Le baromètre 2008 de la biomasse solide en Europe

Production de plaquettes en Finlande

La crise économique et financière n’a pas eu raison de la croissance de l’énergie biomasse solide. la production d’énergie primaire a augmenté en 2008 de 2,3 % dans les pays de l’Union européenne, soit un gain de 1,5 million de tonnes équivalent pétrole par rapport à l’an dernier. Cette croissance a particulièrement profité à la production d’électricité qui a augmenté de 10,8 % par rapport à 2007, soit un gain de 5,6 TWh.

La biomasse solide, qui comprend le bois et ses déchets, ainsi que les déchets et matières végétales et animales, est restée en 2008 une des valeurs sûres de la production énergie renouvelable. Selon les premières estimations disponibles, l’énergie primaire issue de la biomasse
solide énergétique est parvenue à maintenir une croissance positive de l’ordre de 2,3 % entre 2007 et 2008. Elle atteint ainsi 68,7 Mtep, soit 1,5 Mtep de plus qu’en 2007.

Une énergie en constante progression

Si le rythme de croissance de la filière biomasse solide peut paraître faible comparé à d’autres filières énergies renouvelables, elle reste sur le plan de la production d’énergie primaire une des principales filières contributrices en énergie. Depuis 1995, année de référence du Livre blanc européen sur les énergies renouvelables publié en 1997, la contribution de la filière biomasse solide a ainsi augmenté de plus de 22 Mtep dans les pays de l’Union européenne à 27. Cette augmentation représente plus du double de la consommation de biocarburants de l’Union européenne de l’année 2008. Elle est également supérieure à la consommation totale d’énergie primaire d’un pays comme le Danemark.
Les statistiques concernant la répartition entre les différents types de biomasses solides produits dans l’Union sont de plus en plus précises bien que les deux plus grands pays producteurs, l’Allemagne et la France, ne séparent pas encore le bois bûche et les déchets de bois. Ces derniers comprennent les plaquettes forestières, les broyats de bois, les sciures, les granulés, les déchets de scieries, les déchets de l’industrie et de l’ameublement, etc.
Lors de l’enquête annuelle d’EurObserv’ER réalisée fin octobre-début novembre, 17 pays représentant 79,3 % de la production de l’Union européenne (soit 54,5 Mtep) ont communiqué une répartition entre les différents types de combustibles biomasse solide. Dans cet échantillon, le bois et les déchets de bois ont représenté 76,4 % de la production d’énergie primaire en 2008 (76 % en 2007). Les liqueurs noires en ont représenté 16,6 % (17,5 % en 2007) et les autres déchets végétaux et animaux (paille, résidus de récoltes, déchets solides de l’industrie agroalimentaire, etc.) 7 % (6,5 % en 2007).
Quatorze pays de l’Union ont communiqué à EurObserv’ER une répartition encore plus précise permettant de séparer le bois bûche et les déchets de bois. Dans ce nouvel échantillon, les déchets de bois ont représenté une production d’énergie primaire de près de 10 Mtep (9,8 Mtep en 2008) sur un total de 34,4 Mtep. Ils ont donc représenté 28,6 % de l’énergie primaire biomasse solide, contre 38,7 % pour le bois bûche, 23,1 % pour les liqueurs noires et 9,6 % pour les autres déchets végétaux ou animaux. Cet échantillon n’est cependant pas entièrement
représentatif au niveau européen du fait de l’importance dans ce total de la production des pays du nord de l’Europe (Suède, Finlande, Danemark, Lettonie et Lituanie). Ces pays ont la particularité de disposer d’industries forestières qui ont développé d’importants moyens logistiques afin de valoriser les sous-produits forestiers liés à leur activité (déchets de bois et liqueurs noires en particulier).

La montée en puissance des granulés de bois

Usine de granulés en Estonie

Le chauffage au bois bénéficie depuis quelques années de la montée en puissance du combustible granulé de bois. De nombreux pays européens comme la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie sont déjà très impliqués dans cette production. L’essor de ce combustible se confirme également dans d’autres pays de l’Union européenne comme la France.
Selon l’AEBIOM (Association européenne pour la biomasse), l’Europe comptait en 2008 environ 440 usines de production de granulés de bois représentant une production de l’ordre de 7,5 millions de tonnes. Ce chiffre pourrait être multiplié par 10 d’ici à 2020, soit 75 millions de tonnes, car il est possible de fabriquer des granulés avec de nombreux combustibles biomasse (déchets de bois, plaquettes forestières, etc.).
Actuellement trois marchés du granulé de bois différents se sont développés en Europe. Les granulés sont principalement utilisés dans des centrales électriques en Belgique et aux Pays-Bas. Le fournisseur d’électricité belge Electrabel a, par exemple, transformé sa centrale électrique des Awirs (80 MWe) pour n’utiliser que des granulés de bois, soit une consommation de 400 000 tonnes par an.
En Suède ou au Danemark, ils sont principalement employés dans les grandes et moyennes centrales de cogénération. Dans les autres pays, ils servent au chauffage des bâtiments résidentiels et tertiaires.
La croissance de la consommation est particulièrement intéressante en Italie comme les chiffres l’attestent. Le pays a déjà installé, selon l’AIEL (Association italienne de l’énergie agroforestière), près de 800 000 appareils de chauffage domestique aux granulés et la consommation italienne est passée de 150 000 tonnes en 2001 à 800 000 tonnes en 2008 (dont 150 000 tonnes importées). Ce succès s’explique par le fait que les systèmes de chauffage central sont peu répandus en Italie en raison d’une courte période de chauffage (moins de 120 jours par an en moyenne).
En Allemagne, le chauffage à partir de granulés prend également de l’essor. Selon le BEE (Association allemande des bioénergies), le pays comptait 40 usines de production d’une capacité cumulée de 2,3 millions de tonnes en 2008. Cette même année, la production de granulés a atteint 1 468 335 tonnes (1 126 196 tonnes en 2007). Elle devrait dépasser les 1 600 000 tonnes en 2009. L’association estime le nombre d’appareils de chauffage à granulés à 105 000 en 2008 dont 20 000 ont été vendus durant cette seule année 2008. Le marché français est du même ordre. Selon une étude menée par l’Observatoire des énergies renouvelables (Observ’ER), le marché des ventes d’appareils de chauffage à granulés est passé de 15 820 en 2007 (13 787 poêles et 2 033 chaudières automatiques) à 21 270 en 2008 (17 100 poêles et 4 170 chaudières automatiques), portant le parc français d’appareils de chauffage à granulés à 64 570 unités.

57,8 TWh d’électricité produite

Centrale de cogénération en Finlande

La croissance de la production d’électricité issue de la biomasse solide est restée soutenue en 2008 (+ 10,8 %), portant la production totale des pays de l’Union à 57,8 TWh (tableau 2). Cette croissance correspond à une augmentation de la production de 5,6 TWh par rapport à 2007. Si une grande partie des pays de l’Union dispose d’une filière de valorisation électrique de la biomasse solide, plus de la moitié de la production est concentrée sur trois grands pays producteurs qui sont l’Allemagne, la Suède et la Finlande (51,2 % en 2008). La production européenne provient pour 62,6 % des centrales de cogénération, qui valorisent l’énergie biomasse solide à la fois sous forme de chaleur et d’électricité. Sur les dernières années, ce sont principalement le développement des unités de cogénération qui ont permis à la production d’électricité biomasse solide de se développer. Le niveau de production de l’Union européenne a ainsi pratiquement triplé depuis 2001, année où 20,3 TWh avaient été produits.

5,5 Mtep de chaleur vendue

La production de chaleur présentée dans le tableau 4 ne concerne que la chaleur vendue via un réseau de chaleur. Ces centrales sont détenues soit par les industriels qui vendent le surplus de chaleur qu’ils produisent, soit par des régies ou des entreprises de services énergétiques. Ces statistiques ne prennent pas en compte la production de chaleur autoconsommée par les industriels, ni la chaleur produite par les appareils de chauffage domestique, collectifs ou industriels non reliés au réseau. Ce point est important car le chauffage domestique représente en Europe la part la plus importante de la chaleur produite à partir de biomasse solide.
Le tableau présenté n’est pas exhaustif de l’ensemble des pays de l’Union européenne car près d’un pays européen sur deux ne publie pas encore de statistiques sur la chaleur vendue. Il reste cependant représentatif car les principaux producteurs de biomasse solide y figurent, notamment les pays scandinaves qui ont fortement développé l’usage des réseaux de chaleur. En effet, la Suède, la Finlande et le Danemark représentent, à eux trois, plus des deux tiers de la chaleur vendue recensée dans les pays de l’Union européenne (67,4 % en 2008).
La chaleur vendue en 2008 a augmenté au même rythme que la production d’électricité (+ 10,8 % par rapport à 2007), soit une contribution supplémentaire de 0,5 Mtep. Cette augmentation fait suite à une diminution de la production enregistrée en 2007 consécutive à un hiver clément qui a limité les be soins de chauffage. La chaleur issue d’unités fonctionnant en cogénération représente plus des deux tiers de la chaleur vendue (67,4 % en 2008).

La France affiche ses ambitions

Le chaufferie de Bourg en Bresse, Frédéric Douard

La France a révisé à la baisse ses chiffres de production d’énergie primaire biomasse solide suite à une nouvelle enquête du CEREN (Centre d’études et de recherches économiques sur l’énergie) sur la consommation de bois-énergie dans le secteur domestique. Les nouvelles statistiques officielles de la DGEC (Direction générale de l’énergie et du climat) établissent la consommation
d’énergie primaire en 2008 à près de 9 Mtep en 2008 (dont 122 ktep dans les DOM), soit une augmentation de 4,9 % par rapport à 2007. La plus grande partie de cette production est destinée au chauffage des ménages (6,4 Mtep en 2008). La production d’électricité est moins développée que dans les autres grands pays producteurs de biomasse solide (1,7 TWh en 2008, soit le 13e rang de l’Union). Ce moindre développement s’explique par un tarif d’achat faiblement incitatif mis en place en 2002 (4,9 c€/kWh plus une prime à l’efficacité énergétique comprise entre 0 et 1,2 c€/kWh).
Le gouvernement a jusqu’à présent préféré procéder par appel d’offres pour atteindre les objectifs qu’il s’est fixés dans le cadre de la programmation pluriannuelle des investissements. Le système d’appel d’offres ne devrait prochainement plus être nécessaire, le président de la République ayant annoncé en mai dernier la mise en place d’un tarif d’achat plus incitatif, deux à trois fois plus élevé qu’actuellement.

Le gouvernement est plus en avance sur le dossier chaleur biomasse.
Suite aux réflexions conduites dans le cadre du Grenelle de l’environnement, le gouvernement a mis en place un fonds chaleur renouvelable pour développer le bois, et les autres filières renouvelables dans l’habitat collectif, le tertiaire et l’industrie. L’objectif est d’augmenter la consommation de chaleur de 6,2 Mtep d’ici 2020 (1,8 Mtep dans le collectif/tertiaire, 2 Mtep dans l’industrie et 2,4 Mep grâce à la cogénération) par rapport à la situation de 2006 (soit un total de 15 Mtep). Ce fonds chaleur a été doté d’une enveloppe de 1 milliard d’euros pour la période 2009-2011. Pour atteindre ces objectifs, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) a lancé un premier appel d’offres fin 2008 portant sur la production de 100 000 tep biomasse dans l’industrie et l’agriculture pour des installations devant être mises en service au plus tard au 1er janvier 2012. Il sera reconduit chaque année pendant au moins trois ans.

Sur le segment des appareils de chauffage domestique au bois, la mesure du crédit d’impôt a démontré toute son efficacité en 2008 avec la vente sur le marché français de 493 100 unités (poêles, chaudières, foyers fermés, inserts et cuisinières), soit une augmentation de 13 % par rapport à 2007 (434 856 unités). Le crédit d’impôt a été ramené à 40 % en 2009 contre 50 % en
2008.

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