Le baromètre européen 2007 du biogaz

Digesteurs Amétyst de Montpellier, photo 4 Vents, Montpellier agglomération

La forte augmentation du prix des combustibles fossiles a renforcé l’attractivité de la filière biogaz. Son champ d’action autrefois limité à la valorisation des déchets s’est élargi grâce à l’utilisation de cultures énergétiques permettant à la production européenne de retrouver un nouvel essor. Cette dernière s’établit désormais à 5,9 Mtep, soit une croissance de 20,5 % par rapport à 2006.

La méthanisation permet la production de biogaz à partir d’éléments organiques d’origine végétale ou animale. Le biogaz est un gaz riche en méthane, le même élément qui constitue le gaz naturel. Le biogaz peut être directement capté dans les centres d’enfouissement techniques (CET) ou produit à l’aide de digesteurs (on parle également de méthaniseurs). Toutes les matières organiques sont susceptibles de se transformer en biogaz. Les effluents peuvent être méthanisés au sein des stations d’épuration. Les lisiers, les déchets agricoles et les cultures énergétiques peuvent être méthanisés dans des petites unités de biogaz à la ferme ou dans des unités de codigestion (unités collectives qui traitent différents types de déchets associés à une part importante de lisiers). Les déchets municipaux solides et les déchets verts peuvent également être transformés en biogaz dans d’importantes unités de méthanisation de déchets solides.

5,9 Mtep de biogaz produites dans l’UE
La production européenne d’énergie primaire biogaz a atteint 5,9 millions de tep (Mtep), soit 1 Mtep supplémentaire par rapport à 2006. Ces statistiques ne prennent en compte que le biogaz destiné à être valorisé et ne tiennent donc pas compte du biogaz brûlé en torchères.
En 2007, le biogaz de décharge est resté le principal gisement (49,2 % de l’énergie biogaz). Le biogaz de stations d’épuration (15,0 %) est quant à lui une nouvelle fois devancé par l’ensemble des “autres gisements” (35,7 %) représenté en grande partie par les unités de biogaz agricole. Ce type de biogaz est actuellement le véritable moteur de la croissance européenne du biogaz au sein de l’Union européenne. Il a la particularité de s’appuyer de plus en plus sur le développement de cultures énergétiques dédiées (maïs, etc.).
L’augmentation de la production de biogaz a principalement profité à l’électricité produite par la cogénération (76,1 % de l’augmentation de la production d’électricité entre 2006 et 2007). L’électricité issue de la cogénération représente désormais 58,4 % de la production d’électricité
biogaz contre 55,3 % en 2006. La valorisation thermique du biogaz est plus difficile à déterminer car un certain nombre de pays ne tiennent pas compte systématiquement de la valorisation de l’ensemble des gisements
biogaz. Selon notre enquête, la production de chaleur a augmenté de 2,5 % pour atteindre 356,9 ktep dans l’Union européenne. La moitié de cette production provient d’unités de cogénération. La valorisation thermique, issue ou non de la cogénération, est favorisée par la présence de débouchés locaux (chauffage des bâtiments, processus industriels, etc.) alimentés par réseaux de chaleur.

Le biogaz poursuit sa croissance en France
La production d’énergie primaire biogaz est répartie équitablement entre le gisement du biogaz de décharge (161,3 ktep en 2007) et le gisement des stations d’épuration (144,2 ktep). Les autres gisements biogaz ne représentent que 1,2 % du total (3,7 ktep). La France dispose de 127 digesteurs traitant les effluents des sites industriels et de l’industrie agroalimentaire et près de 80 digesteurs traitant les boues de stations d’épuration urbaines. La tendance actuelle est à la construction de trois à cinq unités supplémentaires par an pour ces deux types de gisements.
La catégorie “autres biogaz” correspond essentiellement à la production énergétique des cinq unités de méthanisation de déchets municipaux solides dont dispose le pays sur les sites d’Amiens, Varennes-Jarcy, Le Robert (Martinique), Lille et Calais. Cette catégorie comporte également huit petites unités de méthanisation agricole disposant d’une capacité de traitement
inférieure à 50 000 tonnes. Leur nombre devrait nettement augmenter selon l’Ademe qui prévoit l’installation de 45 unités supplémentaires d’ici 3 ans.

Le nombre de productions de biogaz agricole reste inférieur à 10 en France, photo Frédéric Douard

En France, c’est un arrêté du 10 juillet 2006 qui définit le tarif d’ achat de l’électricité produite à partir du biogaz de méthanisation. Il varie de 9 c€/kWh pour les installations inférieures à 150
kWe à 7,5 c€/kWh pour les installations supérieures à 2 MWe. Peut s’ajouter une prime à l’efficacité énergétique de 3 c€/kWh pour les installations optimisant la valorisation thermique et/ou électrique. Ce tarif n’est pas applicable au biogaz de décharge qui bénéficie, lui, d’un tarif d’achat compris entre 4,5 et 5 c€/kWh, plus une prime à l’efficacité énergétique comprise entre 0 et 0,3 c€/kWh (arrêté du 1er octobre 2001).

Quelles tendances pour 2010 ?
La filière du biogaz agricole est actuellement la plus dynamique car elle ne se limite pas au traitement des déchets. Ses perspectives de développement sont liées à l’utilisation de cultures énergétiques qui servent de base à la production et optimisent la productivité des installations. Le potentiel de croissance est donc très élevé, particulièrement dans les grands pays agricoles que compte l’Europe (en France et en Pologne notamment).
Cependant l’utilisation à grande échelle des cultures énergétiques pose les mêmes questions environnementales que celles liées à la production des biocarburants. Il reste fondamental d’équilibrer la relation entre le besoin de produire en grande quantité des énergies renouvelables et la prise en compte des contraintes environnementales comme la gestion de la ressource en eau, l’utilisation de pesticides, le pourcentage de réduction de CO2 par rapport à une utilisation de combustibles fossiles. Le niveau élevé des prix des matières agricoles, s’il devait perdurer, pourrait également limiter les perspectives de croissance de cette filière.
Parallèlement, de nouveaux débouchés s’offrent également au secteur de la méthanisation. L’augmentation du prix du gaz naturel conduit un nombre croissant de pays à s’intéresser à la production de biométhane en vue de son injection dans le réseau de gaz naturel ou en vue d’une consommation sous forme de carburant dans les véhicules fonctionnant au gaz. L’exemple concluant des pays du Nord de l’Europe (de la Suède en particulier), associé à des technologies toujours plus performantes de lavage de biogaz, incite de plus en plus de pays à développer ces nouveaux débouchés.
La croissance actuelle n’est pas assez soutenue pour atteindre les objectifs du Livre blanc de la Commission européenne (15Mtep en 2010). La forte augmentation des prix des matières premières agricoles devrait freiner la croissance de la production de biogaz agricole,moteur de la croissance du biogaz en Europe. Prenant en considération cette situation, nous estimons la production à 7,8 Mtep à cette échéance (10 % de croissance annuelle). Cette production représenterait 5,2%de l’objectif du “Plan d’action biomasse” de la Commission européenne fixé à 150 Mtep en 2010.
Ce plan prend en compte l’ensemble des composants de la biomasse, à savoir les biocarburants, le biogaz, les déchets municipaux solides renouvelables et la biomasse solide (incluant bois, déchets de bois, résidus de récolte, etc.). Ce dernier secteur est de loin le plus important avec une production d’énergie primaire biomasse solide de 62,4 Mtep en 2006.
*PJ : Pétajoules (1015).

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