants renoncent à la culture du Jatropha, celui-ci ne produisant pas les quantités espérées.

Pour les pays en développement, le jatropha pourrait donc être une culture pleine d’avenir. Il pousse en effet relativement bien dans les zones arides, sur les sols dégradés non adaptés à l’agriculture et aux cultures vivrières. Ses racines pénètrent profondément dans le sol pour y chercher l’eau, pendant que ses racines superficielles contribuent à lier le sol et à réduire l’érosion.

« Le jatropha pourrait devenir une culture à haut rendement, productive sur des sols dégradés et salins dans les zones sujettes à de faibles précipitations (…) Ses sous-produits pourraient servir d’engrais, d’aliments pour le bétail, ou de matière première pour le biogaz, et son huile peut avoir d’autres débouchés, comme la fabrication de savon, de pesticides et les utilisations médicinales. Sans oublier que le jatropha contribuerait à inverser la dégradation des sols », indique le rapport de la FAO et du FIDA.

Source : www.actualites-news-environnement.com du 25 juillet 2010