Le mode de séchage du bois-énergie, clé de sa fraîcheur et donc sa qualité

Article publié dans le Bioénergie International n°43 de mai-juin 2016

Installations de séchage de bûches et bois déchiqueté dans la Loire, photo Sylveo

Installations de séchage de bûches et bois déchiqueté dans la Loire, photo Sylveo

En matière de fourniture de bois-énergie pour les particuliers ou les petites et moyennes chaufferies, que ce soit en plaquettes ou en bûches, tout le monde connaît les problèmes d’humidité en hiver. Et il suffit souvent que l’hiver soit juste un peu plus rigoureux ou plus long que d’habitude pour qu’à un moment, il devienne impossible de trouver du bois sec, une situation qui empoisonne la vie des consommateurs et qui nuit fortement à la crédibilité de la filière.

Pour remédier à ce problème, deux écoles se côtoient chez les fournisseurs de bois-énergie : les adeptes du séchage naturel, avec fermentation pour les plaquettes et air libre pour les bûches, ou alors le séchage artificiel.

Chacune de ces philosophies présente des inconvénients économiques. Pour le séchage naturel des plaquettes, il faut de grandes surfaces couvertes afin de stocker tout ou partie des besoins de la période de chauffe, avec donc de forts besoins en investissement et en trésorerie. Pour le séchage naturel des bûches, il faut aussi une trésorerie solide car il faut conserver les bois de 6 à 12 mois minimum, en fonction de la période de préparation, et ensuite il faut les rentrer pour éviter qu’ils ne se dégradent.

Grilles de séchage Les Mergers por tous types de biomasse

Grilles de séchage Les Mergers pour tous types de biomasse

Pour le séchage artificiel, la difficulté vient également de l’investissement à consentir, pour le sécheur et le stockage, mais surtout pour la génération de chaleur. Mais à côté de ces inconvénients financiers qui se valent entre séchage naturel et artificiel, le séchage artificiel dégage pourtant un avantage contre lequel le séchage naturel ne peut rivaliser : la fraîcheur du produit.

Sur cette question, les réflexions sont encore bien timides dans la filière. En effet, alors que ce critère de consommation est communément pris en compte pour les biomasses alimentaires, il n’est quasiment jamais mis en valeur pour les biomasses énergétiques. Pourtant, de la même manière que des légumes ou de la viande se détériorent dans le temps selon leurs conditions de conservation, la biomasse humide fait de même.

Prenons le cas d’une bûche que l’on laisse sécher, selon certaines Bonnes Pratiques désuètes mais toujours promues, entre un et deux ans aux intempéries. Cette bûche, qui aura subi les outrages du temps, aura perdu une partie de son écorce, donc de son poids, aura été attaquée par les êtres xylophages (insectes, bactéries, champignons), et elle aura perdu une partie de ses éléments volatils (COV), tout au moins en surface, sous les effets combinés et répétés du soleil, de la pluie et du gel. Au final, elle aura perdu une partie non négligeable de son contenu énergétique de départ, alors qu’une bûche séchée artificiellement en quelques jours le restituera en presque totalité.

Cellule de séchage sur caillebotis, photo Sylvéo

Cellule de séchage sur caillebotis, photo Sylvéo

Prenons maintenant le cas des plaquettes forestières. Si le bois à déchiqueter est laissé à sécher avant déchiquetage de la même manière que les bûches dont nous parlions précédemment, alors il subira les mêmes affronts que les bûches et même plus car le diamètre de ce bois est souvent inférieur à celui des bûches, ce qui le rend plus vulnérable. Et ensuite s’ajoutera la perte due à la fermentation dans le stockage qui sera d’autant plus importante que sa durée sera longue.

Nous voyons donc clairement que les pratiques de stockage long engendrent des pertes de matière qui peuvent être importantes et que la fraîcheur constitue un repère de qualité fondamental, en particulier sur le contenu énergétique. Alors il est certain qu’aujourd’hui, les produits étant vendus soit au volume, soit au poids avec uniquement un contrôle éventuel d’humidité, le consommateur n’a aucune garanti du contenu énergétique effectif de ce qu’il a acheté. Et je n’ai pas insisté ici sur les conséquences d’aspect et de poussières du stockage long sur ces combustibles.

Malheureusement, nous disposons de bien trop peu d’études scientifiques pour illustrer plus précisément le propos, mais de telles études sont en cours en Scandinavie et nous en reparlerons dès qu’elles seront disponibles. En attendant, on ne peut qu’inviter les autorités à investir dans ce domaine de recherche, afin de rendre l’offre bois-énergie plus mature, à l’image de ce qui se fait fort bien dans l’agriculture et l’alimentation.

Frédéric Douard

Le magazine Bioénergie International est disponible :

1 réponse
  1. Luc Milbergue dit :

    Félicitations pour cet article très intéressant qui correspond pleinement à nos convictions . Base propose en effet des solutions de séchage solaire thermovoltaÏque qui permettent de sécher en quelques jours de la plaquette forestière , ce qui fournit un combustible frais , de très grande qualité , qui répond pleinement aux attentes des possesseurs et exploitants de petite chaufferies . Notre site démonstrateur du Barp en Gironde permet aujourd’hui de commencer à structurer la filière bois énergie de la Gironde . Nous allons désormais développer ce mode de séchage et espérons par là même contribuer à renforcer la crédibilité de la filière
    Luc Milbergue
    06 85 03 06 74