Le point sur les projets de centrales à biomasse en Belgique

Centrale biomasse des Awirs, photo Electrabel

Centrale biomasse des Awirs, photo Electrabel

Un article de Pierre Martin dans le ValBiomag de juin 2016

La Belgique possède actuellement deux centrales électriques qui produisent de l’électricité verte à partir de biomasse. D’autres projets ont été annoncés, mais certains d’entre eux peinent à se concrétiser. Tentons de faire le point.

Deux centrales existantes pour 495 000 ménages

La plus grande centrale électrique fonctionnant à partir de biomasse se situe en Flandre, dans le port de Gand. Construite en 1979, cette unité utilisait initialement du fioul et des gaz de haut fourneau, puis a subi une première transformation pour brûler du charbon et du gaz naturel, pour enfin être convertie en 2011 pour fonctionner uniquement avec de la biomasse (granulés de bois). Cette centrale développe une puissance électrique de 205 MW. Elle fournit annuellement 1100 à 1200 GWh d’électricité verte, soit l’équivalent de la consommation électrique de 320 000 ménages. Pour produire cette quantité, la centrale consomme jusqu’à 800 000 tonnes de pellets par an, en provenance du Canada et des Etats-Unis. Ils sont transportés par bateau depuis le continent américain jusqu’à la centrale. Afin d’éviter les dérives, l’approvisionnement de la centrale est soumis à une procédure de contrôle stricte permettant de garantir le caractère durable de la biomasse utilisée (respect de la législation, gestion forestière, consommation d’énergie et émissions liées à la fabrication et au transport).

La seconde centrale biomasse se situe à proximité de Liège (Flémalle), le long de la Meuse. Initialement, la centrale comprenait 5 unités fonctionnant soit au charbon, soit au gaz naturel, et développait une puissance de 670 MW. L’unité qui est encore en fonctionnement actuellement a été mise en service en 1967. Elle utilisait du charbon jusqu’en 2005, date de sa conversion vers l’utilisation d’un combustible 100 % biomasse (granulés de bois). Cette conversion fut une première mondiale. Elle développe actuellement 80 MW de puissance électrique, pour une production annuelle de 600 GWh d’électricité verte, soit l’équivalent des besoins de 175.000 foyers. Elle consomme environ 400.000 tonnes de pellets par an, provenant principalement du continent nord-américain, et des Pays-Bas. L’approvisionnement est soumis aux mêmes contrôles que celui de la centrale de Gand en termes de durabilité. Il est prévu que cette centrale soit définitivement fermée en 2020, car elle ne disposera plus d’aides pour sa production d’électricité verte via les certificats verts, ce qui plombe fortement sa rentabilité si aucun autre système de compensation n’est mis en place pour être compétitif par rapport aux combustibles fossiles.

Ces deux centrales, appartenant à Engie (Electrabel), permettent annuellement d’éviter l’émission de 1 700 000 tonnes de CO2 grâce à la substitution d’un combustible fossile, le charbon, par le combustible renouvelable qu’est le bois. Depuis le début 2016, la Belgique a d’ailleurs définitivement abandonné le charbon pour sa production d’électricité.

Des projets de centrale biomasse mis à mal en Flandre

Un premier projet vise à effectuer la conversion de la centrale à charbon de langerlo (556 MW) en une centrale 100% biomasse (pellets de bois)*. Le problème, c’est que le nouveau propriétaire de la centrale, German Pellets, s’est déclaré en insovabilité au début de cette année. Même si selon le CEO de German Pellets, le projet d’investissement de 125.000.000 € a été désolidarisé de la faillite par un rachat in-extremis de la centrale, les curateurs du groupe doivent encore valider la légalité de cette procédure. Cette situation fait planer une grande incertitude quant à la réalisation effective de cette centrale biomasse.

L’autre projet, porté par Belgian Eco Energy (BEE), consiste quant à lui en la construction dans le terminal portuaire de Gand d’une toute nouvelle centrale biomasse de 215 MW électriques et 110 MW thermiques, ce qui en ferait la plus grande centrale biomasse au monde. Ce projet d’investissement de 450 M€, qui était exemplaire sur bien des aspects (technologie permettant une valorisation optimale de la biomasse via cogénération, durabilité de l’approvisionnement, coûts réduits sur le long terme, collaboration avec l’administration dans le montage du dossier), était entré depuis début mai dans sa phase finale avant la construction qui devait débuter dans le courant du premier semestre 2016. Les porteurs du projet attendaient la décision concernant l’octroi des certificats verts, qui devaient apporter un soutien de quelques 100 millions par an pendant 15 ans (alors que la durée de vie de la centrale est planifiée à 45 ans). La réponse du Gouvernement flamand est tombée comme un couperet, provoquant un arrêt brutal du projet : les subsides sont refusés, suite à « un dossier incomplet après la date limite ».

Tel est l’argument donné par le Gouvernement. Remise dans son contexte, la décision du Gouvernement pourrait s’avérer plus politique que pragmatique. En effet, suite à l’impopularité de la taxe pour l’énergie verte proposée par l’ex-ministre flamande de l’énergie, Annemie Turtelboom (la « turteltaks »), cette dernière a finalement démissionné, victime d’une critique médiatique très virulente. Cette fameuse taxe doit permettre de refinancer la dette des certificats verts flamands accumulée depuis le boom du photovoltaïque, mais le subside prévu pour la centrale de BEE venait encore alourdir cette taxe s’il devait être accordé. Ce refus sonne donc plus comme un rattrapage du politique face à l’opinion publique, fortement influencée ces derniers mois par les campagnes négatives à l’encontre des projets de centrale biomasse, jugés trop coûteux et « pas si durable que ça ». En définitive, il est regrettable qu’un projet biomasse s’inscrivant en tous points dans la transition énergétique durable subisse les conséquences néfastes d’une taxe mise en place avant tout pour amortir le coût du photovoltaïque.

L’opinion publique défavorable montre quant à elle que la filière biomasse doit encore effectuer un travail didactique important pour que la biomasse cesse d’être le mouton noir du mix énergétique renouvelable.

Une solution de transition

Au vu du coût du soutien au MWh produit, les centrales biomasses restent un bon moyen d’allier électricité renouvelable et coût limité pour la société. Quant à la durabilité, souvent remise en question, la procédure de contrôle mise en place actuellement par la CWaPE pour l’octroi des C.V. est l’une de plus poussée en Europe. Il ne faudrait pas oublier que, même dans le cas d’un approvisionnement basé sur l’importation, les économies de CO2 sont substantielles par rapport à la filière fossile. De plus, l’implantation d’unités de grande puissance jouit d’une facilité de mise en œuvre que ne connaît pas l’éolien, qui rencontre des recours pour chaque projet. Les nouvelles centrales biomasses sont un moyen rapide et efficace (technologies haut rendement) de fournir à la société une grande quantité d’électricité verte non intermittente dans le cadre d’une transition urgente vers un mix énergétique plus durable.

ValbiomAuteur : Pierre MARTIN– Facilitateur Bioénergies – p.martin@valbiom.be

>>  Consiulter le ValBiomag de juin 2016 dans son intégralité